Ainsi s’exprimait hier Jean-Luc Mélenchon dans ses voeux à la presse dans un café parisien. Celui qui déclare son envie de « participer à une audace comparable à celle de la gauche en 1981″ déplore la lenteur du processus de désignation d’un candidat commun au PCF, à la gauche unitaire et au PdG. Par delà les impatiences du leader du PdG on peut surtout s’interroger sur les tenants et aboutissants d’une telle démarche.

Cette gauche de radicalité suffirait-elle à relever le défi de l’alternative? Elle dispose certes d’une base partisane et d’un matelas de voix qui peut la crédibiliser. Pour autant est-elle, au sein même de ses différentes composantes, complètement d’accord sur la stratégie à adopter vis à vis du PS? L’attaque frontale du social-libéralisme pour créer un véritable espace de type Die Linke mènera-t-il à l’affirmation d’une stratégie d’un pôle de radicalité autonome?  en vue d’une éventuelle maison commune? sur des bases anticapitalistes, agrégeant aussi la formation trotskiste du NPA? avec la capacité de porter un projet commun?

A la veille de la préparation des élections locales on est encore loin de ces perspectives quand se joue encore la confrontation entre les deux principales formations du Front de gauche. Le PC entend préserver ses élus locaux et parlementaires qui pèsent toujours dans la vie politique locale et nationale quand le PdG voudrait une traduction électorale de son attractivité politique ici et maintenant. Ce qui rend parfois difficile la résolution des désaccords aux élections locales. En arrrière-plan, les dirigeants du PCF se rangeraient bien, in fine, à l’idée d’une candidature unique Front de gauche aux présidentielles, avec une validation de la base. D’où la candidature du député Chassaigne et la consultation interne… Et cette réaction du député du Rhône André Gérin qui officialise sa propre candidature et dénonce tout de go la candidature Mélenchon qui « roule pour le Parti socialiste » et celle de Chassaigne « un alibi pour faire avaler celle de Mélenchon ».

Au fond Jean-Luc Mélenchon devrait monnayer sa personne contre l’assurance d’une place prédominante des élus et parlementaires communistes. Lesquels ne pourraient être élus, dans la foulée des présidentielles, qu’avec un bon report de voix socialistes!

Quoi qu’il en soit la stratégie d’alternative aux élections présidentielles gagnerait à s’incarner dans des choix clairs et sans arrières pensées aucune. A la question récemment posée par des journalistes à  Jean-Pierre Chevènement sur l’éventualité de son soutien à Jean-Luc Mélenchon, le président d’honneur du MRC répondait en ses termes : “Mélenchon cherche à constituer un pôle de radicalité à gauche, ça n’est pas mon cas”… “Moi je m’adresse à tous les Français et je reste fidèle à ce que je disais en 2002: ce qui est nécessaire à la France c’est un candidat qui soit l’homme de la Nation”.

Une stratégie d’alternative reposant sur une volonté de faire vivre le modèle républicain français et prônant une République européenne des peuples priorisant la croissance et l’emploi, ne saurait s’accomoder de petits calculs politiciens. Pour le dire tout net, l’hypothèse d’une compétition Sarkozy – DSK ne permet aucune possibilité de ralliement au second tour d’une gauche authentiquement républicaine et sociale à l’actuel président du FMI, chantre du social-libéralisme.

Le paradoxe est que l’hypothèse d’une telle farce électorale, mettant en scène une opposition factice avec les tenants d’une politique du pareil au même, valide plus que jamais le scénario d’une candidature républicaine pour une autre politique. Pour Jean-Pierre Chevènement se serait un devoir. La candidature de cet homme d’Etat représenterait une chance pour la France.

Ce fondateur du parti d’Epinay qui a déjà bu le calice jusqu’à la lie pour avoir  pris toutes ses responsabilités dès la parenthèse libérale de 1983, puis lors de la première guerre du Golfe, du référendum sur le traité de Maastricht, de la tentative jospiniste de partition de la République dans le dossier corse, du référendum contre le projet de constitution européenne et contre le traité de Lisbonne, a indiscutablement le charisme, l’intelligence et l’expérience nécessaire pour porter un nouveau dessein de progrès. Ancien ministre d’Etat à la recherche et à l’industrie, à l’éducation nationale, à la défense, à l’Intérieur, le sénateur préside une fondation qui n’a rien à envier aux autres think-tanks de la gauche.

Ce républicain élu au sénat contre la volonté du PS et de l’UMP sait bien de quoi il parle quand il propose de rassembler les forces vives de la Nation autour d’un projet républicain. Et pour partager, d’une certaine manière, son goût du sacrifice, je n’en savoure pas moins l’humour de celui qui demande aujourd’hui à DSK de retrouver le chemin de Damas…

X.D