Le « mou » occupe à présent le devant de la scène. Mais, pour son challenger, rien n’est cuit et on se la joue « gauche forte ». Lui se veut bon joueur, rassembleur et esquisse le compliment en faisant mine (un peu crispée quand même) de ne pas comprendre tout en refusant de tendre la joue droite…Les duellistes se payent de quelques jolis petits mots tout en préservant jalousement le futur. Si près du but! Tu parles. Derrière chaque expression, sourire mièvre et rictus,  le grand jeu. Cinoche? Sous la paille des mots, il y a le grain des choses écrivait l’Ancien, le verbe juste et  »la rose au poing »! A vrai dire, ce n’était pas l’ambiance des grands congrès ce débat des primaires bon enfant. Et surtout de bon ton (jusque là)… Un petit rien ironique, Martine, avec son attaque feutrée « je n’étais pas sur tes genoux non plus! ». Histoire de montrer sa maturité politique et d’afficher son autonomie vis à vis de son ancien complice du club deloriste transcourant « Témoin » des années 90. Ah! ces jumeaux Delors et enfants Jospin, infatigables reconvertis, comme ils ont cheminé… Lui, après un temps de respiration dans sa Corrèze, et elle, sa relève,  de son fief de Lille à Solférino.  Elle qui se voudrait bien, comme jadis Mauroy,  »héritière de l’Avenir ».

De fait, la référence à la gauche molle trouve une vieille résonnance guesdiste ou molletiste dans la pure tradition social-démocrate de la fédération du Nord, comme me l’enseignait avec son humour et sa faconde, l’inimitable et regretté  Scognamiglio, ce premier secrétaire fédéral des Landes de l’époque du Parti d’Epinay… Mais l’invective n’impressionne guère que les ignorants de cette tradition du verbe maximaliste et de l’habileté manoeuvrière, laquelle n’est pas sans panache et finesse : pour preuve, les subtiles distinctions d’un Blum entre la conquête et l’exercice du pouvoir pour justifier le programme réformiste (celui-là même que lui imposait les communistes dans leur stratégie de « Front Populaire » qui rompait avec celle de « classe contre classe »).

Cette même posture verbale radicalement de gauche qui accompagnait, de triste mémoire, les pires trahisons de l’idéal socialiste de ce chef incontesté de la SFIO d’après-guerre ; Guy Mollet, l’exécuteur de Léon Blum. Devenu secrétaire général de la SFIO, ministre puis président du conseil, celui-là même  qui conduisit « la politique de pacification en Algérie » avec les moyens que l’on sait, régnait sans partage sur son parti de 1946 à 1969 jusqu’à son éviction salutaire et définitive  par François Mitterrand au congrès d’Epinay de 1971 en dépit du score de sa motion. Guy Alcide Mollet, cet expert en discours néo-guesdistes, - qui sut même accueillir  le CERES dans la vieille SFIO ( le CERES sans lequel le nouveau Parti socialiste n’aurait pas vu le jour à Epinay) et polariser le courant de Jean Poperen ( allié à Mollet en 1971) -, disait du futur premier secrétaire - chantre de la rupture avec le capitalisme et de l’Union de la Gauche à Epinay-sur-Seine - sur le ton de la confidence et avec la plus grande défiance, qu’il « parlait bien socialiste ». Fallait-il voir un compliment dans la dénonciation de cette tare congénitale du socialisme guesdiste qui masque la mollesse d’une politique social-démocrate derrière la pureté du discours ?

Mais je m’égare en conjectures, histoire de prévenir toute perception naïve qui masquerait quelques enjeux primaires… J’avais du reste déjà tenté cette mise en garde lors d’un billet du blog citoyen, à la veille du congrès de Reims. : Gauche du PS : La tentation de la “molletude”.

Bon à présent, instruit d’un passé de renoncements, votre citoyen blogueur, retiré sur l’Aventin avec la plèbe, reste néanmoins habité comme vous d’un grand dessein politique pour  la France. En spectateur engagé, il écrit cela juste pour rigoler et détendre un peu l’atmosphère!

Atmosphère? Atmosphère…

X.D

P.S : Dans le camp des impétrants, les plus fervents partisans sauront bien me reprocher de tourner en dérision ces primaires. Pour eux « rien ne serait pire que de laisser accréditer l’idée selon laquelle il s’agirait juste de départager deux ambitions personnelles, deux « caractères » (cf la tribune http://www.marianne2.fr/Exclusif-Hamon-Emmanuelli-et-Lienemann-repondent-a-Montebourg-ce-ne-peut-etre-qu-Aubry_a211409.html. )  Voire! Je renvoie donc plus sérieusement les amis internautes aux déclarations de leur protagoniste et soutien respectif dans des propos parfois peu amènes…

N.B : point de presse 

«Le système a choisi Hollande car il est plus facile à battre pour Sarkozy»

Lire l’interview de Martine Aubry

POLITIQUE – La candidate aux primaires a répondu aux questions de 20minutes.fr…

A trois jours d’un vote décisif, Martine Aubry a reçu 20minutes.fr. Un entretien sans concession où elle affiche une nouvelle fois sa détermination à gagner les primaires et à devenir la première présidente de la République.

