AlstomLe logo du groupe Alstom

Le déménagement d’Alstom semble sur les rails avec l’annonce, mercredi dernier de la délocalisation du site de Belfort vers Reichshoffen, ville du nord du bas-Rhin située à 50 km de Strasbourg, d’ici deux ans. Pourtant Alstom venait de décrocher le marché du TGV du futur de la SNCF. SNCF Voyages, branche de l’entreprise publique chargée notamment de l’exploitation des TGV, avait convié la presse à la présentation le 7 septembre du « premier partenariat d’innovation destiné à créer une nouvelle génération de TGV ». Un marché crucial estimé à 50 millions d’euros et portant sur  la conception du nouveau modèle de TGV de la SNCF (1).

Malgré ce joli coup, la baisse des commandes actuelles justifierait cette décision de transfert selon le constructeur Selon Marine Rabreau, du journal Le Figaro, « pour l’année 2015-2016, Alstom (105 sites, 31000 salariés dans le monde) a réalisé un chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros (en hausse de 7%), le résultat net a grimpé à 3 milliards d’euros dopé par la cession à General Electric, et sa marge est remontée à 5,3% (mais reste moindre que la concurrence). Au 30 juin 2016, le carnet de commande atteint 29,7 milliards d’euros, soit plus de quatre années de chiffre d’affaires.

Mais cette réussite est principalement due à ses activités à l’international, notamment dans les pays émergents. En France en effet, le marché ferroviaire est fragile et dépend principalement des commandes françaises, notamment de l’État français et de la SNCF, qui se sont amaigries ces dernières années, efforts budgétaires obligent. La charge de travail dans les 12 sites français d’Alstom va diminuer de près de 40% d’ici à 2018, selon le groupe. »

« La charge du site de Belfort étant la plus impactée » par cette baisse, « la direction d’Alstom a partagé un projet qui vise à recentrer ses activités exclusivement sur le service », a indiqué le groupe à l’AFP. Selon les syndicats environ 500 personnes travaillent sur ce site. Mais les propositions de reclassement faites par la direction concerneraient tous les sites d’Alstom et non seulement celui du Bas-Rhin. Pour mémoire, l’usine Alstom est installée depuis 1879 à Belfort, l’entreprise  y a construit sa première locomotive à vapeur en 1880. Elle a ensuite diversifié ses activités en produisant également des turbines et de l’énergie, une activité cédée à l’américain General Electric à la fin de l’année 2015. « Très récemment l’offre d’Alstom portant sur la fabrication de 44 locomotives de manœuvre et de travaux pour un montant de 140 millions d’euros n’a pas été retenue par Akiem, entreprise détenue à parité par la SNCF et Deutsche Bank, arrivée au capital en juillet. C’est l’allemand Vossloh -qui a par ailleurs des usines en Alsace- qui a été choisi », précise Marine Rabreau dans son très complet article du Figaro.

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/explicateur/2016/09/12/29004-20160912ARTFIG00262-alstom-ce-qu-il-faut-savoir-pour-comprendre-la-crise.php

Le président de la République tente de sauver le site après l’interpellation forte du gouvernement par de nombreuses voix. Celles des syndicats et des politiques parmi lesquels Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la recherche et de l’industrie, ancien maire et parlementaire de Belfort, qui exige « vite un plan alternatif à la fermeture d’Alstom à Belfort » (2). D’où la tenue d’une réunion interministérielle lundi matin sur ce sujet. Autour de la table, outre le chef de l’Etat, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l’Economie Michel Sapin, le secrétaire d’Etat à l’Industrie Christophe Sirugue et le secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies. Le commissaire aux participations de l’Etat, Martin Vial, participait également à cette réunion concernant une entreprise dont l’Etat est actionnaire minoritaire.

« Nous avons appris il y a quelques jours les intentions de déménagement de l’entreprise. Le président a décidé de se saisir directement du dossier car cette décision n’était pas acceptable », indique l’entourage du chef de l’Etat. La candidature du constructeur ferroviaire français avait reçu le soutien financier de l’Etat…

Le président de la République a fixé un objectif à ses ministres : « celui de faire en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues », a déclaré Michel Sapin sur le perron de l’Elysée. Belfort restera un site de production « dans les mêmes proportions qui existent aujourd’hui », a de son côté assuré lundi soir Alain Vidalies, le secrétaire d’État chargé des Transports.

