La polémique idéologique visant à stigmatiser ledit   »bénéficiaire » du RSA, relégué au rang d’assisté – quand il n’est pas le profiteur d’un système prétendument menacé par les largesses d’une collectivité victime d’une générosité aveugle – prend un tour exécrable à la hauteur du mépris social qui inspire aujourd’hui la politique du gouvernement Fillon-Sarkozy.

Il n’est qu’à considérer quelques éléments objectifs pour sortir de cette odieuse caricature : le poids de la précarité croissante en France et en Europe, l’évolution sociétale due à la perte des liens sociaux, facteur d’isolement, la privation durable d’emploi de larges catégories de la population jeune, féminine ou celle des seniors, le phénomène des travailleurs pauvres sans solutions de logement ou bien la grande difficulté d’accès aux soins d’une frange importante de Français ou de résidants sur le territoire national.

Pendant que les catégories supérieures du haut encadrement ou du grand patronat connaissent une ascension vertigineuse de leurs revenus, la masse du salariat ou des travailleurs indépendants font les frais du marasme économique et d’une police des salaires justifiée par une politique économique de l’offre calée sur la logique néolibérale.

Et le gouvernement et son parti hégémonique ne trouvent rien de mieux à proposer dans cette période d’accentuation de la marginalisation sociale que de remettre en cause les principes fondateurs de notre solidarité! L’intensité de la frappe idéologique des néo-conservateurs libéraux mal inspirés s’exprime dans leurs vociférations de considérations pseudo-morales sur la contre-partie attendue de ceux qui vivraient des largesses de notre société. Cette société qui au nom de « l’individualisme méthodologique » réhabilite la responsabilité des pauvres dont le sort serait scellé par leur  comportement oisif et dispendieux. Ce que d’aucuns appelaient hier pudiquement un « handicap social » devient à présent un vrai calcul économique de professionnels de l’assistanat qu’il convient de remettre dans le droit chemin. D’où le retour à la corvée, cette institution moyenâgeuse qui permettait à la seigneurie de s’entourer des bons services des populations sous sa « protection ».

La loi sur le RMI adoptée en 1988 établissait un droit à un revenu minimum. L’ambivalence de l’émergence de cette conquête sociale –  inspirée du rapport du père Wresenski après le développement des Restos du coeur et la forte sensibilisation de nos compatriote au phénomène dit de la nouvelle pauvreté - s’exprimait déjà dans le choix d’un très faible niveau de revenu en cohérence avec la politique des minima sociaux  dans l’idée de ne pas dissuader le « bénéficiaire » d’une recherche active d’emploi. D’où le choix d’un revenu d’insertion au lieu d’un revenu d’existence. Et la place du contrat d’insertion pour dynamiser l’accès à la formation, à la santé, à l’activité et aux loisirs des personnes titulaires du RMI et de leurs ayants droits.

Pour avoir été en charge de l’animation des politiques d’insertion dans la phase de mise en place des dispositifs locaux, dès 1989,  je mesure toute la distance qui nous sépare de ce temps d’adoption d’une loi consensuelle aujourd’hui largement détricotée!

X.D