Quelques extraits du chat modéré par Eric Nunès dans LEMONDE.FR | 26.05.11 | 19h34

« Pensez-vous que la sortie de jeu de DSK va permettre aux socialistes de proposer des mesures plus à gauche ?

Arnaud Montebourg : Il m’est difficile de dire aux lieu et place de mes amis compétiteurs ce qu’ils voudront faire, puisque j’ignorais ce que Dominique Strauss-Kahn souhaitait lui-même proposer. En ce qui me concerne, les cent propositions que j’ai présentées dans mon livre Des idées et des rêves, que je popularise jour après jour depuis que je suis engagé dans cette candidature, et que je défends à travers le petit livre préfacé par Emmanuel Todd intitulé Votez pour la démondialisation, n’ont pas changé et ne changeront pas. »

« Votre déclaration renvoyant François Hollande et Martine Aubry dos à dos est-elle une manière de dire que vous préféreriez, dans le cas où vous ne seriez pas vous-même investi, voir Ségolène Royal représenter à nouveau les socialistes à la présidentielle ?

Arnaud Montebourg : Je crois que la compétition qui s’engage entre François Hollande et Martine Aubry n’a pas de sens dans la mesure où ils sont d’accord sur tout, ont approuvé ensemble le projet socialiste sans manifester la moindre distance, n’ont pas exprimé le désir de se différencier par rapport à ce projet et sont, l’un comme l’autre, des anciens porteurs du « oui » au traité constitutionnel européen, ce que je ne suis pas – je suis le seul candidat aux primaires ayant voté « non » à ce traité. Ce sont donc des candidatures parfaitement identiques. »

« Comment expliquez-vous que les médias ne prennent pas davantage en considération votre candidature et votre projet ?

Arnaud Montebourg : C’est en effet un problème et un combat de chaque instant pour mon équipe. Les médias ne s’intéressent qu’aux sondages, qui sont par nature faux puisque nul ne peut savoir par avance qui viendra voter aux primaires. C’est donc aux citoyens de convaincre les médias de s’intéresser à autre chose que ceux qu’ils veulent, parmi les candidats, vendre par avance tout empaquetés et ficelés. »

« M. Montebourg, qu’est-ce qui vous distingue, idéologiquement et dans vos propositions, de M. Mélenchon ?

Arnaud Montebourg : Je défends la naissance d’une nouvelle France et porte un projet républicain capable de rassembler à la fois les gauches et une partie de la droite. Si Jean-Luc Mélenchon a reconnu, dans mon projet, certaines de ses propositions, il n’est pas le seul. Nicolas Hulot a déclaré que j’étais le « meilleur candidat écologiste » du Parti socialiste ; Jean-Pierre Chevènement a déclaré qu’il voterait pour moi s’il était votant à la primaire socialiste ; Christiane Taubira a rejoint ma campagne ; et je dois même vous dire qu’après un débat avec M. Henri Guaino, qui a un discours aux antipodes des actes de son maître, Nicolas Sarkozy, il était bien obligé de convenir qu’il était parfois d’accord avec les éléments de mon projet républicain. »

« M. Montebourg, il y a deux jours, vous avez déclaré dans une interview accordée à Libération que Jean-Luc Mélenchon était prêt à se retirer si vous étiez désigné candidat du PS. Pouvez-vous nous dire quand il a fait part de son intention de se désister ?

Arnaud Montebourg : Je pense être allé un poil trop loin dans l’interprétation qu’il m’a lui-même au téléphone permis de faire de ses propos. J’avais compris qu’il était sensible à mes propositions et que, en déclarant qu’il pourrait s’entendre avec moi si j’étais le candidat socialiste, dès le premier tour, qu’il en tirerait quelques conséquences. Mais ce n’est pas à mes yeux le principal, je m’en suis expliqué avec lui au téléphone avec humour – et amitié. »

« Quelle est votre position sur la sortie du nucléaire ?

Arnaud Montebourg : J’ai exprimé la nécessité de le dépasser. Nous en avons besoin pour mener la mutation écologique de nos modes de vie, mais nous savons que l’absence de transparence démocratique de la filière, le besoin de mobiliser les citoyens autour des enjeux de la rareté énergétique nécessitent de mener, avec les Français, le dépassement du nucléaire en responsabilisant ceux-ci pour qu’ils acceptent de vivre avec d’autres sources d’énergie, et certainement un autre prix d’accès à celles-ci. »

« Bonjour, M. Montebourg. Vous mettez en avant, dans votre campagne, les thématiques de la démondialisation et de la préférence communautaire au sein de l’UE. C’est très intéressant, mais chacun sait que ce n’est pas le président de la République française qui décide seul ce genre de chose. Comment convaincre nos partenaires ?

