.Le Torero de Mauro Corda, un bronze de 3,20m de hauteur, place des arènes de Mont-de-Marsan

Selon une correspondante de l’AFP, quelques milliers de personnes venues des Landes et d’autres départements ont manifesté samedi à Mont-de-Marsan, dans les Landes, pour défendre leur culture et leurs traditions, notamment la chasse à l’ortolan, face à l’opposition des écologistes. Entre 2.400 personnes (selon la police) et 8.000 (selon les organisateurs) auraient ainsi défié la pluie pour se rassembler devant les arènes pour défendre « l’esprit du Sud ». Sud-Ouest titre ce dimanche « Ils sont fiers de leur culture » relatant le rassemblement du « serment du Plumaçon » du nom des arènes montoises.

« Les chasses traditionnelles, dont celle de l’ortolan, sont le catalyseur de notre ras-le-bol ». « Un jour, c’est la chasse, un jour le gavage de canard, un autre jour la tauromachie… ras-le-bol de cette volonté d’uniformisation de notre société! » s’emporte à la tribune l’édile locale, élue MODEM, Geneviève Darrieusecq.

A ses côtés, le sénateur socialiste Carrère prône l’union sacrée dans une tonalité authentique et avec un accent qui porte bien cette culture du Sud-ouest : « les gens de droite, de gauche, communistes, socialistes ou centristes, tous sont aux côtés de la ruralité pour défendre notre culture et nos chasses » avant de lire une « Charte des libertés et de la diversité culturelle », remise à la préfecture le matin-même.

Aux côtés des politiques, l’ex-torero André Viard fait siffler Alain Bougrain-Dubourg et ses commandos médiatiques. La présence de cette assemblée hier, après la manifestation du 19 août dernier qui avait réuni quelques 2 à 4000 personnes, donne sens aux revendications identitaires de ces Landais.

Mais que penser de cette charte qui promet notamment de défendre « un patrimoine ancestral amplement partagé dans nos régions et qu’il appartient à l’Etat de protéger », de la chasse à la tauromachie, et de la gastronomie à la langue occitane?

Depuis le rejet de l’inscription de la tauromachie dans le patrimoine immatériel de l’UNESCO et la répression des manquements à la loi dans une interprétation restrictive de ses dérogations en matière de chasse à la matole des petits oiseaux, le monde de la chasse et de la corrida s’énerve.  En guise d’exutoire, le départ précipité de la préfète en poste à Mont de Marsan, l’été dernier, manifeste le degré de cette irritation des gens d’ici.

Ceux-ci font l’apprentissage dans leurs luttes de mots savants. Prenez cette idéologie « végane » hier encore dénoncée par les politiques locaux (1). Avec la reconnaissance récente et officielle de l’enseignement du droit animalier qui fait suite à de nouvelles façons d’envisager les relations entre l’homme et l’animal, notamment en matière d’élevage et d’abattage, cette mutation déplace aussi  le curseur vis à vis des tolérances à l’égard des chasses traditionnelles ou bien dans la défense de la tauromachie. Ne s’agit-il pas d’un vrai contre-sens quand on sait la part des sociétés de chasse dans la promotion des grands équilibres écologiques? Et celle des places tauromachiques dans le maintien d’un art équestre avec les écoles andalouse et portugaise et l’élevage des chevaux de pure race espagnole et des lusitaniens, utilisés pour la corrida de « rejon » (2) ou la corrida portugaise, celle-ci sans mise à mort dans l’arène et toujours très prisée du grand public. Sans oublier ces fameux élevages de « toros » qui offrent des produits de qualité tout en préservant un art de vivre ici et en Espagne.

On peut s’interroger sur la pertinence de traditions en perte de vitesse mais on doit respecter ces usages qui font encore partie intégrante d’un mode de vie et d’un rapport à la nature fruit d’un legs culturel qui vient de loin. A commencer par ce droit de chasse démocratique et révolutionnaire qui était jadis l’apanage des seigneurs, ne l’oublions jamais. Épouser son temps pour considérer autrement la relation avec les animaux et dénoncer l’élevage industriel est une chose. Défendre la ruralité et les usages  locaux constitue une tout autre affaire qui mérite un regard serein loin du vacarme parisien de ces provocateurs arrogants qui feraient bien d’être un peu à l’écoute des populations autochtones et de ce bel esprit du Sud.

Xavier DUMOULIN

(1) La consultation du site Wikipédia nous apprend que « le véganisme est un mode de vie consistant à ne consommer aucun produit ou service issu des animaux ou de leur exploitation. L’adoption de ce mode de vie découle généralement d’une idéologie qui propose une redéfinition normative de ce que devraient être les relations des humains aux animaux. » L’adoption d’une pratique alimentaire végétalienne exclut la viande et le poisson, mais aussi les produits laitiers, les œufs et le miel. « Le véganisme exclut la consommation de tout autre produit issu des animaux, de leur exploitation ou testé sur eux (cuir, fourrure, laine, soie, cire d’abeille, cosmétiques et médicaments testés sur des animaux ou contenant des substances animales). Il exclut également l’utilisation d’animaux dans le cadre des loisirs (chasse, corrida, cirques, zoos, etc.). » La personne qui opte pour le véganisme est ainsi dénommée végane

Le mot « végan » est aussi utilisé au masculin, et coexiste avec la forme épicène « végane » (utilisée au masculin et au féminin). »Le site Wikipédia nous renseigne aussi sur « l’antipécisme »,  » ce mouvement selon lequel la même considération morale devrait être accordée aux différentes espèces animales. Quant à « L’éthique animale », nous empruntons ce court développement à un internaute qui la qualifie de « quelque chose de similaire à la connaissance des Anges, à ceci près que nous sommes certains les animaux existent. Vous allez me dire qu’affirmer qu’un problème doit être ancré dans la « nature humaine », pour qu’il soit sensé d’essayer de le résoudre, relève de l’anthropocentrisme. Je vous répondrais qu’en ce cas, c’est toute la philosophie qui est anthropocentriste. Par ailleurs, il faudrait montrer en quoi l’anthropocentrisme est gênant dans le cas précis qui nous occupe, au lieu de le présupposer tel. A près tout, jusqu’à preuve du contraire, c’est l’homme qui écrit de la philosophie, pas les animaux, et il l’écrit pour l’homme.« http://www.ethiqueanimale.com/lethique-animale-proces-fictif-et-accuses-imaginaires-reponse-a-un-commentaire.html

(2) Un réjonéador est un cavalier combattant le taureau avec un rejón, javelot de bois qui a succédé à la lance dans la pratique seigneuriale du combat à cheval du taureau. La corrida de rejón ou corrida équestre porte encore le nom de « caballero en plaza » (synonyme de «  torero à cheval »). Source wikipédia