Alerte au chancre colorée

Depuis l’une des écluses de mon Lauragais familier, j’ai la bonne habitude de divertir mes sens au cours de longues promenades sur les rives du canal ombragées de rangées de platanes. Ces arbres sont hélas menacés d’un mal incurable. Jacques Noisette, responsable de la communication des voies navigables de France Sud-ouest, estime, dans un récent entretien au Figaro, à deux mille le nombre de platanes malades.

Les premiers foyers de contamination au champignon remonteraient à 2006. Depuis, on déplore une augmentation constante et rapide du nombre des cas. Et pour seule réponse à ce fléau, il conviendrait d’abattre les arbres contaminés et tous ceux qui sont situés dans le périmètre immédiat, même s’ils sont sains ! Ensuite, il faudrait brûler sur place les arbres malades, déraciner les souches des platanes et reconstruire les berges. Cette politique viserait d’ici quinze à vingt ans l’abattage des quarante deux mille platanes du canal, tous menacés à terme. Un véritable crève-coeur!

Classée au patrimoine de l’Unesco, cette voute arborée s’offre aux riverains et promeneurs fluviaux, croisant à vélo ou à pied les péniches durant la haute saison. Elle fait tout le charme de ces lieux. Et les platanes bordent aussi nombre de petites routes pittoresques comme celles des crètes des collines du Lauragais, d’où l’on aperçoit ces longues et massives granges aux pierres ocres, caractéristiques de la région.

Patrimoine historique répondant aux besoins du commerce du blé à l’époque de Louis XIV, ce canal royal arboré, renommé canal du Midi en 1789, s’étend sur près de deux cent quarante kilomètres de la Garonne toulousaine à la Méditérranée. La majesté de ce sentier d’eaux, l’un des plus grands chantiers du XVIIème siècle selon ses contemporains, classé au patrimoine de l’Humanité en 1996, ravit tous les amoureux de la nature. On partage leur inquiétude et leur désolation devant ce risque de perte d’une architecture végétale au charme inégalable.

La stratégie de VNF repose aujourd’hui sur le platanor, le platane en or, un hybride résistant aux attaques du champignon. Une campagne d’éducation pourrait aussi accompagner les efforts pour prévenir la contamination. En effet, l’homme serait le meilleur allié du champignon qui se propage par les outils utilisés par des entreprises d’entretien des bords de route. D’où la préparation d’un arrêté - en la matière fort bien désigné!- pour encadrer la prophylaxie et enrayer la contamination en instruisant les personnes qui travaillent et évoluent aux abords des platanes. Faute du respect de cette règle d’or, la plantation du platanor et d’autres espèces résistantes au Ceratocystis platani constituerait la seule alternative (1). Mais à l’horizon de trente à quarante ans… Une raison supplémentaire pour exiger avec les élus locaux une intervention rapide et efficace des pouvoirs publics!

X.D, Villefranche du Lauragais, le 28 juillet 2011

(1) Selon le responsable de la communication de VNF, le coût des opérations d’abattage est estimé à 200 millions d’euros, dont le financement reste encore à déterminer. « Le calendrier des abattages va donc se poursuivre dès le mois d’octobre. En 2011, nous étions à un millier arbres. En 2012, nous allons passer à la vitesse supérieure. Avec près de 4 000 arbres abattus. Dans le même temps, cet hiver, nous allons lancer deux programmes de replantation dans les secteurs les plus touchés de l’Aude : Villedubert, qui sera replanté en frênes, et Trèbes, où nous avons opté pour des platanors, un hybride résistant aux attaques du chancre coloré. Nous avons souhaité varier les essences en cas de nouvelles maladies. »

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