La molle attitude serait-elle la caractéristique du nouveau quinquennat? Malgré l’usage des mots fétiches comme ceux de « croissance », « efforts justement partagés » ou   »dialogue social » on dirait que la loi d’airain du néolibéralisme s’impose bel et bien. A vrai dire, ce n’est pas une surprise. Le poids de la réalité pèse comme une chape de plomb sur la tête de nos nouveaux dirigeants. Raison de plus pour s’interroger sur le sens de cette direction.

On se refusera à déconsidérer notre président à la façon du sénateur UMP Hugues Portelli, un des plus grands spécialistes de la pensée de Gramsci au demeurant, qui réinterprète la normalité du président (1). On accueillera plutôt avec quelque indulgence les orientations gouvernementales qui vont dans « le bon sens », selon l’expression des députés du Front de gauche qui n’ont pas pour autant voté la confiance au gouvernement. On considèrera même avec Jean-Pierre Chevènement, sorti de son silence diplomatique, qu’il faut bien « comprendre le réel » pour amorcer une nouvelle dynamique européenne…

Mais sans se payer de mots pour autant! Car il y a peu entre les timides inflexions de la politique nationale, européenne et internationale de la nouvelle présidence française et l’hésitation face à des choix irrémédiablement antagonistes. Entre le monde du travail et celui de la finance, entre la souveraineté nationale et la soumission aux dictats d’une Europe en marche forcée vers plus de fédéralisme, entre la République sociale et la soumision aux marchés, il n’y a pas d’espace de compromis. En la matère, « la seule négociation, c’est la guerre » pour reprendre une expression utilisée fort malencontreusement dans le conflit algérien par le ministre de l’Intérieur du gouvernement de Pierre Mendès-France sous la quatrième République.

Une guerre de position, quant à elle légitime et nécessaire, mais qui n’a pas été conduite par les partis soutenant les gouvernements de gauche de la cinquième république. Car le combat contre le néolibéralisme ne laisse en effet aucune place à la confusion politique et idéologique. N’aurait-on donc rien appris de l’expérience de la gauche au pouvoir dans les années 80? Cette gauche qui, dans l’unité, achevait pourtant sa rénovation loin des impasses du molletisme et de l’empreinte du stalinisme sans parvenir, à l’épreuve du pouvoir, à se hisser à la hauteur des enjeux de son projet socialiste…

Serait-t-on même persuadé de la droiture présidentielle et de son gouvernement, qu’on ne saurait pour autant tout attendre de nos dirigeants. Reste à trouver une capacité politique à imprimer une direction nouvelle dans un contexte où la contrainte budgétaire et financière justifie ce profil bas gouvernemental dans les champs de l’économie et du social . Autrement dit, comment créer cet élan pour engager un vrai processus de rupture d’avec les politiques libérales? comment souder un front de classe autour d’un projet de république sociale qui entame fondamentalement la légitimité du bloc libéral néo-conservateur en France et en europe? comment conquérir l’hégémonie politique et idéologique, condition sine qua non d’un processus de reconquêtes sociales et  républicaines?

Ce sont là des questions fortes qui se posent à « une gauche de gauche » toujours en phase de recomposition. On ferait bien de s’interroger à gauche car à force de tarder son avènement, cette gauche introuvable qui ne peut se réduire aux franges de la dite « gauche de la gauche », risque bel et bien de laisser le champ libre au camp conservateur! Le renfort de la gauche anticapitaliste du NPA au Front de gauche ne suffit pas à cette entreprise. Pas plus que la tentation du repli de la gauche du P.S et du M.R.C dans un attentisme tactique.

Et que l’on n’aille pas nous dire aujourd’hui que ce rappel à la conscience politique des intérêts des classes en butte aux ravages du néolibéralisme est un archaisme. Sauf à déconsidérer l’histoire des courants de gauche du parti socialiste d’où sont issus quelques ministres respectables dont le premier d’entre eux, on rappellera ici toute la pertinence d’une conduite politique résolue. Dans la perspective, à plus long terme, d’une sortie du capitalisme financier mondialisé qui suppose, ça va sans dire, une vraie capacité d’entraînement idéologique et politique qui fait tant défaut dans la période. Un appel à la bravitude, non plus depuis la grande muraille de la Chine qui accueille ces jours notre ministre des relations extérieures, mais depuis ces mille forteresses et casemates de la société civile, contre la molle attitude qui imprègne encore et toujours la  gouvernance de la société politique. A suivre avec le prochain débat contre la ratification du pacte budgétaire européen…

X.D

(1) « On n’a pas assez prêté attention au premier slogan de campagne de François Hollande, lorsque celui-ci était candidat à la candidature du parti socialiste. Il se présentait comme le candidat « normal » face à la présidence « hors norme » de Nicolas Sarkozy. Qu’entendait-il par là? Tout simplement qu’il voulait être le candidat conforme aux normes de son parti, le parti socialiste. Tout simplement qu’il dirigerait la France comme il avait dirigé son parti,  le parti socialiste ».  

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