Gramsci, qui voyait en tout homme une part de philosophe, distinguait le sens commun du bon sens. Ce dernier qui confère « la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux »,  tend à dégager l’individu de l’emprise idéologique des lieux communs, ces représentations sociales véhiculées et reproduites par différents canaux de socialisation (1). Le bon sens constitue ainsi un premier pas vers l’affranchissement des idées reçues. Selon le philosophe italien, « la philosophie est la critique et le dépassement de la religion et du sens commun et, en ce sens, elle coïncide avec le bon sens , qui forme opposition avec le sens commun. »

Va-t-on à présent vers le bon sens en politique? Une politique de bon sens prend-elle le pas sur les platitudes éculées de la grossière gestion gouvernementale néolibérale conservatrice du précédent quinquennat? Autrement dit, dans les sommets de l’Etat, d’où viennent les références qui inspirent l’action présente? Dans le surgissement de  l’actualité économique et sociale estivale, l’opinion publique est gavée de discours et d’évènements médiatisés dont on se doit de méditer le sens et les raisons.

Il en est ainsi quand les pouvoirs publics expulsent des centaines de personnes des campements insalubres sans proposer pour autant de relogement systématique à des familles, avec enfants de très jeune âge, condamnées à l’errance. N’ y a -t-il pas lieu à s’interroger à la façon des membres de médecins du monde dans leur tribune pour Libé reproduite sur ce blog. «  … on continue à rechercher les dividendes du «temps court», celui qui accompagne les expulsions avec leurs cortèges d’hommes en uniforme et de bulldozers. La stratégie est devenue plus torpide, le discours plus subtil, mais, sur le fond, l’intention politique est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l’égard de quelques centaines de personnes, considérées comme des Européens de seconde zone, pour montrer ses biceps. C’est à se demander si le meilleur service à rendre aux Roms ne serait pas de taire les expulsions, pour rompre le cercle, pas du tout vertueux, expulsions-médiatisation-bénéfice politique ! »

Il en va de même dans le registre des finances publiques. Quand le samedi 25 août à l’université d’été de la Rochelle, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, exerce ses talents de prestidigitateur devant une assemblée socialiste : « je ne veux pas être le Premier ministre du tournant de l’austérité ! », d’aucuns, emprunts de bon sens, murmurent tout  bas : « trop tard, c’est déjà fait ». Car l’objectif du retour à l’équilibre passe par un redressement des comptes et un retour du déficit public de la France sous les 3% du PIB en 2013 selon les lieux communs de l’Establisment politico-médiatique. Objectif qui vaut cette remarque de bon sens d’un militant socialiste « Rendez-vous compte, cela représente un effort de 30 milliards d’euros. Jamais on n’a fait un tel saut, même pas en 1983 ». « On nous propose donc une alouette de croissance et un cheval d’austérité » souligne sur son blog, avec son sens critique bien exercé, la sénatrice socialiste de Paris, Marie-Noëlle Lienemann. Cet phrase choc de l’article, repris sur ce blog citoyen pour cette revue de lecture offerte à nos amis internautes, résume un rejet ferme éclairé d’un regard lucide.

Et l’on s’accordera avec la pertinente analyse de Guillaume Duval, journaliste au mensuel Alternatives économiques pour dénoncer les plates considérations sur la résorbtion du déficit public. Dans un titre provocateur, « Pourquoi la France n’a pas besoin de se serrer la ceinture », l’économiste expose la différence d’approche entre déficits courants et structurels, seuls en cause dans une saine gestion qui n’hypothèquerait pas la croissance et l’avenir. Son article pour Marianne repris dans ce blog pour la qualité de son raisonnement et sa pédagogie conclut ainsi : »Il n’y a donc pas lieu de demander de nouvelles mesures d’austérité aux douze autres pays de la zone euro et tout intérêt au contraire à y laisser jouer pleinement les «stabilisateurs automatiques» pour atténuer les effets de la nouvelle récession. Un tel mouvement serait également parfaitement compris par les investisseurs financiers, inquiets de voire la zone euro s’enfoncer dans la récession du fait des politiques budgétaires procycliques menées en son sein.

Ces deux exemples offrent autant d’illustrations d’une vraie dérive d’une action gouvernementale prétendument socialiste et cependant en pleine « normalisation ». Dans la perspective de la ratification sans consultation référendaire du peuple de France du traité sur la coopération, la gouvernance et la stabilité, après ce mal nommé pacte de stabilité et de croissance, pour le second exemple. Dans un registre fort nauséabond pour le premier.

Pour être complet et juste on ne manquera pas néanmoins de positiver la volonté d’un Montebourg de redresser le tissu productif de la  France ou celle, particulièrement affichée d’un Peillon, ce philosophe-ministre qui prône l’enseignement d’une morale laïque, et entend bien relever l’éducation nationale. En citoyen-philosophe, attentif à la concrétisation de ces sages objectifs d’une politique qui irait dans le bon sens, on ne cèdera jamais aux facilités des illusionnistes  …

X.D

(1) Descartes affirme que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Cette affirmation sonne comme un coup de trompette au début de la première partie du Discours de la méthode. On peut lire plus loin « la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce que l’on appelle le bon sens ou la raison est naturellement égale en tous les hommes ».

Les canaux de socialisation sont nombreux : églises, famille, médias, partis politiques, école, université, syndicats, etc..