Retour sur notre billet qui précédait les primaires de la gauche

Quarante ans après la mort de Mao, la gauche française toujours en quête de sa révolution culturelle

Créé par le 10 sept 2016 à 9:09 | Dans : a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin

Le début de l’article daté est reproduit en bas de page pour ne pas alourdir le texte ci-dessous.*

La pensée Mao Tsé-toung constituait un vrai marqueur de ces années soixante-dix en France et en Europe. Auprès d’une jeunesse « aventuriste » à la recherche d’exotisme et de renouveau idéologique, cette grande révolution culturelle prolétarienne mythique fournissait, avec la révolution cubaine de Fidel et du Che, un exemple vivant d’une régénération révolutionnaire dans cet Occident enlisé dans ce plat réformisme des PC occidentaux, engoncés dans une posture accommodante avec l’ordre existant depuis le partage du monde en deux blocs. D’où le rayonnement du modèle chinois auprès des non-alignés, précédant cet espoir trahi d’une perspective nouvelle de cette voie chinoise.

Mystifiée par une jeunesse avide d’actions, la Chine de Mao représentait une ligne de fracture au sein des jeunesses communistes occidentales qui voyaient se structurer des fractions trotskistes opposées aux pro-chinoise ou aux pro-italienne. On redécouvrait un Gramsci dans ses très riches cahiers de prison – à ne pas confondre avec ses « écrits politiques » et ses « lettres de prison » – qui autorisaient toutes les interprétations du marxisme avec, notamment, cette louange de la « Révolution contre le capital ».

Véritable retournement de perspective marxiste-léniniste, cette focalisation révolutionnaire sur la périphérie (et non depuis le centre constitué des pays capitalistes avancés sur lequel la tradition marxiste fondait l’espérance communiste avant la prise du Palais d’hiver par les soviets) légitimait d’abord une extrême gauche maoiste se retrouvant dans cet essai de Maria-Antonietta Macciochi « Pour Gramsci », postérieur à son autre grand succès « De la Chine ».

La seconde interprétation, dialectiquement opposée à celle-ci, procédait d’une gauche communiste italienne promouvant depuis Togliati, la voie pacifique vers le socialisme dans une perspective plus tardive de « compromis historique » avec la démocratie chrétienne qui concrétisait la recherche d’un nouveau « bloc historique » au pouvoir et d’une nouvelle « hégémonie culturelle »dans une société développée traversée par une guerre de position des blocs rivaux : celui au pouvoir contesté par le nouveau bloc historique émergeant avec le combat idéologico-politique des intellectuels organiques de la classe ouvrière.

Les concepts gramsciens inspiraient aussi des gauches socialistes, à l’instar du CERES en France, œuvrant pour renouveler  un marxisme dogmatique et figé dont s’accommodaient fort bien les sociaux-démocrates et les communistes. Lesquels vivaient néanmoins un affrontement théorique entre althussériens – tenants du structuralisme et insistant sur les fonctions des « appareils idéologiques d’Etat » dans l’hégémonie de la bourgeoisie -  et partisans du « marxisme humaniste » d’un Garaudy à la recherche d’un dialogue avec les chrétiens. L’eurocommunisme boosté par la révolution des oeillets au Portugal et la crise des dictatures en Espagne et en Grèce, théorisée par le très regretté gramscien, Nicos Poulantzas, fleurissait et inspirait le CERES dans sa projection sur le compromis géographique, réplique de l’historique italien, considérant l’Europe du Sud comme le maillon faible de l’impérialisme.

Tout ce mouvement intellectuel  surgissait dans une France traversée par de fortes mutations sociologiques (la nouvelle classe ouvrière chère à Serge Mallet) et idéologiques (la naissance de la deuxième gauche issue de la mouvance syndicaliste originairement chrétienne avec l’apparition de la  CFDT., comme l’illustre la trajectoire d’un Albert Detraz tout récemment décédé).

