p1000251.jpgL’éditorialiste du blog citoyen à Santa Clara, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

Les commentaires de la presse française autour de  la tenue du sixième congrès du parti communiste de Cuba reflètent dans leur ensemble une vision caricaturale d’un régime épuisé sans analyse objective des paradoxes et des dynamiques de la réalité cubaine.

crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicainp1000236.jpgUne peinture de l’exposition dans le train blindé de Santa Clara

Nos médias s’affranchissent allègrement de toute approche concrète. A titre d’exemple, l’animateur de l’émission C dans l’air semble même ignorer la réalité majeure de l’embargo américain en questionnant naïvement ses invités sur l’actualité de cette mesure. Il s’agissait alors de représailles envers un peuple qui mit fin à la dictature de Batista il y a de cela, pour mémoire, cinquante deux ans.

hpim4298.jpgLe Che au musée de la Révolution, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

C’est du reste un lieu commun que d’évoquer les aberrations stratégiques et politiques des Etats-Unis dans cette période qui précéda, accompagna et suivit la Libération de l’île, alors véritable bordel des Etats-Unis dans les mains d’une mafia sévissant dans les secteurs des jeux de casino et de la prostitution. La tentative, avortée dans l’oeuf, d’invasion yankee de la baie des cochons favorisa le basculement du pays dans l’alliance avec les soviétiques, après la proclamation du caractère socialiste de la Révolution et avec les épisodes suivants qui ne firent qu’amplifier cette orientation du nouveau régime. L’affaire des missiles soviétiques est devenue un grand classique des études stratégiques pour chaque étudiant en sciences politiques : le retrait des missiles, malgré une apparence de victoire immédiate des USA dans cette épreuve de force, conforta la souveraineté populaire et étatique de Cuba qui a troqué ce retrait à cet effet. Le Che, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicainp1000370.jpg

Pour être de ceux qui pensent, dans le sillon fécond d’un Che visionnaire, que la soviétisation du régime n’était ni inéluctable ni souhaitable, je n’en demeure pas moins scrupuleusement attaché à confronter mes critiques à la réalité historique. Des visites du musée de Playa Giron au train blindé de Santa Clara  prolongent utilement celles du musée de la Révolution à La Havane ou de la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba.

 hpim4919.jpgarchives février 2010, crédits photographiques du blog citoyen,  socialiste et républicain, discussion avec un combattant historique de la région de Playa Giron

Avec les écrits et témoignages de la génération révolutionnaire de Raoul et Fidel ou des proches des premiers fondateurs du Parti communiste cubain, rencontrés aux hasards de déplacements très récents dans l’île, nous pouvons comprendre la nature de la guérilla, cette contre-offensive stratégique opposée aux forces armées d’une dictature qui érigeait en moyen de défense les liquidations sommaires, les tortures, les emprisonnements  et la répression brutale de tout mouvement d’émancipation.

p1000595.jpgDocuments d’archives à la caserne de La Moncada, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

On ne comprendrait rien de cette épopée révolutionnaire de guerre de libération nationale sans cette approche concrète qui conduit aussi à revisiter en dehors des idées reçues, le processus post-révolutionnaire. J’emploie à souhait ce terme sans doute équivoque  pour un régime qui se revendique toujours du point de vue de la Révolution.

La décennie soixante-dix ouvre avec la soviétisation un processus de transition socialiste très contradictoire. Théatre, selon les écrits du professeur Fernando Martinez Heredia, –  jadis ouvrier et guérillero révolutionnaire -,  d’extraordinaires réussites, mais aussi de déformations, de détournements et de reculs. A cette époque, le consensus de la majorité populaire envers une authentique révolution en marche est parasité par l’idéologie d’un régime bureaucratique, autoritaire qui envahit tous les espaces et génère une tragique confusion en  s’arrogeant la propriété du socialisme. Idéologie dogmatique qui est cause aujourd’hui de la dépréciation de l’idée communiste après sa totale déformation dans les régimes dits du socialisme réel et consécutivement à leur chute.

p1000823.jpgcrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain, taxis dans la péninsule de Zapata, au choix, bicyclette ou cheval…p1000825.jpg

Le peuple cubain endure un véritable calvaire depuis qu’il est privé de tous ses échanges économiques avec les pays de l’Est – que serait la France privée de commerce avec ses partenaires traditionnels et en butte au blocus économique d’autres grandes puissances?-  et le niveau de vie a suivi l’effondrement économique dans la fournaise des années 90.

Mais la société promeut activement ses services publics dans l’éducation, la culture, la santé et conserve des dispositifs de protection sociale. Jusqu’où peut-elle préserver ses acquis dans une économie étatisée à bout de souffle? C’est tout l’enjeu du sixième congrès qui vient de se conclure par l’adoption des quelques trois cents mesures économiques et sociales qui devraient fortement impacter le pays dans les tous prochains mois. 

Des  photos récentesp1000329.jpg de la familia cubana,p1000324.jpg crédits photographiquesp1000319.jpgdu blog citoyen, socialistep1000332.jpg et républicain. Nombre d’entre les membres de la familia cubana ont réalisé des missions en Afrique ou en Amérique Centrale ou du Sud. Un médecin reste prêt pour une mission médicale au Vénézuela.p1000148.jpgIci, trois générations réunies autour de la veuve d’un membre fondateur du Parti communiste de Cuba.

C’est toute l’audace de ce congrès que de vouloir établir de nouvelles formes de propriété sociale et d’initiatives privées pour vaincre la pénurie de travail et de revenus. Mais c’est aussi toute la limite de cet exercice qui s’accompagne de difficiles remises en question de l’intervention publique dans le champ de la protection sociale. Nous avons longuement discuté de ces questions au décours de nos rencontres avec des travailleurs cubains et leurs familles de toutes générations mais aussi avec des communistes dont une amie déléguée au congrès qui nous en a expliqué les enjeux.

