Le temps n’est pas aux échanges apaisés dans cette rivalité qui précède les primaires. A droite d’abord dans cette guerre de tous contre tous. Avec le gros filon du thème de l’honnêteté et de l’exemplarité contre tous les soupçons, le mot est prudent, de comportements délictueux, jugés ou en passe de l’être, qui pèsent sur les deux principaux rivaux, l’ancien premier ministre, Juppé, pour le passé et Sarkosy, pour le présent et le futur.

Mais aussi autour des commentaires peu amènes des proches de l’ex-président vis à vis de ses ex-fidèles « candidats à la candidature », selon la dénomination même de Nicolas Sarkosy à leur endroit. Ces « ex » ont tous du ressentiment vis à vis de leur ingrat protecteur qui est plus enclin a donner des gages à ceux qui lui résistent plutôt qu’à ses courtisans. Alors  ils ont franchi le Rubicon, estimant ici qu’une ligne de rassemblement vaut mieux qu’un discours à droite toute et que la dérive identitaire conduit à la même impasse qu’en 2012 avec la ligne Buisson. Mais, s’il manque une colonne vertébrale gaulliste – que le député Guaino ne parvient toujours pas à imposer au sein de son parti -, la tentation reste entière pour les tenants de Nadine Morano de jouer la carte de l’alliance avec le FN. C’est une stratégie qui pousse encore un peu plus loin les signaux de 2012 et de ce début de pré-campagne de la part de Sarkosy qui donne dans l’identitaire et fera bon usage du travail de bout-en-train de sa challenger vis à vis de l’électorat FN.

A gauche, tremblements de terre et répliques depuis les déclarations, dans le plus grand désordre des fondeurs, Hamon et Lienemann, de l’écologiste Duflot et du socialiste républicain Arnaud Montebourg. Lequel semble nettement se dégager de ses rivaux du PS. Avec cette hypothèse d’une candidature Macron qui pourrait bien chambouler le jeu politique. Et ce vertigineux succès médiatique et son logique corollaire sondagier, plaçant Macron loin devant Hollande au premier tour dans tous les cas de figure, c’est à dire avec une candidature Juppé, Sarkosy, voir Juppé et Bayrou. De quoi précipiter le réveil du président qui  songe à présent à donner dès demain des signes forts de candidature virtuelle. Mais la période précédant l’entrée en campagne ne fait-elle pas souvent émerger des outsiders qui, pour finir, feront des scores électoraux décevants  à l’instar d’un Balladur en 1995 ou d’un Chevènement en 2002?

Dans ce climat de pré-primaires, une chose est absolument certaine : la candidature Mélenchon à gauche, avec cette bonne côte du député européen, le phénomène Macron qui fait irruption et bouscule le jeu, la guerre des chefs à droite, le capital entier d’attraction de l’offre lepeniste sur un électorat qui aurait besoin d’être mieux éclairé sur des choix stratégiques.

Où se situe aujourd’hui l’intérêt national et comment peut-on redresser la France, son industrie et ses emplois? Quelle sortie possible des traités européens qui phagocytent l’économie? Quelles protections vis à vis de la mondialisation libérale? Quel socle républicain pour le peuple de France dans une nation ouverte au monde?

Autant de questions qui appellent des solutions énergiques que tentent de construire des personnalités aussi différentes qu’un Montebourg ou un Mélenchon à gauche, un Guaino ou un Dupont-Aignan à droite.

Xavier Dumoulin