Monde - dans l’Huma du  le 24 Octobre 2011

« Levez haut vos têtes, vous êtes des Libyens libres » annonce le président du CNT. Et dans le même discours : instauration de la Charia, interdiction du divorce et autorisation de la polygamie.

Dans son discours annonçant la libération totale de la Libye, Moustapha Abdel Jalil  président du Conseil national de transition (CNT),  a déclaré : « En tant que nation musulmane, nous avons adopté la ‘charia’ islamique comme source du droit, donc n’importe quelle loi contredisant les principes de l’islam est légalement nulle ». Deux exemples ont été cités, de lois désormais nulles instaurées sous le régime de Mouammar Kadhafi : celle qui interdisait la polygamie et celle qui autorisait le divorce. Il a également annoncé l’ouverture de banques islamiques. Le CNT a pris sont parti : tenter d’unifier le pays sous le joug d’un Islam politique.
Les tensions vont être grandes : libéraux contre islamistes, tensions régionalistes, rivalités tribales, ambitions individuelles ou pour le contrôle des revenus du pétrole… La Libye est loin d’être pacifiée.

La réconciliation nationale s’annonce également impossible. Outre la mort de Kadhafi que le CNT s’escrime à nous présenter comme conséquence « d’une fusillade » alors que toutes les preuves et témoignages tendent à montrer qu’il s’est fait lyncher puis exécuter, les ONG pointent du doigt des exactions de plus en plus nombreuses. Ainsi Human Rights Watch affirme ce lundi que 53 pro-kadhafi ont été exécutés sommairement dans un hôtel à Syrte. Ils ont retrouvé des dizaines de corps regroupés sur la pelouse, une balle dans la tête, certains avec les mains attachés dans le dos. « Ce dernier massacre semble faire partie d’une série de meurtres, pillages et autres abus commis par des combattants anti-Kadhafi armés se considérant comme au-dessus de la loi », affirme l’ONG.