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Le scénario du film de Katell Quillévéré traite d’un don exceptionnel et particulièrement élevé, celui des organes humains sur donneur mort, en l’espèce, du cœur, en retraçant ces parcours et tranches de vie des protagonistes en prise à la mort, pour les uns, et à une nouvelle vie pour le receveur et ses proches.

Simon, adolescent plein d’entrain, laisse sa petite amie en plein sommeil nocturne, pour rejoindre ses copains surfeurs et prendre la direction de la mer, près du Havre. Après une séquence éblouissante de glisses sur les vagues, les trois amis s’en retournent en co-voiturage au petit matin. Sur la route, une catastrophe accidentelle provoque un traumatisme crânien au seul passager non attaché. Simon transporté à l’hôpital est très vite déclaré en état de mort cérébrale. Commence alors la longue et tragique annonce auprès de parents séparés et totalement désemparés face au drame. Le temps de l’acceptation du don d’organe vient rapidement succéder au mouvement de désarroi et de révolte. La recherche d’une volonté supposée de la part de leur fils conduit ces parents, Marianne et Vincent, à accepter ce prélèvement dans une démarche psychologique difficile mais courageuse.

Puis nous pénétrons soudainement dans la vie de Claire, musicienne, mère de deux garçons et malade du cœur. Condamnée à court terme, sa cardiologue la convainc de la nécessité d’accepter de s’inscrire pour recevoir un cœur en vue d’une éventuelle transplantation.

La séquence autour du prélèvement, avec des équipes médicales et soignantes fortement motivées par leur art dans une technicité à la hauteur de ce défi humain, nous plonge dans un univers extraordinaire pour le commun des mortels… Depuis cette qualité psychologique du coordonnateur dans son dialogue avec les parents en passant par l’agence de biomédecine qui régule les activités autour des prélèvements et des transplantations pour nous conduire ensuite dans les blocs opératoires. Celui de l’hôpital du Havre, d’où s’organise le prélèvement jusqu’à celui de la Pitié-Salpêtrière dans lequel nous vivons avec émotion la transplantation de cet organe vital en partageant cette psychologie ambiante d’une équipe solidaire et rigoureuse au professionnalisme très développé.

Dans l’alternance de scènes d’émotions et d’art professionnel, le scénario parfois dur, nous révèle la face encore trop méconnue de la transplantation d’organe. Tout le génie du film se situe dans ce mariage entre drame et espérance, issue fatale et rédemption, au travers d’une mise en scène réaliste et sentimentale d’une épreuve partagée par ces hérauts d’une chaîne de solidarité. Au-delà du documentaire sur cette question sociétale dans une conjoncture de manque tragique d’organes disponibles pour de potentiels receveurs, ce film porte en lui un message d’espérance. Il touche le cœur d’un public mieux informé sur les enjeux de santé publique des dons et prélèvements d’organes.

Dans ces chaînes de générations, celle du jeune Simon à celle de Claire, cette mère de famille de grands adolescents,  et  ces expressions d’amour et de solidarité dans ce don du cœur, le scénario mélange avec bonheur quête anthropologique et expression sublime de l’humain, irréductible à cette image galvaudée du consommateur d’une société de marché.

Xavier DUMOULIN