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Il y a peu, dans la nuit du vendredi au samedi, une émission télévisuelle de grande écoute rediffusait un reportage suivi d’un débat sur l’art de la rue, le « street art ». Ce dernier trouve à s’exprimer par des tags et autres décorations d’artistes inconnus ou illustres, agissant de leur propre chef ou sur commandes publiques. J’ai ainsi entendu Miss-Tic dont j’apprécie le style de dessin. Un graffiti d’elle, sanctuarisé de longue date, s’offre à moi comme un clin d’œil à chacune de mes arrivées sur ce mur d’un endroit chéri, près des Gobelins, musée et station métro. La signature de cette artiste est l’une des plus célèbres dans ce genre qui s’offre à voir pour le plus grand délice des passants. Commentant cet art, l’adjoint au maire de Paris, Bruno Julliard, expliquait avec talent les destinées de ces tags, certains appelés à une longue vie en raison du leur qualité artistique et d’autres plus éphémères pour des considérations d’opportunité.

Dans les débats qui ont suivi le documentaire, un parallèle s’est imposé avec l’art pariétal du Magdalénien, avec l’exemple de la grotte de Lascaux. Ces ornementations animalières ne cessent d’interroger l’humanité sur leur sens quand on sait à présent apprécier leur condition de production, matériaux, techniques, couleurs… Mais pourquoi diable ces peintures enfouies dans des lieux inaccessibles de l’époque paléolithique avec ces symboles féminins et masculins donnant lieu à de vaines tentatives d’explications sans cesse remises en cause par une nouvelle découverte? Depuis Altamira, que de théories controversées à commencer par la difficile reconnaissance de l’authenticité de ces œuvres! A l’instar de ces galets transformés en outil par la main de l’homme des temps reculés qui firent de Bouchet de Perthes, la énième victime de l’obscurantisme religieux en ce milieu du XIX° siècle.

Pour revenir à nos tags préhistoriques que j’affectionne tant – en particulier ceux des mammouths de la grotte de Rouffignac confondus au milieu de ces tags plus contemporains de spéléologues du XIX° marquant leur territoire -, je crois pour ma part que la différence essentielle tient à leur nature ésotérique, rite initiatique plus que d’envoûtement, du fait même de leur enfouissement dans des lieux impénétrables au commun des hommes de ces temps, avec cette juxtaposition de peintures ou de gravures produites sur des millénaires dans ces galeries naturelles protégées de l’érosion des temps jusqu’à nos jours…

Loin de l’exposition à l’air libre et au vu du grand public comme cette dixième édition du musée dans la rue inaugurée samedi à Mont de Marsan, annoncée par cette affiche de visages grimaçants dont nous parlions dans un récent post. Des chorégraphies de comédiens et danseurs aux visages peints, en résonnance avec les créatures de Mauro Corda, alternaient avec les commentaires de quelques œuvres sur un parcours agréable. Cette trajectoire nous a conduit jusqu’à la villa Mirasol au milieu de cette petite assemblée ravie par ces sculptures de style et d’époque variés avec pour trait commun ce phare sur ces  »visages » d’expressions différentes. Une exposition visible jusqu’en novembre et qui offre une heureuse exploration dans ces rues montoises…

Tout cela inspire la promotion d’un art qui se donne à voir dans les lieux de vie à l’instar de l’action de l’artothèque de Pessac. Cette institution diffuse pour le plus grand bonheur des usagers de la grande région de la Nouvelle Aquitaine, des œuvres d’artistes appartenant à son fonds de dépôt artistique, sur un mode de prêt et d’animation en direction des collectivités, administrations et établissements sanitaires ou médico-sociaux de ce grand territoire. Une opportunité à saisir sans attendre!

Xavier DUMOULIN