Cette fin de semaine, le MODEM tient son université de rentrée à Guidel, en Bretagne, jusqu’à Dimanche. Au programme, on l’imagine, la question des présidentielles. Y aller ou pas? Et si oui dans quelles conditions? Avec quels soutiens et pour quoi faire?

Le dernier sondage pour Les Echos et Radio classique donne 12% à Bayrou au premier tour, en cas de désignation de Sarkosy aux primaires. Une estimation encourageante pour les supporters du palois alors même que ce dernier attend les résultats de la primaire pour une vraie rentrée politique. Car à ce jour, Bayrou en reste au soutien à Juppé pour la primaire. Avec cette immense ambiguité, que l’on retrouve à gauche chez Montebourg, quant au statut et au sens de cette élection, en liant la candidature aux présidentielles aux résultats d’une primaire que l’on tiendra pour licite si son favori vient à triompher ou  bien comme nulle et non avenue si l’adversaire la remporte. De quoi y perdre son latin, la primaire étant justement la méthode de résolution de la pluralité de candidature dans chaque camp.

Désigner sa préférence pour la primaire pour  présenter ensuite sa propre candidature relève de la grande acrobatie. Mieux vaut la posture fermée d’un Mélenchon, à gauche, qui n’entend nullement légitimer les primaires socialistes et affiche la couleur depuis le début. Avec, à la différence de Montebourg,  ce refus de tout autre processus qui verrait une primaire ouverte de toute la gauche, excluant ou non la candidature du président sortant. A la vérité, Bayrou, ressent la même aversion pour Sarkosy que les candidats déclarés du camp de « la gauche de gauche » ou de « la gauche de la gauche »", expriment à l’égard de Hollande. Et pour couronner le tout, Bayrou, qui ne participera pas à ce scrutin, en redoute publiquement les effets pervers favorables aux discours les plus durs.

Si Alain Juppé ne passe pas l’épreuve de la primaire et si Nicolas Sarkozy est désigné candidat de l’ex-UMP, le président du Modem affiche la couleur : il se déclarera lui-même candidat à la présidentielle. François Bayrou voudrait une sorte de grand rassemblement des Français au-delà des clivages droite-gauche. Il estime d’ailleurs qu’il est temps de rompre avec ce système  qui est l’une des causes du mal politique français.  Il croit d’autant plus à la nécessité de se tenir sur cette ligne du rassemblement qu’elle serait la seule manière de permettre des majorités solides pour engager les grandes réformes nécessaires.

Entouré de ses soutiens et d’une liste impressionnante d’invités, Bayrou enfoncera davantage le clou à l’issue des travaux de Guidel, avec le sourire teinté d’impatience de celui dont son prédécesseur à la mairie de Pau, André Labarrère, résumait cruellement toute l’ambivalence en disant qu’en  l’observant, il ne savait jamais s’il fallait voir la tête d’un pâtre grec ou celle d’une face de boeuf. En d’autres termes il désignait ainsi cette tête de Janus inclinant à la sagesse du professeur de philosophie versus… Je vous laisse maître des mots pour illustrer la seconde image. Un bon point quand même pour le MODEM avec cette rencontre qui permet de tourner la page d’un récent scandale fortement médiatisé mettant en cause son vice-président.

Reste le fond des choses. Toutes ces postures de double jeux ne suffisent pas à faire une politique qui réponde aux défis de la période.  Si Juppé a la faveur du MODEM, c’est donc qu’il incarne le projet de Bayrou, auquel cas le choix de la droite à la primaire mettra fin au débat et Macron, une fois candidat, pourrait bien damer le pion au palois privé du soutien officiel d’un Juppé défait par son camp. Du grand écart sur la méthode au risque de chute vertigineuse, il n’y a qu’un pas de trop sur cette corde raide!

Xavier Dumoulin