Arnaud Montebourg : Merci de votre question, très pertinente. La politique de la France vis-à-vis de l’Union européenne et du reste du monde se choisit d’abord en France, avec les Français, auxquels nul ne peut interdire d’exprimer une vision du monde et une conception de l’Europe. Nos partenaires allemands, qui sont le principal obstacle à vaincre et à convaincre, ont une attitude égoïste, anticoopérative, au sein de l’Union européenne, et je reproche à Nicolas Sarkozy d’avoir soumis la France à l’égoïsme allemand au lieu de construire un partenariat équilibré gagnant-gagnant entre nos deux pays. Mon petit livre traite de cette question cruciale du comment faire, et j’ai bien l’intention de l’adresser à nos amis et partenaires de la gauche allemande. »

« Vous avez dénoncé la candidature de Christine Lagarde, tandis que Martine Aubry la soutient. Comment se fait-il qu’il y ait des avis aussi différents entre les socialistes sur cette question ?

Arnaud Montebourg : Lorsqu’on est socialiste, il me paraît très difficile de privilégier, parmi les candidats européens, puisque le FMI revient à l’Union européenne, une femme dont les convictions ont toujours été celles du CAC 40 contre les PME, du bouclier fiscal pour les privilégiés contre les petits salaires, de la protection des intérêts des banques contre celle des entreprises. Dans ma conscience de socialiste, il me paraît impossible de soutenir une telle candidature, car préférer les banques au peuple est une faute qui se paierait cher. Il y a d’autres candidatures européennes qui pourraient s’imposer. »

« Pouvez-vous nous préciser ce que vous appelez la « mise sous tutelle des banques » ?

Arnaud Montebourg : Comme le faisait remarquer M. Jean Arthuis, qui n’est pas soupçonnable de socialisme, rapporteur général de la Commission des finances du Sénat, qui a approuvé ma proposition, les contribuables sont les assureurs en dernier ressort des bêtises des banques. C’est la raison pour laquelle les Etats doivent les placer sous contrôle et tutelle sévères afin de les mettre à contribution dans le financement de la sortie de crise, qu’aujourd’hui les Etats ne peuvent plus financer pour cause de surendettement. La question est assez simple : la facture de la crise sera soit payée par le système financier et bancaire, soit par des hausses d’impôts sur les classes populaires et les classes moyennes. Je choisis la première solution, même si elle est plus difficile et plus audacieuse. »

« Vous êtes un adversaire déclaré de la mondialisation. Pourtant, cette même mondialisation a sorti des centaines de millions de gens de la pauvreté. Estimez-vous que cette mondialisation se fait à notre détriment, nous, Français ou Européens ?

Arnaud Montebourg : Que la mondialisation ait pu sortir « des centaines de millions de gens de la pauvreté », cela se discute. Ce que je sais, c’est qu’elle aurait dû en sortir beaucoup plus et en appauvrir beaucoup moins. Pour moi, la mondialisation, ce sont des quasi-esclaves au sud et des chômeurs au nord. La mondialisation s’est faite au détriment de tous les peuples, de tous les travailleurs, quelles que soient leur latitude et longitude. Que penser de ces paysans chinois qui n’ont pas le droit de se syndiquer, de se mettre en grève, qui s’empoisonnent dans leur vie quotidienne au contact de substances chimiques, qui sont en compétition avec nos ouvriers européens qui ont eu deux siècles de luttes sociales pour se protéger, et dont on détruit la protection sociale ?

Ce n’est ni juste ni efficace, car la mondialisation a appauvri tous les salariés et enrichi tous les actionnaires. Voilà pourquoi ce que je défends, avec des penseurs du Sud dans le projet de démondialisation, vise à rehausser les salaires et diminuer les dividendes, préférer le marché intérieur plutôt que l’exportation, la protection de l’environnement et des droits sociaux des hommes plutôt que le dumping environnemental et social. »

« Sachant que la gauche est minoritaire en France, avec quels partis politiques du centre êtes-vous prêt à faire une alliance pour bâtir une majorité présidentielle ?

Arnaud Montebourg : Je pense qu’il n’est pas nécessaire de construire d’alliance avec des partis pour bâtir une majorité présidentielle. C’est la majorité parlementaire qui le nécessite, et, en ce qui me concerne, je crois possible une alliance avec les Verts, les radicaux de gauche, les républicains de Jean-Pierre Chevènement, le Parti communiste et le Front de gauche. Je ne crois pas que le centre existe. »

« Que pensez-vous de la tribune de Christian Paul et de Camille Peugny de Terra Nova? Et vous-même, que pensez-vous de cette note ?

Arnaud Montebourg : J’ai moi-même répondu sur mon blog, Desideesetdesreves.fr, à Terra Nova. Je ne peux qu’approuver les propos de mon ami Christian Paul et de Camille Peugny. »