En lien ci-dessous la déclaration de candidature d’Arnaud Montebourg

http://www.dailymotion.com/video/x4preic

Selon Maurice Safran http://www.challenges.fr/tag/francois-hollande (1), qui voudrait illustrer son propos autour de deux thématiques l’économie et l’Europe, « c’est un Montebourg ultra « chevénementiste » – soulignons l’accent aigu qui renvoie peut être à une certaine distance du Ché comme d’autres, jadis prononçaient  Mit’rand quand ils ne l’aimaient pas ! - qui a signifié la nécessité du retour en force de l’Etat, par toutes sortes de moyens, dans le dispositif économique, industriel et financier. »

Projet de gauche? s’interroge ainsi l’auteur d’un papier acide au titre grinçant « Présidentielles-Comment Montebourg accélère la destruction de Hollande ! »  » Pas tant que ça, avant tout un projet « interventionniste » où la puissance publique pèse et pèsera d’un poids démesuré. L’affirmation que le pouvoir jacobin reste et restera tout puissant. L’envers, en tout état de cause, du social-libéralisme que préconise Emmanuel Macron. »(sic!)

Nous nuancerions très largement ce propos incisif qui, du reste renvoie à une idée quelque peu simpliste d’une éventuelle référence à Jean-Pierre Chevènement dans la déclinaison de son rapport à la puissance publique et au pouvoir. Le président de la fondation Res Publica anime et coordonne une réflexion sur des thématiques utiles au projet politique et fait preuve d’un sens de la nuance et du pragmatisme nécessaire pour aborder les ruptures avec réalisme. Il en est ainsi de son rapport à l’Etat qu’il voudrait plus agile et meilleur stratège. Quand au pouvoir, le prétendu jacobinisme reste un qualificatif usé pour stigmatiser Montebourg en référence à un Chevènement qui fut, ne l’oublions pas, Ministre de l’Intérieur d’un Etat décentralisé (et même Minstre d’Etat lors de l’adoption des lois de décentralisation défendu par son prédécesseur Gaston Defferre) et à l’origine des communautés de communes.

Certes, les deux hommes, on le sait, s’apprécient. Arnaud devait même inviter l’ancien ministre en vedette à sa fête de Frangy à l’époque de sa rupture avec le PS, au début des années 90, lequel avait désigné Montebourg comme un homme politique le plus brillant de sa génération!

Ceci étant posé pour éviter d’emprunter et d’ânonner ces lieux communs repris de plume en plume par les thuriféraires de la pensée conforme, revenons aux analyses de notre chroniqueur.

« Il n’est donc guère étonnant que Montebourg, après s’être payé le président de la république, ait choisi de « cartonner » son successeur à Bercy. Les Français peuvent-ils encore être sensibles à cette musique étatisto-sociale. C’est tout le Pérou de Montebourg. » Soulignons la rengaine, sur le registre de la critique étatiste, voir de de l’Etat social! Suivons à nouveau Maurice Safran

« Reconnaissons que la thématique européenne fut traitée avec davantage de subtilité. Montebourg ne s’est pas rangé derrière les souverainistes, bien au contraire. C’est au nom de l’idéal européen, au prétexte d’une conviction européenne ancrée, qu’il en a appelé à une indispensable remise en cause de l’Union telle qu’elle fonctionne, telle qu’elle exaspère et rend furieuse les peuples de cette même Europe. Ils sont nombreux, à droite comme à gauche, Européens assumés et déterminés, qui, de ces propos, n’auraient rien à renier. » Le chroniqueur fait ici preuve d’un sens de l’observation et de la nuance dans cette subtile relation d’un habile discours sur une thématique essentielle : celle de la respiration économique du pays aujourd’hui engoncé dans l’étau de l’Europe de Maastricht.

Il faut effectivement considérer à sa juste valeur le volontarisme de Montebourg prêt à assumer jusqu’au bout la nécessaire rupture avec l’ordo-libéralisme et sa police économique qui condamne ceux qui voudraient s’émanciper des sacro-saintes règles de ces chiffons de papier que sont les traités européens. On pourra regretter, il est vrai, la participation du Ministre de l’économie au gouvernement Ayraut lors de l’adoption des textes qui parachevaient le dispositif national de respect de l’orthodoxie budgétaire exigée par cette Europe libérale.

