L’Humanité de ce mardi 7 février fait le bilan de cinquante ans de blocus total imposé par les Etats-Unis à Cuba, depuis le 7 février 1962. Nous publions ici le point de vue de George Wolinski, dessinateur et président d’honneur de Cuba Si France.

« En 1970, je suis allé à Cuba pour la première fois. Je représentais la France à une exposition de dessins politiques. Ceux que j’exposais avaient été publiés, pendant les évènements de 1968, dans Action,  L’Enragé et Charlie Hebdo. Ensuite, invité par le festival de l’humour de San Antonio de Los Banos, j’ai fait de nombreux séjours à Cuba. J’ai pu côtoyer des dessinateurs roumains, coréens du Nord, polonais, tchèques. Place de la Révolution, trois heures durant, j’ai écouté le discours de Fidel Castro. Plus tard, en 1992, j’ai été le président d’honneur de la biennale de l’humour.

Pour rejoindre Cuba, il fallait partir de Madrid ou de Prague et voyager quelques vingt deux heures. A l’époque, étant donné le blocus américain, 80% de l’économie cubaine, dépendait de Moscou et des pays de l’Est. Puis, il y eut l’effondrement du bloc soviétique et ce fut un coup dur pour Cuba. Le peuple manquait de tout pour vivre comme pour travailler. Charly Bouhana, membre du syndicat de Livre, m’a demandé de le rejoindre pour aider les artistes et les écoliers cubains. Ainsi, est née l’association de solidarité : Cuba Si France. Première initiative : le bateau de la solidarité. Un cargo chargé de cahiers et autres feuilles de papier, de fournitures scolaires, destinés aux écoles.

Georges Wolinski:

Ensuite, l’association a accompagné différents projets d’aide à l’enfance. Il y eut encore un envoi de matériel destiné aux artistes qui ne disposaient plus de rien pour créer. Des artistes liés au gouvernement en place mais qui, malgré tout, ne pouvaient plus travailler.

Depuis cette époque, Cuba Si France n’a pas cessé de manifester son indignation contre le blocus américain. Il y a deux ans, quand je suis retourné à Cuba, j’ai pu observer le courage du peuple pour résister aux conditions de vie provoquées par l’embargo. J’ai vu défiler un million et demi de jeunes cubains, visiblement en pleine santé, devant un Raul Castro souverain. Pas un n’a crié : « Dégage Raul ! » en passant devant la tribune.

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Le 8 mars, lors de la journée internationale de la femme, j’ai écouté les propos de Mayda Alvarez Suarez, militante du Centre d’Etude de la Femmes, organisme sous tutelle du gouvernement. Elle était l’invitée en France de notre association. Après cinquante-deux ans de révolution, Mayda résume la philosophie des Cubaines. A la surprise générale et malgré le peu d’enthousiasme des hommes, elles ont, dit-elle, conquis leur autonomie. L’égalité des salaires est instaurée par la loi et elles peuvent exercer des postes décisionnaires. Et cela, malgré la vie difficile, le manque de denrées alimentaires, les crèches introuvables et la violence en hausse.

Quant à la natalité, elle décroit. 1,6 enfant par couple. Avant la révolution Mayda explique que de nombre de jeunes filles de 14 ans se retrouvaient enceintes, aujourd’hui, l’âge moyen la natalité est de 24 ans. Qu’en est-il des rapports hommes-femmes ? La formule est envoyée par Mayda : les hommes que veulent les femmes n’existent pas encore. Les femmes que les hommes veulent n’existent plus !   Dans un avenir proche, d’importantes réformes se préparent, comme la perte de 500.000 fonctionnaires. Mayda sourit : « On en a vu d’autres ».

