France 2 s’est honorée hier soir d’un documentaire pédagogique sur le roman de la crise. Autour de Pierre Arditi, l’émission tentait de remonter aux sources du grand virage néolibéral avec force illustrations puisées dans l’histoire. Les conflits sociaux mettant aux prises les contrôleurs aériens des Etats-Unis d’Amérique avec Ronald Reagan, intransigeant puis victorieux et licenciant des milliers de grévistes après une longue et rude épreuve. Même scénario dans l’Angleterre de la dame de Fer qui dut son surnom à son attitude dans la guerre qu’elle mena aux mineurs avant de démanteler des pans entiers de l’industrie et des services publics. Objectif avoué d’une façon on ne peut plus provoquante : balayer le socialisme!

Cette période marquée par la nouvelle hégémonie des théories de Milton Fridman avec les Chicago boys qui testèrent leurs « principes » dans le Chili de Pinochet et les golden boys, ces pionniers d’un monde de la finance globalisée où l’argent facile règne en maître pour qui spécule sans limites. En France un Messier ou un Tapie exprime ces grandes réconciliations avec les valeurs de l’argent. Ces mêmes valeurs jadis honnies par un François Mitterrand dénonçant l’argent qui corrompt… avant d’être lui-même l’otage du néoconservatisme libéral en marche dans le monde anglo-saxon.

Cette France plongée dans un paradoxe absolu après une éphémère expérience de relance économique avec « l’autre politique » accompagnant les nationalisations des banques et des grands monopoles industriels. Peine perdue quand, en 1983, la parenthèse libérale – qui ne devait jamais se refermer – redoublait de rigueur envers les plus pauvres, ouvrant la voie à la précarité et au chômage de masse avec une inversion du partage de la valeur ajoutée au profit du Capital.

François Mitterrand et Jacques Delors engagaient la France dans une fuite en avant au travers de l’Acte unique préparant le grand marché et la monnaie unique. Avec les traités de Maastricht et d’Amsterdam, s’en était fait de toute véléité de changement social en France et en Europe.

Pour décoder cette histoire et ses ressorts, comprendre la politique d’un François Mitterrand et le ralliement de la gauche au social-libéralisme, il faut aller plus loin. Dans le livre de Jean-Pierre Chevènement nous trouvons le récit et les clés de cette histoire. Une histoire à revisiter à la veille d’échéances majeures pour le destin de la France quand l’idée même d’une compétition DSK-Sarkosy nous donne déjà la gueule de bois!

X.D

A lire : La France est-elle finie? de Jean-Pierre Chevènement , éditions Fayard, janvier 2011, 315 pages.