Ces débats d’une époque marquée par l’émergence de la contestation soixante-huitarde ne tenaient-ils pas lieu de suppléments d’âme, chez cette jeunesse romantique, plutôt que de leviers théoriques pour un vrai changement? N’est-ce point là le comble pour qui connait la dénonciation par Engels, me semble-t- il, de cette fonctionnalité dogmatique au sein du « socialisme de la Chaire »? Les impasses respectives des théoriciens dénommés gauchistes à leur corps défendant – depuis l’Ecole de Francfort, en passant par les écoles trotskistes, pour continuer avec les « Mao », façon « gauche prolétarienne » sartrienne ou JCR scissionnistes du PCF, JCR à l’époque louées par un Patrick Kessel ou un Gilbert Mury – n’ont-elles pas emporté avec leur reflux tous ces esprits fascinés par la révolution chinoise?

Avec ces reconversions spectaculaires des anciens gauchistes à l’instar des journalistes de Libération – ce journal qui appuyait la libération du Vietnam – des prétendus nouveaux philosophes tel BHL et des militants trotskistes recyclés dans le PS, tendance lambertiste chez un Jospin, un Mélenchon ou un Cambadelis, ou LCR chez un Henri Weber, théoricien de la conscience de classe. Songeons à toutes ces agitations venant de donneurs de leçons, façon Glucksmann, ex-maoïste repenti et reconverti avec l’appui de Jean-Paul Sartre, dans la solidarité avec les boat-people du Vietnam, donneurs de leçons bien reclassés dans le décennie qui suivit mai 68!

Cette année soixante-seize verra le PCF adopter « le socialisme aux couleurs de la France » et abandonner la référence à la dictature du prolétariat. Mais on voit, dans le même temps surgir en France les querelles dans cette gauche PC-PS-MRG réconciliée, malgré son trop plein d’arrières pensées respectives, et stratégiquement soudée autour d’un programme commun de « rupture avec le capitalisme » selon l’expression empruntée au discours de François Mitterrand au congrès  d’Epinay-sur-Seine. Ce programme commun que nous érigions de façon quasi fétichiste comme le « seul moyen de la révolution » à ceux qui scandaient « une seule solution la révolution ». Avec ces postures des deux grands partis de gauche fort bien analysées dans les écrits de Jean-Pierre Chevènement et Didier Motchane dans deux ouvrages adaptés à la conjoncture politique des années soixante dix.

Dans « les socialistes, les communistes et les autres » édité chez Aubier Montaigne en 1977, Chevènement revient sur les origines de la scission de Tours  et sur l’impasse française vers le socialisme pour faire un bilan du léninisme et établir les chances et les conditions de la réussite d’une union de la gauche alors aux portes du pouvoir. Ce que Didier Motchane avait théorisé dans une approche marxienne renouvelant et dépassant les doctrines socialistes et révolutionnaires figées dans une doxa archaïque. Dans ses « clefs pour le socialisme », ouvrage édité chez Seghers en 1973, le théoricien du CERES revisitait les concepts marxistes en les débarrassant de leur gangue lénino-stalinienne ou réformiste pour redonner corps et sens à la stratégie de rupture avec le capitalisme.

Cette refondation théorique réfutait les idées reçues sur la ligne de partage originelle entre réformistes et révolutionnaires, ce qu’un ancien militant du CERES et grand intellectuel recyclé au sein du NPA avant de rejoindre le camp libertaire, Philippe Corcuff, exprimera plus tard à sa manière dans une critique mélancolique de la gauche intitulée  » les socialismes français à l’épreuve du pouvoir » édité chez Textuel en 2006 dans ses développements sur Léon Blum au congrès de Tours. Revenons donc sur cette histoire idéologique du PS pour comprendre son état de délabrement idéologique actuel.

Didier Eribon a développé la thèse d’une profonde mutation idéologique du PS des années quatre vingt sous l’effet du néo-conservatisme. Cet auteur considère qu’il y eut alors une véritable rupture avec les idées révolutionnaires libertaires de mai 68, elles mêmes préparées de longue date par une hégémonie de l’idéologie marxiste et contestataire..