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http://www.humanite.fr/monde/georges-wolinski-le-courage-du-peuple-cubain-489523

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le 25 avr 2011 | Dans : 1 Commentaire »

Une réponse to “Georges Wolinski: « Le courage du peuple cubain »”

  1. le 09 fév 2012 à 3:21 «Cuba sort la tête de l’eau»

    ReportageLe président Raúl Castro affirme sa volonté de moderniser le pays. La population, optimiste mais prudente, observe.
    Par GÉRARD THOMAS Envoyé spécial de Libé à La Havane

    Ivano fait une moue dubitative. «Rajeunir les dirigeants cubains ? Sûr que ce serait une bonne chose, puisque nombre d’entre eux sont plus que septuagénaires, note-t-il en esquissant un sourire. Mais les figures historiques du régime, souvent des compagnons d’armes du président Raúl Castro, s’accrochent au pouvoir et Raúl a confiance en eux.» Cet enseignant de 28 ans, lunettes noires et chapeau de paille fiché sur la tête, n’est pas membre du Parti communiste cubain (PCC), mais il a suivi les débats de la conférence nationale – sorte de mini-congrès du PCC – qui s’est tenue les 28 et 29 janvier au Palais des conventions de La Havane, en présence de 811 délégués. Une première du genre depuis la fondation du parti par Fidel Castro, en 1965.

    Aux commandes. Au menu de la conferencia : le rajeunissement des cadres, le «changement des mentalités», la lutte contre la corruption et la rectification des «inepties du passé». Vaste programme, destiné avant tout à «actualiser le socialisme» et soutenir les réformes économiques décidées en avril, lors du 6e congrès du PCC. «Ou nous changeons ou nous coulons», avait prévenu Raúl Castro en convoquant cette conférence. Il a tempéré ses propos quelques jours avant son ouverture, en assurant qu’il ne fallait «pas se faire trop d’illusions». Le bilan des discussions peut en effet paraître modeste. Le rajeunissement des cadres, régulièrement présenté comme une priorité par le président cubain, se fera à un rythme de sénateur : 20% des effectifs seulement seront renouvelés d’ici au prochain congrès, prévu dans quatre ans. Une limitation à deux mandats de cinq ans pour les principaux responsables politiques du pays a par ailleurs été adoptée. Elle devrait s’appliquer à Raúl Castro, octogénaire et président depuis quatre ans, mais elle permet surtout à la «génération qui a fait la révolution» de 1959 de rester aux commandes pratiquement jusqu’à la fin de sa vie.

    «On peut trouver la machinerie trop lourde, les progrès trop lents, les décisions difficiles à mettre rapidement en œuvre… il est incontestable que les choses sont en train de changer dans notre pays», s’enthousiasme cependant Neysa, la quarantaine, qui se décrit comme une militante de base. Même diagnostic pour Andrès, 86 ans, qui observe avec attention les manœuvres d’un bateau vénézuélien dans le port de La Havane. «Je crois que Cuba, qui a cruellement souffert politiquement et économiquement de l’effondrement du grand frère soviétique en 1992, est en train de sortir la tête de l’eau. Nous sommes sur la bonne voie et Raúl prend les mesures adaptées.»

    Depuis qu’il a définitivement succédé, en février 2008, à son frère Fidel, rongé par la maladie, Raúl Castro orchestre le lent dégel cubain et tente d’incarner l’image d’un réformateur prudent, désireux d’ouvrir le pays sur l’extérieur et à l’économie de marché. Longtemps brocardé en comparaison du très médiatique Líder máximo, l’homme qui fut durant quarante-neuf ans le patron incontesté des Forces armées révolutionnaires (FAR, l’armée cubaine) a peu à peu pris de l’étoffe dans ses habits civils. Au point de remplacer les dirigeants «fidelistes» par des hommes à lui, la plupart du temps des militaires qui ont servi sous ses ordres.

    Il a favorisé le développement des activités commerciales privées et annoncé la suppression progressive d’1,3 million de postes dans le pléthorique secteur public. En 2012, 170 000 fonctionnaires devraient ainsi être rayés des listes. Le Président a également procédé à des distributions de terres d’Etat aux paysans pour tenter de relancer une production agricole dramatiquement insuffisante pour subvenir aux besoins de la population, et levé «les interdictions absurdes» qui pénalisaient les Cubains. Ces derniers peuvent désormais acquérir des ordinateurs et des téléphones portables, fréquenter les hôtels jusqu’à présent réservés aux étrangers, louer des automobiles, vendre ou acheter leur logement ou accéder au crédit bancaire.