 

Nous comprenons tout à fait cette volonté de mettre fin aux abus de l »égalitarisme » qui conduit à l’assistance. Cuba ne peut être en effet le seul pays au monde rémunérant l’ensemble de sa population en découplant rémunération et compétence ou productivité, sécurité sociale ou professionnelle et incitations au travail,  redistribution et capacité de financement. p1000770.jpgUne petite entreprise de restauration rapide, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

Le pays reconnaît déjà l’existence d’initiatives privées. Les secteurs de la restauration - traditionnelle avec les « paladares » ou plus récemment ceux de la restauration rapide – et de  l’hotellerie avec « las casas particulares », du transport ( taxis en voiture à cheval, bicyclette et plus rarement voiture motorisée ), du commerce – des fruits aux CD en passant par les produits artisanaux, sans oublier les cours de salsa ou le marché du livre d’occasion -, sont autant de manifestation de cette esprit d’initiative et, reconnaissons le, d’appât du gain, en oeuvre dans une société cubaine encore préservée de l’esprit individualiste et consumériste.

 p1000674.jpgcrédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain, la politica de la calidad, une promotion actuelle de la qualité et des normes ISO… avec le label du Che!

L’attitude de l’Etat à l’égard du développement de la sphère économique privée constitue une dimension forte des problématiques du congrès car aujourd’hui, l’Etat la tolère ou la contrôle plus qu’il ne l’ encourage.

La feria del Libro dédiée dans tout le pays à Fernando Martinez Heredia, crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain

p1000604.jpgEn montrant une certaine rupture entre l’Etat et la société civile, Fernando Martinez Heredia, – cet intellectuel communiste qui préside par ailleurs la chaire Gramsci de  La Havane et à qui viennent d’être dédiées les « ferias del libro » courant février-mars 2011 dans tous le pays – présente les enjeux d’une refondation théorique et pratique du socialisme cubain face au risque d’une dissociation de l’identé cubaine d’avec le socialisme, lequel avait réussi à conjuguer souveraineté nationale et justice sociale, attachement patriotique et internationalisme, prouvant ainsi au monde entier la possibilité de réaliser ses promesses. Ce que ne pouvait lui pardonner l’impérialisme Nord Américain.

La société civile cubaine change, sa sociologie évolue et il ne sert à rien de masquer des différenciations sociales en oeuvre dans un processus d’évolution subi avec cette menace de désagrégation sociale. L’ « homogeneizacion », résultat de l’offensive culturelle du capitalisme mondialisé (ou globalisé) ne vise rien d’autre qu’à neutraliser, canaliser et manipuler le potentiel de révolte acquis dans les avancées de l’Humanité. L’objectif de  cette véritable guerre culturelle c’est d’enrayer les progrès de la conscience démocratique, égalitaire, écologique pour qu’elle ne puisse remettre en cause la domination capitaliste dans ses dimensions économiques, idéologiques et politiques, militaires et répressives. Cette domination qui pénètre la vie quotidienne et modifie les ressorts de la société.

Cette culture capitaliste peut à présent gagner du terrain à Cuba dans les conditions actuelles avec la crise économique et celle d’une grande partie des institutions, de l’idéologie et  des croyances pour imposer la cage de fer ( » jaula de hierro « ) d’une nécessité de réinsertion économique dans le monde capitaliste. Face à ce risque d’intégration dans le processus de globalisation néolibérale à l’échelle mondiale, il ne suffit donc plus de s’en référer aux seules idées et aux hommes de la période révolutionnaire et à ses mythes fondateurs. Les convictions et les survivance d’un passé de luttes, de victoires, de sentiments, d’idées et d’identité ne suffisent plus à relever les défis actuels et futurs! La culture ennemie ne se présente plus comme une contre-révolution. Elle se masque derrière l’idée d’un progrès, d’une adaptation aux mutations du monde et veut s’imposer comme une nécessité. Là bas comme ici!

L’Etat-Nation s’appuie encore sur une identité nationale mêlant Révolution, justice sociale et souveraineté. Le pouvoir politique lutte pour développer l’économie en maintenant le pacte social, à la base du système cubain. Mais il est affecté par son manque de moyens de financement, ses défauts profonds et le caractère même des changements structurels en cours. 

 p1000144.jpg un tag révolutionnairep1000235.jpg crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain 

« Revolucion es no mentir jamas » ! Raoul Castro

D’où l’appel aux ressources de la société civile dans les champs économiques, sociaux, culturels et politiques pour conjurer le risque d’enlisement.           

Un appel que l’on souhaiterait plus audible et plus fort après le récent congrès du parti communiste cubain…

XD

A lire

http://www.fondation-res-publica.org/L-Amerique-latine-en-mouvement_r64.html

 et sur le blog citoyen, socialiste et républicain  la revue de presse dans la catégorie Amérique Latine

 

Cuba, cinquante ans après la Révolution, quelles perspectives?

 

ou, sous la plume de XD, les articles référencés ci-dessous : 

Du temps de Fidel et de ses disciples

Che !

11 septembre, Chili au coeur ! ¡ Chile en el corazón !

Les dominants et les factieux contre une Bolivie terre d’émancipation

L’hommage fraternel des militants anonymes

La retraite du “comandante”

Cristina presidente ! Avec 43,55% des voix au premier tour selon le décompte de 75% des suffrages.

Los indios guaranies de “la tierra sin mal” : du mythe à la réalité

Los indios guaranies (suite)

p1000238.jpg