On peut rejoindre partiellement cette analyse en distinguant bien deux périodes : la première de la Libération jusqu’à la fin des années soixante dix connaît un rayonnement très puissant des divers courants marxistes sur les  intellectuels et  la classe ouvrière. La seconde voit au contraire l’effacement progressif du marxisme. Cette dernière période coïncide avec l’arrivée de la gauche au pouvoir et, dans la même décennie, l’effondrement des pays du “socialisme réel”.

Dans la première période on assiste à un foisonnement intellectuel lié à la contestation du marxisme officiel – celui d’un PCF dont l’influence reste énorme – par l’école de Francfort et la mouvance libertaire, le structuralisme et le freudo-marxisme. La deuxième période est celle de la lente agonie d’un marxisme en butte aux assauts des “nouveaux philosophes”en croisade pour les droits de l’homme contre le Goulag. L’assimilation du socialisme au totalitarisme ternit durablement le message du camp progressiste.

En France, dans les années soixante dix, le PS forgeait sa stratégie de rupture avec le capitalisme. On peut dire que jusqu’à l’adoption du projet socialiste dans la foulée du congrès de Metz – qui consacre la ligne d’union de la gauche -, le PS tient bon dans une posture de gauche. Mais il remporte les élections présidentielles alors même qu’il est déjà défait idéologiquement. Commence alors une ère de véritable confusion idéologique pour la gauche française. Egarée dans la parenthèse libérale qui constitue le véritable Bad Godesberg du socialisme français, l’idée de construction européenne tient lieu de substitut à celle de la transformation sociale. Avec le grand marché puis le traité de Maastricht, il s’agit d’un complet renoncement à une alternative au néolibéralisme en pleine poussée. L’idéologie néolibérale règne alors sur les esprits et les dirigeants de gauche – en dépit de leur dénégation toute verbale -, se rangent aux raisons d’un capitalisme financier mondialisé. La rupture est totalement consumée avec les couches populaires dont une large fraction marque son attirance pour les idées du Front national dès les élections européennes de 1984 avec ses points d’orgue en 2002 et aux dernières élections régionales de 2015.

Nous ne nous reconnaissons pas dans la définition d’une idéologie conservatrice présentée par Didier Eribon – qui inclut la conception de la communauté de citoyens en tant que nation démocratique, opposée pourtant à la conception ethnique et nationaliste, dans cette dérive conservatrice – alors même que le rejet du TCE a constitué un moment important de la contestation du libéralisme par l’expression d’un attachement au modèle démocratique social français.

Les nombreuses références au mouvement intellectuel des années soixante dix gomment certains apports nouveaux tels que la redécouverte de Gramsci et de sa pertinente analyse de l’hégémonie idéologique. Par ailleurs nous réfutons la thèse qui ferait de la pensée de Kant et de Rousseau le soubassement philosophique du néo-conservatisme. L’universalisme et le contrat social sont dénoncés comme expression du choix raisonné de l’individu – cet individu idéologisé par la bourgeoisie et qui ne résisterait pas à la critique sociale des structuralistes. Dans ce débat – structuralistes contre tenants du sujet - l’auteur rend cependant grâce à un penseur comme Henri Lefebvre.

Pour autant la confrontation de la gauche de gouvernement avec le mouvement social, théorisé par Bourdieu, apporte des éclairages utiles. Par delà une problématique campée sur le terrain exclusif des prétendues références intellectuelles françaises incontournables de la gauche ( Sartre, Althusser, Lacan, Deleuze, Guattari, Foucault, Bourdieu, Derrida… ), Didier Eribon contribue à révêler le foudroyant bouleversement idéologique du PS dans les années quatre vingt. Il faudrait pourtant corriger largement les soubassements de cette réflexion qui s’enferme dans l’apologie du courant culturel soixante huitard pour dénoncer la dérive conservatrice de ce que nous appellons le social-libéralisme. Ce dernier, à l’instar de la droite actuelle serait libéral sur le terrain économique et conservateur sur le terrain idéologique. Il y aurait largement place au débat sur ce point quand le conservatisme assimilerait aussi, selon Eribon, les principes républicains de la gauche française.