    «Complémentaires». «A condition de pouvoir s’offrir tout cela», module Ivano, rappelant avec humour qu’avec son salaire équivalent à 14 euros par mois, il n’est pas prêt de pouvoir se payer une Lada d’occasion. «Mais on se débrouille pour arrondir les fins de mois», lance-t-il d’un air entendu. A La Havane, la plupart des activités «complémentaires» ont un rapport avec le tourisme international, un secteur en plein développement à Cuba qui a accueilli près de 2,5 millions d’étrangers l’an dernier. Ivano revend des cigares que son père, qui travaille dans une manufacture de tabac, récupère toutes les semaines. Son copain Gustavo a retapé une vieille Cadillac des années 50 et, après sa journée d’ouvrier-électricien, il trimbale des cargaisons de touristes peu regardants sur la dépense. Tony véhicule quant à lui les étrangers à la force des mollets sur son «bicytaxi». Tomasa rameute des groupes de Canadiens vers un restaurant ami qui la rétribue de la main à la main… Pour le reste, les Cubains exilés aux Etats-Unis, essentiellement en Floride, à peine distante de 150 kilomètres, envoient de quoi aider leurs familles.

    La course au peso convertible (CUC), la monnaie forte des non-résidents, échangeable à raison d’un euro pour 1,25 CUC (contre 30 pesos cubains pour un euro), est devenue un sport national. Le «convertible» est le seul moyen de faire le plein de carburant (1 euro le litre d’ordinaire, 1,15 le super), lorsque les pompes ont été alimentées, ou de s’offrir une heure d’Internet (6 euros). Les autorités laissent faire en estimant «que les initiatives privées sont toutes bienvenues».

    Le seul point d’achoppement repose sur le refus irréductible du multipartisme. «Parce que tout autre parti serait celui de l’impérialisme, le parti des Etats-Unis, qui continuent de financer ce qu’on appelle à l’extérieur l’opposition !» précise Fernando Rojas, vice-ministre de la Culture. Une idée fixe entretenue par les financements occultes du département d’Etat américain à l’opposition et la pression des anticastristes – dont certains ouvertement d’extrême droite – qui s’agitent du côté de Miami. Et la poursuite de l’embargo américain sur tous les produits non alimentaires, qui dure depuis un demi-siècle, ne risque pas d’amadouer les dirigeants cubains. En libérant 3 000 prisonniers fin décembre, dont quelques «politiques», Raúl Castro a pourtant adressé un signe à la communauté internationale. Seuls une cinquantaine «d’opposants» seraient encore emprisonnés, selon les organisations de défense des droits de l’homme elles-mêmes. La visite du pape Benoît XVI, qui sera reçu en grande pompe en mars à Cuba, pourrait être l’occasion d’un nouveau geste.

    Médecins et profs. Pour sortir de l’étouffement économique qui menace malgré les «réformes», le pays mise sur les prometteuses recherches pétrolières qui viennent de débuter dans ses eaux territoriales sous la houlette des Espagnols, des Norvégiens et des Indiens. Il peut aussi compter sur la Chine et le Vietnam, et surtout sur ses deux principaux amis et partenaires commerciaux latino-américains : le Venezuela socialiste d’Hugo Chávez et le Brésil de Dilma Rousseff. Plus de 110 000 barils de pétrole brut sont ainsi envoyés chaque jour à Cuba par Caracas, en échange des centaines de médecins ou de professeurs de l’île qui officient au Venezuela. De son côté, Rousseff, en visite en début de semaine à Cuba, a annoncé que son pays allait investir 650 millions d’euros dans le port de Mariel (à 50 kilomètres de La Havane) pour en faire la plaque tournante du commerce d’Amérique latine et des Caraïbes. Une sorte de hub commercial qui pourrait à terme devenir le principal port d’entrée des marchandises latinos vers les Etats-Unis voisins. Cuba et son socialisme tropical y trouverait largement son compte.

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