Marie-Noëlle Lienemann manifeste son dépit du choix de ratification par la voie parlementaire du pacte budgétaire adopté par Merckel et Sarkosy en début d’année. Membre de la gauche socialiste et de Gauche-Avenir, la sénatrice expose avec clarté son refus sur son blog. Il eut fallu proposer en son temps, c’est à dire avant toute négociation avec l’Allemagne et les autres pays de l’union, de conditionner la ratification à l’adoption de la voie référendaire en France. C’eut été un puissant levier pour poser nos exigences sur un terrain favorable aux intérêts populaires et nationaux. La frilosité politique du président explique les choix actuels qui ne manquent pas de préoccuper à gauche.

Pour ne parler que de la seule gauche socialiste, on entend aussi des grincements suite à l’annonce d’une contribution exclusive Aubry-Ayrault proposée à tous les dignitaires du PS. S’agirait-il de museler l’expression de voix discordantes, notamment sur les sujets majeurs qui engageront irrémédiablement l’avenir du pays? En cette période de retour à la négociation qui sera même constitutionnalisée, ce choix paradoxal fait aussi réagir d’autres secteurs du PS à l’instar d’un Gaétan Gorce, candidat au secrétariat général, qui s’interroge sur le contraste entre la rénovation du dialogue social entre gouvernement et partenaires sociaux et l’absence de démocratie à l’intérieur de son parti.

Ces symptômes d’un malaise vis à vis de choix cruciaux expriment l’ambivalence de la période. Celle-ci est forte d’enjeux. Lesquels ne peuvent être relevés qu’avec une capacité politique s’émancipant de l’idéologie néolibérale. D’où la pertinence de ce conseil de lecture sur le blog de la sénatrice socialiste (lire ci-dessous en note 1).

X.D

 (1) Antimanuel de guérilla politique, par Jean-Laurent Lastelle et Renaud Chenu (éditions JC Gawséwitch), mars 2012, 180 pages, 14,50€. Un manuel pratique pour décoder la novlangue des politiques Une réhabilitation des mots de la gauche contre les maux de droite. « Idéologue », « Archaïque », « Concret », « Fraudeurs », « Légitime », « Pragmatisme », « Prise d’otage »… Ou encore « Utopie », « Egalité », « Travail », « Conflit »… chaque jour les hommes et partis politiques, à travers leurs interventions, communiqués ou propositions abreuvent le citoyen d’une novlangue censée lui offrir une grille de lecture de la réalité. Or, ces mots, souvent utilisés indifféremment par la gauche et par la droite, ont un sens bien précis et véhiculent souvent une seule et même idéologie : celle de la pensée néo-libérale. Il est temps remettre les mots de la politique à leur bonne place ! Rédigé par une vingtaine de contributeurs, cet abécédaire pratique détricote « les mots de la droite » pour mieux « re-tricoter » ceux que la gauche a parfois oubliés. Une véritable œuvre de salut public pour lutter contre la paresse intellectuelle, la résignation linguistique ou tout simplement l’opportunisme qui pousse trop souvent les progressistes à adopter un vocabulaire réactionnaire. Le ton est grinçant, ne recule pas devant un certain humour, parce que le vocabulaire pseudo-gestionnaire que la politique nous impose depuis 30 ans est risible et qu’il est salutaire de s’en moquer. En même temps le propos est profondément sérieux car les mots et la manière dont ils ont emprisonné la politique sont essentiels. Présentation des auteurs Jean-Laurent Lastelle est président de L’Assaut, un « laboratoire d’idées » de gauche composé essentiellement de jeunes d’une trentaine d’années (fonctionnaires, avocats, universitaires, salariés du secteur privé… ) Renaud Chenu est journaliste et un des responsables de Gauche Avenir, un club de réflexion et de débat qui réunit des personnalités issues de diverses sensibilités de la gauche.