Selon Raoul Girardet, la version la plus communément admise fait naître l’emblême tricolore le 17 juillet 1789. Trois jours après « la prise de la Bastille », Louis XVI, reçu à Paris, à l’Hôtel de ville, par son maire, Bailly, aurait, à la demande de ce dernier,  coiffé son chapeau habillé d’un ruban bleu et rouge – couleurs de Paris – aux cotés de la cocarde blanche. 

L’emblême aux trois couleurs serait apparue quelques jours plus tôt. Le commandant de la nouvelle garde nationale, La Fayette, aurait uni le blanc de l’uniforme des gardes françaises, ralliées au mouvement insurectionnel, au bleu et au rouge de la milice parisienne.

Le blanc n’était pas la couleur royale mais celle de la marque distinctive du commandement militaire : la cornette blanche.

La nouvelle cocarde pouvait légitimement apparaître comme un symbole d’alliance et de concorde. « Tout se passe en somme comme si, dans ce moment décisif de l’histoire de l’idée de nation, celle-ci exigeait une représentation visuelle, un signe tangible d’identité et de reconnaissance ».

Un décret du 15 février 1794 précise que « le pavillon national sera formé de trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales, posées verticalement de manière que le bleu soit attaché à la gauche du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs ».

Après l’arrestation du souverain, le drapeau blanc trouva sa place à la tête de l’insurrection vendéenne et des volontaires de l’armée des princes.

C’est en 1830, à la chute de Charles X, que la nouveau roi, Louis Philippe, décrète à nouveau : « La nation reprend ses couleurs. Il ne sera plus porté d’autre cocarde que la cocarde tricolore ». Eugène Pottier, le futur auteur de l’Internationale, chante la résurrection du  » drapeau de la Liberté ».

En 1848, le 25 février, le drapeau rouge flotte au dessus de l’Hôtel de ville parisien. mais Lamartine s’opposa de toutes ses forces , avec succès, à ce que l’on changeât le drapeau tricolore.

Sous la commune de Paris, le drapeau rouge fut à nouveau hissé sur le fronton de l’Hôtel de ville.

En 1873, le comte de Chambord échoua pour avoir conditionné son retour au rétablissement du drapeau blanc. Cette exigence était devenue insoutenable, même pour l’extrême droite de l’époque.

Sous la III° République, le drapeau tricolore redevenait celui de la réconciliation entre la fidélité à 1789, « face aux ultimes tentatives des tenants du droit divin », et aux principes de stabilité, d’équilibre et de continuité.

Les socialistes, sous l’influence de Jean Jaurès, ont adopté les symboles de la République, repris par le Front Populaire.

Les résistants et les forces politiques de la Libération devaient manifester le plus grand attachement à ces symboles, renouant avec le patriotisme républicain.

Depuis les années 1980, avec la montée du FN, d’aucuns rechignent à exalter les vertus du patriotisme républicain, laissant le terrain à Le Pen et à ses émules. Quel abandon!

Loin d’être une idée saugrenue, la défense des symboles républicains constitue une pièce importante d’un dispositif de reconquête de l’identité républicaine qui appartient au Peuple français.

Xavier DUMOULIN d’après Raoul Girardet dans  » Les lieux de mémoire », Quarto Gallimard, 1997.

La Marseillaise et autres articles ayant trait à La Marseillaise et à la Révolution déja publiés sur ce blog

Les paroles et le lien vers des chants révolutionnaires 

1er couplet

Allons enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé ! Contre nous de la tyrannie, L’étendard sanglant est levé, (bis) Entendez-vous dans les campagnes Mugir ces féroces soldats ? Ils viennent jusque dans vos bras Egorger vos fils et vos compagnes !

Refrain

Aux armes, citoyens, Formez vos bataillons, Marchons, marchons ! Qu’un sang impur Abreuve nos sillons !

2

Que veut cette horde d’esclaves, De traîtres, de rois conjurés ? Pour qui ces ignobles entraves, Ces fers dès longtemps préparés ? (bis) Français, pour nous, ah ! quel outrage Quels transports il doit exciter ! C’est nous qu’on ose méditer De rendre à l’antique esclavage !

3

Quoi ! des cohortes étrangères Feraient la loi dans nos foyers ! Quoi ! ces phalanges mercenaires Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis) Grand Dieu ! par des mains enchaînées Nos fronts sous le joug se ploieraient De vils despotes deviendraient Les maîtres de nos destinées !