Cette analyse oublie les références historiques du socialisme français et fait par ailleurs  la part belle à “la gauche de gauche”, différenciée de “la gauche de la gauche” en ce qu’elle continuerait à porter l’idéal de la gauche institutionnelle, elle même quelque peu idéalisée dans une essence révolutionnaire trahie.

Les racines profondes du conservatisme français  ne sont-elles pas plutôt à rechercher dans l’opposition historique à la construction républicaine – la droite légitimiste chère à la tripartition du regretté René Rémond, incarnée toujours par un Sarkozy,  assez différente de la droite orléaniste libérale qu’aurait pu incarner F Bayrou - ? Ce qui n’enlève rien aux influences néo-conservatrices dans la posture idéologique d’un Sarkozy qui entend revenir à un certain ordre moral, faisant fi de l’État de droit.

Ce qui est en cause aujourd’hui, n’est-ce point la préservation de la démocratie dans sa perspective républicaine quand le néolibéralisme et le néo-conservatisme la désactivent? Le vocabulaire de la gauche radicale et mouvementiste emprunte souvent les termes de néolibéralisme et de néo-conservatisme pour désigner le système socio-économique et idéologico-politique dans lequel prospère le capitalisme financier légitimé par l’idéologie d’un nouvel ordre moral. L’analyse des relations entre capitalisme et posture morale n’est pas nouvelle. Le puritanisme protestant d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin paraissait ainsi plus conciliable avec les processus d’accumulation du capital et de recherche du profit que le catholicisme romain, culturellement hostile à l’accumulation des richesses comme fin en soi. Le circuit du capital – “argent-marchandise-argent” qui permet à l’argent de faire des petits (A-M-A’) – , mis à nu par Karl Marx, s’épanouissait sans entraves auprès des anglo-saxons alors qu’il devait combattre, auprès des latins, bien des préjugés moraux hérités de la dénonciation de la recherche effrénée du profit (1). Pour Max Weber, cette attitude mentale fondait la tentative d’explication de l’avancée relative du capitalisme des pays anglo-saxons.

Aujourd’hui le retour à l’ordre moral pourrait apparaître, d’une certaine façon, comme antinomique de l’explosion et de la sacralisation du marché, ce Veau d’or des sociétés occidentales. Dans sa préface à l’ouvrage de Wendy Brown, récemment traduit en français, “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néoconservatisme”, Laurent Jeanpierre nous éclaire sur les rapports complexes du néolibéralisme et du néo-conservatisme. Ce dernier serait en réalité “une virtualité inhérente à la rationalité politique néolibérale”, étudiée jadis par Michel Foucault sous le terme de “gouvernementalité”. Ces concepts peuvent se définir comme “conduite des conduites”. “Ils réunissent, nous dit Jeanpierre citant Foucault, ” l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques” qui permettent d’imposer des normes de comportement à des individus et des groupes.” Le néolibéralisme étant pour Brown “l’ensemble des techniques de contrôle d’autrui et de soi par accroissement des choix plutôt que par diminution de la liberté, ou plutôt par accroissement des choix ( et réduction de la liberté à l’acte de choisir), non seulement la liberté se doit d’y être autolimitée mais elle ne peut l’être désormais qu’en étant moralisée.” Ces analyses nous éclairent sur les processus en œuvre d’intrusion du religieux dans l’espace public de notre France laïque que N. Sarkozy vilipende et voue aux gémonies devant le Pape et la dynastie souveraine d’Arabie saoudite. A nous de décrypter le sens de ces processus pour les délégitimer, faute de quoi, ils pourraient asseoir durablement l’hégémonie des néo-cons, indispensable semble-t-il aux avancées du néolibéralisme. Avec cet ouvrage de Wendy Brown, il y a ainsi matière à méditer car sous les coups de buttoir et les effets conjugués du néolibéralisme et du néo-conservatisme, c’est la démocratie qui succombe ! Cette démocratie inventée à Athènes et remise à l’honneur par les courants républicains dans le sillage des Lumières avant que les libéraux n’en usurpent plus tard toute la paternité.

