LEMONDE | 07.11.11 | 11h25   •  Mis à jour le 07.11.11 | 18h17

La candidature de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle ? « Une résurgence du passé », « une candidature isolée », « un dernier baroud ». Au Front de gauche, qui réunit le Parti de gauche (PG), le Parti communiste et plusieurs petits partis comme République et socialisme (d’anciens proches de M. Chevènement), certains ne mâchent pas leurs mots.

« C’est un peu daté, lâche Eric Coquerel, ancien secrétaire national du Mouvement républicain et citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, aujourd’hui au Parti de gauche (PG). Chevènement a été candidat en 2002. Il faut maintenant des réponses neuves. » « Avec sa vision souverainiste de la France, il nous propose de nous renfermer sur nous-mêmes », renchérit Marie-George Buffet, ancienne candidate communiste à la présidentielle en 2007.

Opposant au traité de Maastricht en 1992 puis au traité constitutionnel européen en 2005, M. Chevènement, qui se définit comme un « patriote », explique se sentir « proche » du socialiste Arnaud Montebourg. Et certains de ces thèmes forts – la critique d’une Europe libérale, « la réindustrialisation », « la souveraineté populaire » – rejoignent ceux du Front de gauche.

Une « bonne nouvelle » pour Jean-Luc Mélenchon : « Il va labourer le terrain, nous aider à desserrer l’étau sur nos thèses, comme sur le traité de Lisbonne. Comme Montebourg, il va cristalliser des gens qui ensuite ne reviendront pas mécaniquement dans les rangs socialistes. »

Pour autant, le candidat du Front de gauche affirme ne pas être inquiet : « Je ne crois pas qu’il empiète sur mes idées, estime-t-il. Sur les questions d’écologie ou de politique de relance de l’activité, nous ne sommes pas sur le même terrain. Chevènement n’est pas du tout identifié dans la gauche de la gauche. Toutes les histoires sur les sauvageons sont des souvenirs assez douloureux. Pour moi, il n’est pas un problème, c’est pour le PS qu’il est un. Et peut-être aussi pour une partie de la droite, comme Nicolas Dupont-Aignan. »

SIXIÈME CANDIDAT À GAUCHE

La candidature de M. Chevènement sera la sixième à gauche. En 2002, ils étaient huit, et l’ancien ministre avait été accusé d’avoir fait perdre Lionel Jospin. « On agite la peur du 21 avril 2002 sans avoir tiré les leçons de cette tragédie, et avec seul argument la peur du FN », lance Alexis Corbière, secrétaire national du PG. De plus, au Front de gauche, on ne croit pas vraiment que le « che » aille jusqu’au bout de sa démarche.

Beaucoup rappellent avec gourmandise qu’en 2006, Jean-Pierre Chevènement avait déclaré sa candidature un 6 novembre sur TF1 avant de soutenir, quelques semaines plus tard, Ségolène Royal. « Est-ce qu’il ira au bout ? Permettez-moi d’en douter, avance Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche. Il est vraisemblable qu’il se rallie à Hollande. »

M. Mélenchon estime pour sa part que le sénateur du Territoire de Belfort « n’est pas en état organisationnel et politique d’arriver à trouver les 500 signatures et de partir en campagne ».

Reste que certains préféreraient voir M. Chevènement rallier M. Mélenchon que M. Hollande. Ils n’oublient pas qu’en 2002, l’ancien ministre de l’intérieur de Lionel Jospin avait réuni 5,33 % des suffrages.

« C’est une voix qui compte, reconnaît Eric Coquerel. Mon seul regret, c’est qu’il ait manifestement choisi de vouloir peser sur la candidature de Hollande. Aujourd’hui, il y a le Front de gauche et en termes d’efficacité, ce serait plus utile de nous rejoindre. »

Raphaëlle Besse Desmoulières