Deux symptômes de la difficulté de combattre et d’éradiquer le machisme ordinaire retiennent mon attention : celui de la lutte aux seins nus de l’organisation activiste ukrainienne et le propos pitoyable d’un journaliste d’Europe 1 interrogeant Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée des PME, de l’innovation et de l’économie numérique.

Cette dernière a été questionnée dans des termes inqualifiables par un journaliste peu scupuleux : «Savez-vous vraiment pourquoi vous avez été choisie? Parce que vous êtes une belle femme issue de la diversité? Parce que vous appartenez à une minorité peu visible? Que vous êtes la preuve de ce qu’est une adoption réussie? Que vous êtes un signal fort donné aux marchés asiatiques? Peut-être aussi parce que vous êtes compétente? Est-ce que vous le savez vraiment?»  Daniel Schick, le journaliste en cause, faisait ainsi référence aux origines sud-coréennes de Fleur Pellerin. Armée de sang froid la ministre a rétorqué sur un ton moqueur «Ça commence très très mal». Sa collègue sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, a vivement réagi par un tweet à l’écoute de ces propos qualifiés de racistes et misogynes.

« Le nuisible misogyne et lourd  qui a interrogé @fleurpellerin ce matin va sévir  longtemps sur @Europe1 ? Virez le, il le mérite. »

D’autres « indignées » se sont exprimées sur la toile et le réseau Twitter pour dénoncer cette « interview décalée ».

Un machisme que combat le Femen dont nous découvrons les méthodes activistes au travers de photos de militantes aux seins nus. Que penser de cette façon d’être qui entend utiliser à son avantage la vision réductrice de la femme objet de la seule convoitise sexuelle ? Succès assuré pour une médiatisation de cette ONG de féministes ukrainiennes qui n’hésitairent pas, il y a peu, à manifester dans le plus simple appareil devant l’habitation de DSK, place des Vosges, ou à l’occasion de l’Euro de football contre la prostitution.

L’ambiguité de cette posture est à l’image de ce mouvement qui entend recruter et former de nombreuses femmes à ces méthodes de choc médiatique avec l’idée d’un camp d’entraînement en France. Aux dires d’ Alexandra Shevchenko, l’une des quatre permanentes de l’organisation féministe ukrainienne, «Personne ne prêtait attention à nous, et un jour nous avons enlevé nos t-shirts». Ce raccourci suffira-t–il à redonner sa vitalité au combat féministe? Ne risque -t-il pas plutôt de l’enfermer dans une vision péjorative et avilissante de la contestation féminine?

Nicolas Bégasse a questionné et rend compte des réactions du monde féministe dans un article pour Minutes auquel nous empruntons ces propos. Si la présidente de Ni pute ni soumise Asma Guenifi confie son accord sur le fond avec ce combat contre la prostitution et la pauvreté, elle n’en récuse pas moins l’approche des Ukrainiennes  qui estiment que «le féminisme classique est mort». «Je ne suis pas d’accord quand elles parlent des féministes « traditionnelles » qui parlent entre elles en restant passives», fait aussi remarquer Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale solidarité femmes. «Ce féminisme classique, c’est aussi beaucoup d’actions dans les quartiers, sur le terrain, pour revaloriser l’image de la femme.» Pour Magali de Haas «Comme elles le disent elles-mêmes, c’est dommage d’en arriver au point de devoir montrer ses seins pour se faire entendre. De plus, une chose m’a étonnée, c’est qu’elles veulent faire de belles images, en rentrant dans les standards de la beauté… Ce n’est pas assez subversif, ça ne retourne pas les clichés sur ce qui est beau chez une femme.» N’y a-t-il pas un risque de brouiller le message envoyé, en incitant le citoyen à s’arrêter à une paire de seins dénudés? «Le but ce n’est pas de montrer le corps, derrière ce corps il y a un message politique. Et pour moi, le message passe très bien», explique Asma Guenifi. Plus prudente, Françoise Brié note que le message doit être bien traité pour mieux passer: «Il faut qu’elles puissent expliquer leur action, et c’est le rôle des médias d’expliquer ce message.»

En faisant parler ces féministes, le blog citoyen se montre en la matière fort prudent, s’évitant ainsi le risque d’un commentaire masculin qui pourrait trahir quelques relents machistes… Pour vous faire une idée juste de ce mouvement, mieux vaut juger sur pièce en vous rendant à la soirée du Femen, samedi prochain à Paris.

X.D