Pour sauver ce qui doit l’être et retrouver une capacité offensive dans notre guerre de position, je reviens sur « une position centriste radicale et républicaine par refus des vieilles politiques de chimères ou de renoncements » déjà publiée sur ce blog. Elle mérite toujours quelques explications.(2)

Dans la tradition révolutionnaire, le centrisme n’a pas du tout la même acception que dans le langage politicien usuel. Il signifie une posture intermédiaire non pas entre la gauche et la droite mais entre courants de gauche. Ainsi Jean Longuet, petit fils de Karl Marx, passé par le guesdisme puis “le jauressisme de gauche”, fut-il qualifié de “centriste”  pour ses positions conciliantes envers l’aspiration à la reconstruction, sous réserves, de l”Internationale – après la faillite de la seconde - en réfutant néanmoins les exigences de Zinoviev et de Lénine au congrès de Tours de 1920. Jean Longuet devait finalement se ranger aux raisons d’un Léon Blum que celui-ci exposa dans son discours historique préparé par un mentor du socialisme français : Lucien Herr. Ce discours, “trop connu pour ne pas être méconnu” selon Philippe Corcuff, révêle “une tradition française réformiste révolutionnaire” susceptible de bousculer les idées reçues des militants communistes, trotskyste et /ou altermondialiste. “Les militants socialistes actuels qui croient, selon P Corcuff, que le socialisme français constitue une version vaguement sociale de l’économie de marché n’en seront pas moins perturbés par la radicalité du propos”.

Dans ces temps présents de nouveaux questionnements de toute la gauche après la victoire idéologique et politique du néolibéralisme , la position “centriste” originale et originelle  - sur laquelle nous reviendrons plus loin – peut nous éviter un double écueil :

-  Celui de l’abandon par la gauche de l’essentiel de ses valeurs et principes au prétexte d’un prétendu  caractère indépassable de l’économie de marché dominée par le néolibéralisme. C’est hélas déjà une réalité incontestable avérée par de trop nombreux exemples : la posture du gouvernement Fabius en 1984 dans la lignée de la “parenthèse libérale” augurée par son prédécesseur à Matignon; l’adoption et la mise en oeuvre du “grand marché”,  de “l’acte unique”, des  traités de Maastricht et d’Amsterdam sous les gouvernements Rocard, Bérégovoy et Jospin – ce dernier ayant par ailleurs pulvérisé le record de cessions d’actifs d’entreprises nationales sous  sa législature et appuyé le camp favorable au TCE en 2005 – ; le positionnement actuel prétendument social-démocrate mais parfaitement social-libéral d’un président Hollande et de son gouvernement qui conduisent une vraie politique économique de l’offre.

- Celui du refuge dans la tradition séculaire néo-guesdiste, – incarnée jadis par Guy Mollet -, ou bien dans cette fonction tribunitienne, – celle attribuée jadis au PCF par le politologue Serge Lavaud -, s’accompagnant d’un maximalisme verbal, auquel succombe « la gauche de la gauche », une partie de « la gauche de gauche » et même nos frondeurs qui manquent parfois de suite dans les idées quand les courants d’extrême-gauche  demeurent totalement étrangers à toute perspective d’exercice du pouvoir et se perdent souvent en conjectures dans d’épuisantes querelles de chapelles parfaitement ésotériques pour le profane.

