Le journal Le Monde relate dans son édition du jour les propos du procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, à l’occasion de la rentrée solennelle de cette institution, dénonçant vendredi 7 janvier « une forme de mépris pour la justice » affiché par ceux qui « dénigrent » les décisions des magistrats. « Inspirer à l’opinion des sentiments bas en instillant de manière extravagante la confusion entre la responsabilité du criminel et celle du juge dont on dénigre la décision (…), tout cela avilit l’institution et, en définitive, blesse la République »

Selon Le Monde, M. Nadal, 68 ans, s’exprimait pour la dernière fois lors d’une telle audience, boudée pour la première fois par le président de la République et le premier ministre. En présence du ministre de la justice, la Procureur a eu des mots très durs envers ceux qui « affichent pour la justice une forme de mépris ». « Le phénomène ne laisse pas d’inquiéter quand (…) les coups sont portés par ceux qui sont en charge de la faire respecter ».

M Nadal faisait ainsi allusion aux critiques de plusieurs décisions de justice par l’exécutif ces derniers mois  (1), critiquant « les dérives » consistant à « en appeler à l’opinion contre ces mêmes magistrats quand ils prennent une décision qui leur déplaît ». « Et le scandale n’est-il pas encore plus grand quand ces protestations politico-corporatistes sont relayées au plus haut niveau (…) ? », a tancé le procureur. Un « véritable sujet d’alarme » pour reprendre l’expression du haut magistrat !

X.D

(1) En septembre 2010, le président Sarkozy considère comme « difficilement compréhensible » la remise en liberté sous contrôle judiciaire d’un homme soupçonné du braquage du casino d’Uriage-les-Bains. En décembre 2010, sept policiers ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour avoir faussement accusé un automobiliste d’avoir renversé l’un d’eux. Le ministre de l’intérieur juge ces condamnations « disproportionnées » relayant les vives critiques des policiers.