4

Tremblez, tyrans et vous perfides L’opprobre de tous les partis, Tremblez ! vos projets parricides Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis) Tout est soldat pour vous combattre, S’ils tombent, nos jeunes héros, La terre en produit de nouveaux, Contre vous tout prêts à se battre !

5

Français, en guerriers magnanimes, Portez ou retenez vos coups ! Epargnez ces tristes victimes, A regret s’armant contre nous. (bis) Mais ces despotes sanguinaires, Mais ces complices de Bouillé, Tous ces tigres qui, sans pitié, Déchirent le sein de leur mère !

6

Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs Liberté, Liberté chérie, Combats avec tes défenseurs ! (bis) Sous nos drapeaux que la victoire Accoure à tes mâles accents, Que tes ennemis expirants Voient ton triomphe et notre gloire !

7

Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n’y seront plus, Nous y trouverons leur poussière Et la trace de leurs vertus (bis) Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cercueil, Nous aurons le sublime orgueil De les venger ou de les suivre

 Extrait d’un billet d’humeur en réplique à Monsieur Finkielkraut

 Quant à Jaurès, …, le philosophe a lancé : «Que la gauche le lise au lieu de se l’approprier !».

L’intellectuel a fait preuve ce matin d’une attitude quelque peu arrogante envers les hommes et les femmes de gauche (c’était durant la campagne électorale des présidentielles en 2007 NDLR). Je l’ai entendu dire que si nous avions lu l’histoire socialiste de la Révolution française, nous saurions que Jaurès défendait Louis XVI. Autrement dit nous sommes des ignorants et nous n’avons aucune référence! Or Jean Jaurès a justement écrit cette histoire – qui fut publiée sous forme de fasicules à livraison périodique à partir de 1900 – pour instruire le peuple français de sa propre origine révolutionnaire. Cette histoire devint en réalité une somme monumentale, objet de la considération des plus grands historiens du XX° siècle (Aulard, Mathiez, Lefebvre et Soboul). Elle a été réeditée aux éditions sociales à partir de 1983 pour préparer le bicentenaire de la Révolution et comporte six fasicules. La belle préface d’Ernest Labrousse commence ainsi : « Le socialisme français est un socialisme républicain. Républicain dans ses origines, dans ses réflexes, dans ses attitudes historiques, dans son implantation territoriale. Républicain au plus lointain et au plus profond de lui-même, au plus profond de son histoire et de sa géographie politique. » Cette  préface invite à la lecture de ces pages écrites « d’une plume magnifique, inspirée et attentive, éloignée de tout pédantisme ». Elle répond par avance aux objections de Finkielkraut. Jaurès concilie le matérialisme de Marx et le mysticisme de Michelet. Il insère les évènements dans l’histoire de la luttes des classes; Quant au roi, il ne cesse de montrer son double jeu avec force description et en s’appuyant sur des faits et des correspondances; Monsieur Finkielkraut voulait sans doute parler d’un passage de l’oeuvre « Ce qu’aurait pu être le procès du roi » dans lequel Jaurès écrit  : « Que de choses pourtant il (le roi) aurait pu opposer à ses juges… »Et Jaurès d’imaginer le roi se situant du point de vue de la Révolution et faisant valoir les pesanteurs historiques en moyens de défense. Mais conclut Jaurès « ce qui le condamne le plus, c’est qu’il n’ait fait aucun effort pour entrer dans cet ordre de pensée ; il en était empêché par la persistance du préjugé royal ; il en était empêché surtout par le poids secret de ses trahisons. Car il ne s’était pas efforcé seulement de modérer la Révolution : il avait appelé l’étranger pour la détruire. » Voilà ce que j’aurais aimé répondre à Monsieur Finkielkraut. Quand on attaque l’âme du socialisme il faut répondre avec son esprit, celui de Jaurès. Et si nous le lisons et intégrons dans nos pratiques sa conception socialiste et républicaine, ils ne pourront jamais se l’approprier pour le vider de sa substance et  liquider son héritage.

Xavier DUMOULIN

 

Archives audiovisuelles sur la Déclaration des Droits de l’Homme – Institut national de l’audiovisuel http://www.ina.fr/voir_revoir/droits_homme/index.fr.html La rubrique « histoire et société » du site de l’INA consacre une page à la déclaration universelle des droits de l’homme.