La tuerie de Nice - revendiquée par Daesh – constitue une attaque sans précédent avec cette forme nouvelle de criminalité terroriste le jour de notre fête nationale. Avec ses drapeaux en berne pour ces jours de deuil national, la République laïque, une et indivisible doit affronter avec courage et dans l’unité cette nouvelle épreuve.

Par delà le prolongement de l’Etat d’urgence, comment faire face au djihadisme, ce phénomène de voyous radicalisés parfois peu de temps avant leur passage à l’acte? Ne doit-on pas s’interroger à la manière d’un Jean Birnbaum sur cette impasse du camp progressiste vis à vis de ces actions terroristes? Et notamment réfuter ce discours sur le  »rien à voir » ( comprenez avec l’islam) trop catégorique et qui voudrait exorciser le mal à bon compte. Car pour l’auteur de « Un silence religieux- la gauche face au djihadisme », l’islamisme politique n’est pas sans lien avec l’islam religieux, même s’il en constitue une perversion.  

On saura gré à Jean Birnbaum de se dégager des lieux communs pour questionner la gauche sur ce silence qui trouve son origine dans une perspective philosophique voyant dans la religion l’opium du peuple, lequel trouverait aussi dans la religion des leviers de révolte. Il en fût ainsi pendant la guerre d’Algérie avec toutes les méprises de cette intelligentsia française sur l’ambivalence idéologique du FLN : un discours quasi islamique en direction des populations autochtones et plutôt marxisant auprès des pieds-rouges et intellectuels de gauche. Lesquels auraient mis, selon Birnbaum,  plus de trente ans à intégrer cette réalité originelle!

On peut nuancer le propos comme le fait Philippe Corcuff et sortir du manichéisme en agrégeant plusieurs dimensions dans l’explication du terrorisme islamique telles que les facteurs socio-économiques ou les composantes géopolitiques du phénomène. Mais le sociologue rend grâce à Birnbaum de son interprétation de « l’islamisme comme symptôme d’une léthargie spirituelle ».

Telle est du reste la quête « Pour une spiritualité sans dieux » de notre sociologue bourdieusien et libertaire dans son dernier ouvrage qui fait écho au questionnement de Birnbaum.

On ne saurait ignorer ces deux ouvrages traversés d’interrogations sur la promotion d’une spiritualité laïque peut être salutaire dans ce monde sans conscience et sans boussole.

Xavier DUMOULIN