Avec l’arrêt du processus de paix, le statu quo n’est plus possible .

Créé par le 24 sept 2011 à 12:18 | Dans : a-Fédérations MRC d'Aquitaine, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Voici l’interview qu’a donné Claude Nicollet à « la Voix du Nord » suite au discours de Mahmoud Abbas devant l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, hier 23 septembre. Vous pouvez également la retrouver sur le site de « La Voix du Nord » en cliquant: http://www.lavoixdunord.fr/France_Monde/actualite/Secteur_France_Monde/2011/09/24/article_avec-l-arret-du-processus-de-paix-le-st.shtml

Claude Nicolet, adjoint MRC aux relations internationales à Dunkerque et historien de formation, est président du Réseau de coopération décentralisée pour la Palestine depuis 2004. Fort d’une dizaine de visites à Gaza City (jumelée avec Dunkerque depuis 1996 à l’initiative de Michel Delebarre), il déchiffre le bras de fer palestinien entrepris à l’ONU…

-Comment analysez-vous le discours d’hier de Mahmoud Abbas ?

 « Son discours a été classique mais efficace, ne manquant pas d’émotion ni d’ironie quand il félicite le Sud-Soudan d’être devenu le 193e membre de l’ONU la semaine dernière. Il a été grave en dénonçant la colonisation et l’attitude du gouvernement israélien. Il n’avait pas de raison de se retenir. Il sait le veto américain et son discours était également destiné à tous les Palestiniens. Il fallait montrer une stature et il n’a pas reculé devant les pressions internationales. Il n’a pas cédé mais il n’avait pas le choix. Il a mis la communauté internationale face à elle-même et gagné une espèce de stature morale. »

- Pourquoi a-t-il soudain décidé de faire une demande d’adhésion à l’ONU ?

« Avec l’arrêt du processus de paix, le statu quo n’est plus possible au Proche-Orient. Mahmoud Abbas est politiquement coincé, d’une part à cause d’un gouvernement israélien qui s’est radicalisé sur la question des colonies, et d’autre part, parce qu’il est dans une impasse au niveau de sa politique intérieure malgré l’accord entre le Hamas et le Fatah. Il essaye de tracer une ligne politique, de reprendre la main. Il a perdu beaucoup de crédibilité, y compris devant les Palestiniens. »

- Que peut gagner la Palestine avec ce défi ?

« Cette bataille diplomatique acharnée pour dissuader les Palestiniens démontre qu’il y a quelques petits enjeux derrière tout cela. Passer d’un statut de territoire occupé à un État occupé n’aurait rien d’anodin. Si la Palestine ne peut adhérer mais devient observateur non membre (comme le préconise la France), elle ne pourra pas voter mais aura accès à tous les droits, les textes, les traités, les organismes comme l’UNICEF… Par exemple, elle se bat pour le classement de la vieille ville d’Hébron au patrimoine mondial de l’UNESCO. Aujourd’hui, c’est impossible car son État n’existe pas. Or Hébron est un lieu de crispation très fort avec une petite colonie juive qui cristallise le conflit. Il y a de vrais enjeux. Si l’entité Autorité palestinienne devient un vrai État avec un gouvernement, des ministres, la considération ne sera plus la même. Le domaine symbolique, ça compte en politique. »

- Pourquoi la France ne pousse-t-elle pas à l’adhésion ?

« La France est coincée par la position européenne qui fabrique de l’impuissance. L’Allemagne, de par son histoire, soutient Israël… »

- Comment sortir de cette crise diplomatique ?

« La procédure d’adhésion peut durer des semaines. Je crois à la puissance des idées, aux peuples acteurs de l’histoire. Les opinions publiques, épuisées des deux côtés, doivent rentrer dans le jeu. À long terme, il n’y a qu’une seule perspective puisque personne ne veut d’un État binational : deux États souverains vivant en paix avec des garanties de sécurité pour l’un et pour l’autre, basées sur le droit international. Géographiquement, il faut revenir aux frontières antérieures à la guerre de 1967. Il est presque déjà trop tard avec les colonies. La Palestine est un peu une peau de léopard parcellisée. Il y aura des ajustements à négocier entre eux, des échanges de territoires à effectuer. Pour l’instant, il n’y a plus aucune confiance entre les gouvernements israélien et palestinien. Mais les deux peuples aspirent à vivre tranquillement, dans la dignité et libres. »

Propos recueillis par Olivier Berger.

Mis à jour ( Samedi, 24 Septembre 2011 11:10 )

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