Est-ce à dire qu’il faille contester aujourd’hui la posture du candidat Montebourg? Ce serait  une grande erreur que de réduire ce discours de Frangy à une habilité tacticienne et à un succès tribunitien. La nature même du projet surprend par sa capacité  à aller à l’essentiel sans succomber aux facilités du simplisme et en prenant souvent les choses à contre-courant des modes et du politiquement correct. La présence d’une députée chevènementiste, Marie-Françoise Bechtel, aux côtés d’Arnaud Montebourg ne saurait cependant être interprétée comme un soutien à cette candidature. Elle manifeste plutôt un intérêt certain envers le parcours et les propositions d’un homme inspiré qui partage bien des idées du président de République moderne, ce club récemment refondé – dont M.F Bechtel assure la vice-présidence -auquel participe sans réserve  notre ami Montebourg. Je vous invite à une lecture plus détaillée de ce projet repris dans Le Monde en ligne à l’issue du discours de Frangy-en-Bresse (2). La vidéo intégrale du discours est aussi en lien  http://www.dailymotion.com/video/x4preic

Xavier Dumoulin

(1) Un Montebourg ultra « chevénementiste »

Publié le 21-08-2016 à 19h13Mis à jour à 19h19

(2) En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2016/08/21/quelles-sont-les-propositions-d-arnaud-montebourg_4985846_4854003.html#RGFZaZs5x6P1qpkl.99

Croissance :

    Le soutien aux Petites et moyennes entreprises (PME), autour desquelles M. Montebourg souhaite dynamiser le « made in France ». Ce soutien passerait par l’attribution de 80 % des marchés publics aux PME « pendant une période de huit ans, le temps que la France se réindustrialise ». Il propose également l’investissement de « 10 à 20 % » de l’assurance-vie des Français dans les PME et la remise en place d’un « crédit national », car, selon M. Montebourg, la banque publique d’investissement ne finance que « de façon homéopathique » les projets de développement. Cette « banque d’encouragement au risque » cautionnera « 90 % des emprunts, des crédits aux PME, aux TPE, aux start-ups, aux artisans, aux commerçants ». La rénovation thermique des bâtiments dotés de 100 milliards d’euros sur cinq ans pour « faire repartir fortement les PME du bâtiment et du secteur des travaux publics », de façon à ce que l’écologie devienne le « carburant de la nouvelle croissance ». La création d’un « Etat fort », avec la possibilité de « nationaliser temporairement ou partiellement une des cinq grandes banques françaises » pour agir sur l’économie nationale.     Le décret de la « fin de l’austérité », soit l’abandon du plafond de 3 % du déficit public autorisé au sein de l’UE.

Pouvoir d’achat :

    L’annulation des hausses d’impôts de ces cinq dernières années pour les classes moyennes et populaires.     L’accès à la propriété grâce à « une baisse de 50 à 70 % par rapport au prix du marché » pour les locataires de logements sociaux, de façon à faire baisser la charge du prix du logement.

Réforme du modèle social :

    La suspension de la directive des travailleurs détachés, un « dumping social à domicile » qui revient selon M. Montebourg à « importer le chômage des autres pays européens ». La formation des chômeurs « à un nouveau métier » pendant un an sur les 24 mois d’indemnités chômage, financé par l’argent de la formation professionnelle.     L’élection au suffrage universel dans chaque région d’un « commissaire chargé de la réduction du chômage » et de la formation professionnelle.

Sécurité :

    Le rétablissement du « service national, civil et militaire obligatoire pour six mois » pour tous les jeunes hommes et les jeunes femmes.     Le rétablissement d’une « police de proximité ».

Réformes européennes et institutionnelles :

    Le « sauvetage aux forceps de l’Union européenne » en remettant en cause les traités européens sur la base du refus de l’austérité budgétaire et monétaire et de la création d’un « gouvernement économique » de la zone Euro pour « impliquer les citoyens » dans l’avenir de l’Europe.     La réduction de l’Assemblée nationale de 577 à 350 députés, dont 50 élus à la proportionnelle afin que les partis politiques « exclus de la représentation parlementaire » soient représentés.     La réduction du Sénat à 200 membres dont 100 tirés au sort parmi les électeurs, « un par département, afin d’assurer l’entrée de citoyens dans le système politique » et 100 membres du conseil économique, social et environnemental.     La fin de l’utilisation de l’article 49-3, « sauf en matière budgétaire ».