L’Huma du 7 Juillet 2011

« Des résultats peu éclairants sur l’efficacité des services », « une toujours faible présence (des forces de sécurité) sur la voie publique » et une mauvaise répartition en fonction des réels besoins sur le terrain, « des réformes difficiles souvent inabouties », « une efficacité encore à évaluer » de la vidéosurveillance… Voilà quelques-unes des conclusions du rapport consacré à L’organisation et la gestion des forces de sécurité publique rendu public par la Cour des comptes ce jeudi (cliquez ici pour la synthèse du rapport) Une étude au « karsher » à l’encontre de toute la politique sécuritaire prônée et mise en place par Nicolas Sarkozy depuis 2002, en tant que ministre de l’Intérieur puis comme président de la République. (à lire: Semer la peur et l’insécurité pour mieux régner)

Dans ce rapport de 250 pages, la Cour des comptes dit avoir mené une enquête dans une cinquantaine de villes d’Ile-de-France, Rhône-Alpes ou Paca. Elle passe au crible les forces de sécurité publique (SP), celles étant dans la rue, le gros des troupes de la police et de la gendarmerie (80.000 fonctionnaires chacune). Voici quelques-uns de ces chiffres les plus croustillants:

  • Les chiffres maquillés des effectifs

-5,3%. Compte tenu de la forte baisse des adjoints de sécurité (ADS), « l’effectif total de policiers a reculé » de 5,3% sur 2003-2010. Voilà les vrais chiffres et les vrais effets de la Révision générale des politiques publiques.

+ 3,1% des effectifs de policiers sur le « Grand Paris » sur la période 2006-2009. Super! Sauf que cette augmentation est « due au regroupement des agents de surveillance de Paris (ASP, les ex-pervenches), qui n’ont pas le statut de policier ».

  • gestion, vous avez dit gestion?

+80% d’heures supplémentaires en six ans dans la police. Voilà le symbole des méfaits de la Révision générale des politiques publiques prônées par Sarkozy. Moins de personnels pour toujours plus d’objectifs à atteindre. Durée annuelle de travail des policiers en 2007: 1.500 heures environ, 1.800 dans la gendarmerie.

  • Les statistiques bidons de la délinquance

Du simple au double: les gendarmes sont confrontés à un taux de délinquance « deux fois plus faible » que les policiers dans les Alpes-Maritimes. De quoi avoir de sérieux doutes sur les statistiques fournies par le ministère de l’Intérieur. La Cour des comptes note par ailleurs que l’outil officiel des statistiques de la délinquance présente « des lacunes et des imperfections« . Les faits « ne correspondent qu’à une partie de la délinquance » et « l’augmentation de 52% des infractions relevées par l’action des services (IRAS) a été due aux 3/4 aux infractions liées au stupéfiants ». (à lire: « Quand on les donne en pâture, les chiffres de la délinquance brouillent l’esprit », par Véronique Goaziou, sociologue et philosophe)

  • Inégalités territoriales

155 agents, en 2009, sont effectivement présents dans la rue dans le Rhône, contre 31 dans les Yvelines, malgré un nombre d’habitants comparable.

Moins d’1 policier pour 500 habitants: c’est la situation que vivent plusieurs villes d’Ile-de-France qui affichent pourtant un taux de délinquance élevé. La plus forte densité de policiers est en revanche constatée « dans de petites villes ». Mende, Privas ou Guéret ont ainsi un policier pour 200 habitants malgré une délinquance faible.

8,5 ans: c’est la moyenne de l’ancienneté des policiers en Seine-Saint-Denis, département sensible qui aurait pourtant mérité de profiter des agents les plus expérimentés.  En Ile-de-France (IDF), une forte proportion de policiers dans la rue sont des « débutants qui restent peu longtemps », note la Cour des comptes. Au lieu de 16 ans au plan national, l’ancienneté moyenne est de 10,4 ans en IDF.

  • Très chères vidéosurveillance et polices municipales

28.300 agents de police municipale (PM) en France, au poids « grandissant », comptabilisés par le rapport soit « 11% des effectifs cumulés » police/gendarmerie.Face au manque d’effectifs dans la police et la gendarmerie nationales, les communes se rabattent sur une police municipale qu’elles payent. Mais les villes n’ont pas toutes les mêmes moyens à allouer: 0,8% du budget de Vitry-sur-Seine en région parisienne (1,5 million d’euros), 7% à Cannes (25,7 M) deux fois plus que Lyon (21,8 M) « au regard de son budget ». (à lire: Le syndicat qui veut armer tous les ppoliciers municipaux)

90%, c’est la proportion de communes des Alpes-Maritimes équipées de caméras de vidéosurveillance. A rapporter aux 7% des communes de Seine-et-Marne sont équipées de caméras, contre plus de 90% dans les Alpes-Maritimes. A Cluses (Haute-Savoie), le maire a chargé une société privée de visionner les écrans « en infraction avec la loi ». Coût annuel d’exploitation d’une caméra : 3.000 euros à Cannes, près de 20.000 euros à Saint-Fons (Rhône).