parlementstrasbourg11.jpgIl fallait une bonne capacité d’anticipation pour dénoncer lors du référendum sur le traité de Maastricht – il y a de cela près de vingt ans – l’implacable logique en marche dans l’adoption des dispositifs qui révêlent à présent toute leur perversité! Cette construction bancale d’une Union européenne, mue par la seule logique du grand marché, avec en son sein une zone euro obligeant ses Etats membres au respect de règles drastiques, ne tient pas ses prétentions originales. Les mirages de la croissance économique, de l’emploi, de la coopération industrielle voire même de l’Europe sociale ont fait place aux politiques d’austérité justifiées aujourd’hui par ceux-là même qui faisaient naguère les louanges de l’Union européenne.

C’est qu’ils n’en sont plus à une contradiction près nos thuriféraires de cette Europe sans principe et en pleine tourmente! Après nous avoir vendu leur marchandise avec force arguments, les mêmes s’étonnent du mauvais tour qu’ils nous ont joué. Redisons-le tout net : cette Europe de la dérégulation néolibérale, marche-pied de la mondialisation et du capitalisme financier international, n’est pas celle des Nations et de leurs peuples. Des fameux critères de convergence, figurant – n’en déplaise aux sociaux-démocrates – dans le texte même fondateur de l’UE – au pacte de stabilité, adopté à Amsterdam en 1997, préfigurant le récent pacte de compétitivité Merckel-Sarkozy en passant par le traité de Lisbonne, il n’y a qu’un seul fil conducteur. C’est celui de la marche forcée néolibérale qui consacre la primauté de la finance aux dépens des intérêts populaires!

Il aura donc fallu en arriver là, pour qu’enfin quelques esprits à gauche s’émancipent de la pesante doxa libérale en appelant à leur tour à plus de pragmatisme dans la gestion d’une crise qui menace la survie même de l’euro. Cet euro cher, source de nos pertes de marché et de compétitivité à l’échelle mondiale, au nom duquel les gouvernants veulent liquider les politiques sociales pour rassurer les marchés financiers, ces bailleurs de fonds des Etats endettés. Pour avoir sacrifiés la croissance et l’emploi sur l’autel des cures d’austérité imposées par la logique néolibérale – la savante désinflation compétitive, version soft de la compression du pouvoir d’achat  et la recherche d’un profit allant de pair avec les licenciements boursiers -, ces Etats, dépossédés par ailleurs de leur prérogatives régaliennes, sont acculés à une totale soumission aux diktats du FMI et des institutions européennes.

Ironie de l’Histoire, c’est à nous qu’il incombe, dans ce contexte, de montrer la voie pour sortir l’Europe de ses ornières, sinon sauver l’euro. En exigeant d’abord le rachat de la dette des Etats européens par une intervention active de la banque centrale européenne et du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Une pédagogie bien utile à l’endroit de ceux qui aurait la mémoire courte pour les affranchir d’une vision étriquée de l’Histoire. Une Histoire qui ne doit plus se laisser enfermer dans quelques chiffons de papier…

X.D