>> Retrouvez l’interview de François Hollande ici

Quel est votre sentiment au lendemain du dernier débat ?

J’ai pu montrer ma cohérence. Hier, j’ai mis le doigt sur des sujets majeurs : la mise au pas des banques, la sortie du nucléaire, la justice dans l’éducation, le pouvoir d’achat… Je suis celle qui incarne le changement réel. François Hollande a, lui, dit très clairement qu’il ne souhaitait pas s’engager sur une tranche supplémentaire de 50 % d’impôt pour ceux qui gagnent plus de 100 000 euros par part fiscale. Il n’a pas dit non plus qu’il reviendrait sur la réforme de l’ISF. La morale en politique, c’est d’être constant. De ne pas être flou.

Qu’est-ce qu’une gauche forte ?

C’est une gauche de transformation. Face à une droite dure et une crise qui dure, il faut une gauche forte et claire pour sortir la France de la crise, mettre la finance et les banques au service de l’économie et des Français. Je veux que les Français se disent : « Elle ne change pas d’avis. Elle nous dit aujourd’hui ce qu’elle va faire demain et défend des décisions difficiles. » Par exemple, le non-cumul des mandats au sein de mon parti. François Hollande n’a pas dit cela à ses soutiens. Autre proposition que je fais : en matière de santé, quand je dis aux médecins qu’ils devront s’installer en priorité dans les zones rurales, cela ne plaît pas à tout le monde mais je pense que c’est juste et je le défends.

Qu’est ce qui vous fait croire en une dynamique depuis deux semaines ?

Je le ressens sur le terrain depuis des mois. Cela a été masqué par ces sondages sur les primaires dont chacun sait qu’ils ne veulent rien dire. Le système s’est créé son candidat et nous a matraqués de sondages. Malgré tout cela, une majorité des Français s’est portée sur les trois candidats qui portent le changement, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et moi.

Vous estimez que le système médiatique a choisi François Hollande ?

Bien sûr. Peut-être parce qu’il est plus facile à battre pour Sarkozy. Mais les Français ont été libres dimanche dernier. Ils ont dit ce qu’ils pensaient clairement. Je pense qu’ils le feront encore dimanche prochain.

Les électeurs d’Arnaud Montebourg sont-ils la clé du second tour ?

Les Français sont libres de leur choix. Les citoyens qui ont voté pour Arnaud Montebourg aspirent, comme moi, à un profond changement. Ils se retrouvent dans l’essentiel de mes propositions. Mais lors de cet entre-deux tours, je n’ai voulu ni marchandage, ni tractations. Les primaires doivent être pures. C’est ma conception de la politique.

Le fait d’être une femme, est-ce vraiment un argument de campagne ?

Non, je ne le mets pas en avant comme un argument. Jamais. Je n’affirme pas : « Je suis une femme, élisez moi. » Mais je pense qu’une femme présidente de la République serait un symbole important pour les Françaises. Parce qu’elles pourront enfin se dire qu’ il n’y a plus aucun poste qui leur est interdit. J’ai d’ailleurs déjà préparé la première loi qui imposera l’égalité dans les entreprises. Elles auront trois ans pour négocier et arriver à l’égalité salariale au même poste et pour briser le plafond de verre qui bloque les salariées dans leur carrière. Sinon, elles perdront leurs exonérations de charges sociales. Les droits des femmes ne sont jamais acquis. En me battant pour ces droits, j’ai traversé des périodes dures. Quand j’ai fait la loi de réforme de l’IVG pour accroître le délai d’avortement, j’ai été la cible d’attaques personnelles très violentes.

Les attaques de cette dernière semaine nuiront-elles au rassemblement, lundi matin ?

Il vaut mieux que la clarté se fasse avant qu’après. Ensuite, les Français choisiront, c’est la démocratie. François Hollande a d’abord expliqué qu’il n’augmenterait pas les moyens de l’Education, puis qu’il le ferait, puis finalement non. Les Français ont besoin de clarté et, moi, je n’ai pas besoin de changer mes propositions entre les deux tours. C’est pour cela que j’insiste sur le caractère et la volonté. Parce qu’il va en falloir ans dans cette période de crise où il faudra tenir fermement la barre. Tout ce que j’ai fait dans ma vie me donne aujourd’hui la solidité et la conviction pour le faire.
 

Propos recueillis par Maud Pierron et Matthieu Goar pour 20 Minutes