Lorsqu’il ramena cette toile expressionniste, son esprit s’emballait à l’idée de jouir au quotidien de cette image d’un couple énigmatique et rayonnant sous ce lampadaire imaginaire qui l’éclairait à la croisée de sombres ruelles. A moins que ce ne fût la pale lumière évaporée d’un crépuscule ou bien celle d’un soleil levant sur la ville au petit matin. Le chatoiement des couleurs renforçait ce mystère enveloppant cette femme élégante tenant le bras de son homme avec la fermeté de celle qui mène la danse. L’obscurité de la rue principale contrastait avec les chaudes couleurs des habits de ces amants stylisés. L’homme au chapeau avançait, la tête un peu baissée, le regard masqué, cachant ses états d’âme. Elle avait l’assurance sinon l’arrogance de ces belles dont le père a eu de la chance. Que voulait-elle? Que pouvait-il?Où allaient-ils? Que voulaient-ils?

Fallait-il faire place à ce petit trésor en chassant une autre merveille de ce salon des retrouvailles quotidiennes? La lithographie d’Egon Schielle de cette femme sensuelle  et fragile resterait à sa place surplombant le sobre canapé de cuir à l’angle de la pièce, aux côtés de la grande bibliothèque de merisier qui dégageait cette force évocatrice des œuvres savantes ou littéraires en majesté dans leurs reliures d’une autre époque. Son regard visait ensuite la porte fenêtre donnant sur le grand parc plongé dans l’obscurité hivernale de cette fin d’après-midi de ce vendredi treize janvier. La fourche du tronc du micocoulier gigantesque tutoyant le magnolia et le grand chêne au delà du bassin s’illuminait soudain sous les puissants spots éclairant les abords de cette maison bourgeoise dénommée « le château » dans ce village aux portes de la haute lande.

Il alla placer l’œuvre à l’endroit d’un pastel léger inspiré d’un étang dans la brume automnale des Dombes, à mi-hauteur du mur à gauche du passage par la porte s’ouvrant vers le parc arboré. A la place de la douceur réconfortante des reflets de cette Bresse des marais, le couple emblématique s’offrirait désormais aux regards dans cet éclat des touches d’une peinture renforçant l’expression des amants. Une méditation sur les parcours de vies enchevêtrées et parsemés de mystères.

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