Anne-Laëtitia Béraud et les chercheurs sollicités par ses soins s’interrogent dans 20 Minutes sur les motivations des outsiders des primaires à droite (1). Ceux-ci n’ayant aucune chance de figurer au second tour, à la différence de Juppé et Sarkosy, la question de leur intérêt à participer à cette élection semble bien légitime. D’où cette leçon de choses, politique sinon psychologique, construite autour de quatre hypothèses que nous empruntons à l’auteur de l’article ainsi que les citations des expertises sollicitées auprès de chercheurs en sciences politiques.

La première hypothèse envisage une candidature de « résurrection », voire de vengeance.

Copé illustrerait à merveille le cas de ces personnalités « sorties des limbes, prêtes à en découdre », après avoir évité la mise en examen dans l’affaire Bygmalion des fausses factures à la présidentielle de 2012. « C’est une candidature de résurrection, mais le motif de la vengeance est à mon avis tout aussi fort », souligne Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse. « La candidature de Jean-François Copé vise à se venger de Nicolas Sarkozy, à ne pas laisser place nette à François Fillon, son ancien adversaire à la présidence de l’UMP en 2014, ou encore des autres candidats qui ont été ministres de Nicolas Sarkozy et qu’il surnomme la « bande des quatre » », ajoute le chercheur à l’Université Panthéon-Assas.

S’agissant de la candidature Fillon, le ressentiment d’avec Sarkosy vient immédiatement à l’esprit. « Il est son ancien Premier ministre et a eu le temps de nourrir sa colère. Par ailleurs, François Fillon sait qu’il est le troisième homme de cette élection. Il attaque Nicolas Sarkozy frontalement et tape fort sur les affaires judiciaires pour faire s’écrouler l’ancien président. » précise le politologue Thomas Guénolé.

La seconde hypothèse relève d’une volonté de gagner un maroquin et d’incarner la relève.

L’exemple de Valls, devenu premier ministre malgré son faible score de la primaire socialiste de 2012 (5,63%) ouvrirait des perspectives aux impétrants de la droite. Les candidats Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet et Geoffroy Didier (non qualifié à la primaire) pourraient ainsi espérer un ministère en cas de victoire de la droite en 2017. «Chacun prend date pour le tour suivant, à savoir la présidentielle de 2022, souligne Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof. « Tous savent que Nicolas Sarkozy ne repartira pas pour deux mandats, et Alain Juppé affirme qu’il ne fera qu’un mandat en cas de victoire à la présidentielle. Ils veulent donc incarner la relève », ajoute l’enseignant à Sciences-Po Paris.

La troisième hypothèse est qualifiée de « candidature-sanction ».

A l’instar de Marie-France Garaud et de Michel Debré en 1981 qui » souhaitaient torpiller Jacques Chirac à la présidentielle, car ils estimaient qu’il n’était pas digne de la fonction », selon le chercheur Arnaud Mercier. Lequel place aujourd’hui dans cette même situation Henri Guaino et Michèle Alliot-Marie qui ont décidé  de passer outre la primaire, qualifiée « d’escroquerie démocratique » par l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Les deux personnalités, en référence au gaullisme, estiment qu’une présidentielle se fait par « la rencontre d’un homme et d’un peuple ». Mais où peut mener cette capacité de nuisance à l’égard des favoris de la primaire de droite?

Se faire de la publicité constitue le dernier mobile hypothétique envisagé par Anne-Laëtitia Béraud.

La candidature à la primaire garantit la médiatisation. « La primaire est l’occasion d’exister pour un certain nombre de troisièmes, voire de quatrièmes couteaux », tranche le politologue Thomas Guénolé

Nadine Morano, avec ses propos polémiques sur la France, «pays de race blanche » attire les médias et pourrait bien trouver ensuite un moyen de monnayer sa captation d’une partie de l’électorat lepéniste. Frédéric Lefebvre,  président de son micro parti « Nouveaux horizons» profite de ces primaires pour sa promotion. « Les candidatures de Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien-Démocrate, et Hervé Mariton, sont des candidatures de témoignage », complète Bruno Cautrès, qui conclut : « Ils n’ont pas de prétention ministérielle et ne sont pas motivés par la vengeance. Avec la primaire, ils veulent faire vivre leurs idées conservatrices qui restent minoritaires. »

Et à gauche?

Ne pourrions-nous pas prolonger cette étude par un détour à gauche? On y verrait un Benoît Hamon, soucieux de sa publicité pour garder le leadership à la gauche du PS, retrouver un maroquin dans la foulée d’une présidentielle. Leadership disputé par une Lienemann, cette Garaud de gauche, qui pourrait bien chercher une candidature-sanction vis à vis du président Hollande et de son gouvernement. Avec peut être chez Filoche le même mobile à moins qu’il ne veuille accomplir un acte de pures représailles contre la loi travail et la politique libérale qui n’a plus rien de sociale, à ses yeux, et détricote le code du travail. L’ancien ministre, Duflot, espère peut être se refaire une notoriété en vue d’un éventuel maroquin dans un hypothétique gouvernement futur incluant la mouvance écologiste.

Arnaud Montebourg, le républicain socialiste, membre du PS, le mieux placé derrière Hollande, dans les sondages, n’a pas dit son dernier mot quant à sa participation aux primaires, si elles ne devaient être que celles des socialistes. A l’instar des gaullistes, il va à la rencontre d’un peuple. Mais cet élan se réduit-il à une candidature sanction? 

Mélenchon qui retrouve une pêche d’enfer, son régime alimentaire aidant, semble dopé par sa volonté d’en finir avec la cinquième République. Avec son nouveau registre sur le droit animalier, cet humaniste républicain de gauche retrouve une notoriété certaine qui a de quoi inquiéter Hollande. Ce troisième homme chercherait-il une résurrection dans cette échappée solitaire, à l’instar d’un Fillon, à droite?

A la vérité, Montebourg et Mélenchon ne figurent pas dans les outsiders, à gauche, tant leur posture fait résonance à ce besoin de renouveau. Besoin de renouveau qui explique paradoxalement le succès médiatique d’un Macron. Lequel, pour ne s’inscrire nulle part dans l’échiquier politique,  sinon en homme politique au libéralisme assumé, joue parfaitement de tous les registres pour son plus grand bénéfice immédiat. Alors que dire de toutes ces postures?

En politique, la duplicité serait incontournable comme nous l’enseignent les politologues aguerris. Sans doute, mais alors la seule question qui vaille revient au grand galop : à quoi sert cette duplicité? Au service de la grande politique comme on voudrait le croire encore? Ou dans la poursuite de gains mesquins à l’image de cette légion de gagne-petit de la politique?

Xavier Dumoulin

 (1) http://www.20minutes.fr/politique/1923915-20160913-primaire-droite-notoriete-ministere-vengeance-peuvent-gagner-outsiders