Pour sortir de ces impasses, la posture centriste pourrait se définir comme une ouverture aux réflexions des courants critiques de “la  gauche de gauche” et de  l’altermondialisme tout en assumant pleinement les réalités et évolutions historiques de la gauche. Inscrite définitivement dans la tradition républicaine jauressienne du socialisme français – qui porte  haut l’exigence démocratique avec la visée laïque et citoyenne -, la gauche reste le creuset d’une perspective sociale audacieuse. Le néolibéralisme – qui n’est rien d’autre qu’une victoire du capitalisme financier sur le monde du travail –  doit donc être combattu avec détermination et réalisme. Il appartient ainsi aux forces de gauche d’entamer et de contester sa légitimité. (3)

La question de la refondation républicaine dans une France en proie au terrorisme se pose dans cette problématique ”centriste” à la recherche de l’ambition du réalisme pour sortir des impasses ; celle d’une gauche de la gauche anti-libérale, cantonnée dans un rôle protestataire et celle d’un républicanisme sécuritaire sans visée affirmée de transformation sociale. D’où notre posture résolument éclectique, fondée sur la critique radicale du néolibéralisme (4) mais profondément ancrée dans les fondamentaux républicains du socialisme de Jaurès. Rompant avec des réflexes idéologiques pavloviens, ce nouveau ”centrisme” a besoin d’être expliqué pour devenir un nouveau point d’équilibre à gauche entre différentes sensibilités. C’est un défi encore loin d’être relevé, écrivions-nous déjà en 2007, en éditant, à quelques mots près ces réflexions pour refonder la gauche sur un socle laïc et républicain dans une France pourtant déstabilisée, d’abord par la fracture sociale mais aussi par un certain relativisme culturel qui met à mal les principes de la France républicaine.

Cette France tant aimée du grand historien du monde méditerranéen, Fernand Braudel. Cette France « qui se nomme diversité » et sur laquelle il osait poser, avec pertinence et intelligence, les questions majeures de son avenir, notamment celle de l’immigration et de l’intégration des populations en provenance de l’autre rive de la Méditerranée, dans son merveilleux ouvrage, plein d’humanité, « l’identité de la France » publié en 1987, l’année qui suivit sa disparition (5).

Xavier Dumoulin

les notes 1 à 5 sont disponibles sur le billet originel en cliquant sur le titre qui précède le développement

* Voici le début de l’article :

Devant le mausolée du « Grand Timonier », place Tiananmen, au centre de Pékin, le peuple est venu spontanément honorer la dépouille de Mao, revêtue du célèbre costume au nom éponyme. Nous sommes le vendredi 9 septembre et une queue de plus de deux heures en plein soleil ne repousse pas la foule qui se presse devant l’immense bâtiment de la Cité interdite, abritant le défunt fondateur de la Chine nouvelle dont le portrait géant orne l’entrée de cet ancien palais des empereurs. Pourtant aucune commémoration officielle n’est organisée et les médias restent très discrets sur cette date anniversaire.

Depuis la mort de Mao en 1976, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts des grands fleuves de cette Chine moderne, emportée dans le tourbillon vertigineux de la croissance et de l’argent. Avec un véritable déplacement des équilibres internes et mondiaux. « Quand la chine s’éveillera… » , disait-on à l’époque, selon le titre du célèbre ouvrage à grand tirage d’Alain Peyrefitte bien inspiré par son regard prophétique et perçant.

Le parti communiste au pouvoir a fait depuis longtemps son aggiornamento. Avec la liquidation de la bande des quatre – qui incluait la veuve de Mao -, le socle idéologique révise l’approche révolutionnaire recentrée sur la production et l’émulation au détriment des qualités d’abnégation et de l’esprit de sacrifice. En préservant néanmoins cette discipline de fer et cet encadrement politico-idéologique qui permet à cette ruche d’une économie étatisée de prospérer, sans doute aux dépens des aspirations sociales et populaires. Signe de la débilité dogmatique du PCC, ce verdict renvoyant à 70% de bon et 30% de mauvais dans le bilan maoiste incluant, je crois, les réalisations autant que la ligne et les références du « petit livre rouge ». Reste cette tragédie de l’expérience du « Grand bond en avant » qui fut un vrai désastre économique et humain. Et cette Révolution culturelle qui s’accompagna de violences de la part des gardes rouges, manipulés par Mao, envers leurs aînés, ces cadres qui devaient rectifier leur façon de penser et d’agir dans un parti en pleine épuration.