Jean-François Balmer incarne à merveille un président Pompidou en proie aux affres d’une maladie mal dissimulée dans le téléfilm de Pierre Aknine diffusé hier sur France 3. Ce film met aussi en scène les conseillers de l’ombre, Pierre Juillet et Marie-France Garaud dans des postures activistes au service de la promotion de leur poulain d’alors Jacques Chirac.  Ce pur-sang qui « a besoin d’un jockey », selon le mot de M.F Garaud, est alors un jeune loup de la politique.  Représenté par Samuel Labarthe, le ministre semble porté par un appétit de pouvoir sans principe ni limite.

En mal de reconnaissance d’un président à l’agonie farouchement accroché à sa fonction régalienne, le jeune Chirac prête le flanc à ses drivers dans des intrigues indignes. Le tout sur fond d’agitation politicienne, quand Jacques Chaban-Delmas, autre bête de scène – dont on connaît tout le charme et l’ardeur - , tente alors de rebondir. Le premier ministre récemment remercié par Georges Pompidou tombera finalement dans le piège tendu par les conseillers du président en annonçant trop vite sa candidature à la présidence dès l’annonce de la mort de Pompidou.

Sans doute par trop réducteur, le scénario et les jeux de scène dans les alcôves de la présidence pointent le drame humain d’un homme au-dessus de la mêlée, poussant jusqu’à l’extrême son sens de l’Etat. Plutôt que de revenir sur les sempiternelles et complaisantes considérations sur le soi-disant devoir de transparence en matière de santé - lequel ferait exception, pour les hommes en charge des affaires publiques, aux principes consacrés pour le commun des mortels -, l’ambiance de l’époque m’inspire davantage quant aux rapports des hommes au pouvoir.

Comme s’il y avait par nature une perversion inhérente à la relation au pouvoir, dans sa conquête et dans son exercice, de la part de ses détenteurs, en charge directe ou en situation d’influence! Sur ce plan là, il y aurait beaucoup à dire… Ne serait-ce que pour observer finement la dualité qui marque les hommes de coeur et d’esprit dans le conflit entre leur être intime et leur statut social. Ce contre-pouvoir peut sembler bien dérisoire. Il n’est cependant réservé qu’à ceux qui possèdent un peu de cette sagesse permettant à la politique d’obéir à d’autres registres que ceux de la dictature de l’instinct et de l’instant. Les trois présidents défunts de la cinquième République ne possédaient-ils pas, chacun à leur manière, cette philosophie de l’existence? C’est sans doute cette humanité qui les élève encore à nos yeux malgré toute leur part d’ombre. De quoi donner à méditer sur l’agitation politique éphémère face au temps long de l’Histoire et à l’éternité… 

XD