Entretien de Jean-Pierre Chevènement à La Provence, propos recueillis par Marie-Cécile Berenger, mercredi 11 janvier 2017.


La Provence: Vous dressez un diagnostic inquiétant de la mondialisation…
Jean-Pierre Chevènement:
Nous sommes frappés depuis 30 ans par la désindustrialisation, un chômage de masse, une certaine désagrégation du pays, et maintenant la montée du terrorisme djihadiste. C’est la conséquence de cette mutation du capitalisme qui a entraîné « la gouvernance par les nombres ». Les phénomènes comme le Brexit sont les symptômes d’un monde qui va changer de paradigme. On sent un recentrage au moins des grands pays sur ce qu’on aurait appelé autrefois une sphère de co-prospérité, on va voir l’Amérique se replier sur elle-même, la Chine entraîner l’Asie dans son orbite.
L’Europe a encore sa place ? La question est de savoir si l’Europe peut modifier son modèle de développement imposé par l’Allemagne, un modèle mercantiliste. Il est temps qu’en France, une voix s’élève pour rectifier la trajectoire. L’Europe a toujours sa place mais il faut qu’elle la taille en partenariat étroit avec la Russie. Quel serait votre candidat idéal à la présidentielle ?
Fillon pour la politique étrangère, Valls pour les soucis de l’État, de l’ordre public, de la lutte contre le terrorisme, Montebourg pour le made in France, la politique industrielle, l’État stratège et la critique de la politique européenne. Le pays attend une vision cohérente à long terme et aujourd’hui, il n’a pas son compte.

 

 

Cette vision pourrait sortir de la primaire socialiste ?
Je ne crois pas, c’est pourquoi je me tiens en dehors. Le Parti socialiste est arrivé au bout de son cycle depuis longtemps et la montée de Macron traduit le désaveu des Français. Il a eu l’art de ne pas s’avancer beaucoup dans le domaine des propositions. Il peut contenter tout le monde ainsi. Il est populiste ?
Il n’entre pas dans la catégorie habituelle de populisme, il est assez habile pour ne pas décevoir une partie de ses soutiens. Il y aura encore un PS demain ?
Ce n’est pas sûr. Si Macron l’emporte devant ses concurrents de gauche au premier tour de la présidentielle, qu’est-ce qui restera du PS ? Le pays a besoin d’un gouvernement républicain énergique, d’un pôle républicain.