Ce dossier aurait pourtant été évoqué au conseil d’administration de l’entreprise, dans lequel siège un représentant de l’État.

Arnaud Montebourg a réagi par la voix de son directeur de campagne, François Kalfon qui dénonce le « laisser-faire » du gouvernement. « On peut toujours dire qu’on n’était pas au courant et se refiler la patate chaude. C’est une fable », dénonce-t-il. « Le boulot de l’Etat est de maîtriser la commande publique. J’espère que pour une fois, les salariés pourront bénéficier de la campagne présidentielle. Si au bout, ils perdent leur travail, c’est un savoir-faire qui tombera et qui ne sera pas remplacé. Cela signerait un nouveau Florange pour le chef de l’Etat ».

Selon l’expression de Thibaut Le Gal, pour 20 Minutes, le chef de l’Etat veut « chasser le spectre d’un nouveau Florange » (3). L’exécutif veut tout faire pour chasser le spectre de Moselle, qui a terni l’image du quinquennat. La fermeture des hauts fourneaux d’Arcelor Mittal en 2013 avait été vécue par les salariés comme une « trahison » du candidat Hollande.

« Il ne faut pas tout mélanger… Pourquoi ne pas citer les emplois créés dans le numérique, les succès à Saint-Nazaire, à Airbus, etc. », répond l’entourage du président. « On est dans une situation ou un gouverne, quand d’autres sont déjà en campagne électorale », abonde Frédérique Espagnac.

Pour la sénatrice socialiste, soutien de toujours du président « Le quinquennat de Hollande n’est pas en question ici. La priorité, c’est de sauver les emplois locaux ». Dans l’après-midi, François Hollande a appeler à « se mobiliser pour défendre notre industrie ». « Nous devons apporter des commandes » à Alstom.

Le journaliste Thibaut Le Gal pense que Hollande n’a probablement pas oublié la célèbre formule, « l’Etat ne peut pas tout », de Lionel Jospin en 1999 face aux milliers de suppressions d’emplois chez Michelin. Un aveu d’impuissance réitéré en 2002 devant  l’usine LU d’Évry (Essonne) qui avait probablement contribué à sa défaite à la présidentielle. La charge symbolique de ce dossier pourrait bien faire dérailler le train présidentiel…

Xavier Dumoulin

(1) En mai, le PDG Henri Poupart-Lafarge indiquait que son groupe avait répondu à un appel d’offres lancé par la SNCF et déclarait s’attendre à en connaître le résultat « rapidement ». La candidature d’Alstom avait reçu le soutien financier de l’Etat, via une coentreprise avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Le marché de conception avait été estimé à 50 millions d’euros par l’ex-ministre de l’Economie Emmanuel Macron.S’il ne garantit aucune vente future de TGV, ce contrat offre une perspective aux usines françaises d’Alstom, confrontées à une pénurie de commandes qui fait craindre aux syndicats une possible restructuration dans un proche avenir. Le groupe emploie 9.000 salariés en France, répartis sur douze sites (sources 20 Minutes avec AFP du 31.08.2016).

(2) Communiqué de Jean-Pierre Chevènement : Alstom à Belfort: vite, un plan alternatif à sa fermeture!

La fermeture par Alstom de l’usine de locomotives de Belfort qui y existe depuis plus de 140 ans, intervient au lendemain du départ de M. Macron. Celui-ci, en 2015, avait pris devant les salariés d’Alstom des engagements solennels en vue d’assurer le plan de charge de l’usine à travers notamment le programme « TGV du futur ».

Il ne sera pas moins nécessaire demain qu’hier à la SNCF d’acheter des locomotives de fret et des locomotives TGV.

La cession d’Alstom-Power à General Electric en 2014 était censée renforcer Alstom-Transport. Celui-ci vient d’emporter un contrat de 2 milliards de dollars aux Etats-Unis mais les emplois créés seront tous américains.

On attend du gouvernement de la France qu’il défende les usines françaises avec autant d’énergie que le gouvernement américain en mai pour promouvoir l’emploi industriel aux Etats-Unis. Particulièrement à Belfort où le taux de chômage est supérieur de trois points à la moyenne nationale.

Quel symbole ce serait que la disparition de l’usine mère de Belfort ! Je demande au gouvernement et au Président de la République qui connait bien le dossier Alstom de faire en sorte que cette entreprise présente sans tarder un plan alternatif.

(3) Alstom: Pourquoi François Hollande veut (absolument) sauver le site de Belfort