Bien des années sont passées depuis son pamphlet à l’adresse des nouveaux muscadins (1). Max Gallo donnait alors sa voix pour s’insurger contre le révisionnisme en marche visant à liquider l’historiographie de la grande révolution française dans sa lettre ouverte à Maximilien Robespierre. Nous sommes à la veille de la commémoration du bicentenaire et depuis les années 70 le spectre du totalitarisme sert d’épouvantail et voudrait justifier l’assimilation de la révolution au Goulag. La liquidation d’une certaine vision du monde accompagne la chute de l’idée de progrès à la racine d’une perspective d’émancipation humaine. Précurseur, l’écrivain anticipait l’effondrement d’une pensée progressiste dans le basculement d’un monde. Ce faisant notre historien de la geste révolutionnaire ( Jules Vallès; Rosa Luxembourg; Le grand Jaurès…) savait entourer de critiques sévères ceux là même dont il faisait l’apologie de la pensée et de l’action à l’instar de « Robespierre: histoire d’une solitude ».

Cet intellectuel en politique – dont le premier diplôme fut celui de mécanicien ajusteur – trouva d’abord dans ses origines ouvrières et italiennes – son épouse, Marielle parle de son « italité » culturelle et comportementale – la capacité de propulsion dans le récit historique. De l’Italie mussolinienne, d’où n’est plus sa famille émigrée à Nice, à la fascination pour Napoléon dont il fut le énième biographe, quel fil conducteur trouver dans un parcours littéraire jalonné d’œuvres romanesques et de récits biographiques? Sans doute cet écrivain prolifique dont on connaissait les habitudes dans une stricte discipline d’écritures matinales, voulait-il ranimer l’âme de ses héros depuis la fenêtre du bureau de son immeuble donnant sur le Panthéon ou bien épouser l’épopée d’un peuple avec ses légendes et ses grands hommes au cœur de ses romans historiques à grand tirage dans la lignée de ses premiers succès littéraires. Entre le génie militaire de Bonaparte et la sensibilité d’un Victor Hugo, quoi de commun sinon cette farouche volonté de s’ancrer dans la réalité d’une histoire nationale qui de 93 à la réaction thermidorienne, au consulat puis à l’Empire donne place à ce récit national populaire.

C’est « en sympathie socialiste » que l’écrivain, ancien ministre de Pierre Mauroy, me fit au congrès de Lille la dédicace de sa « Lettre ouverte à Maximilien Robespierre sur les nouveaux muscadins » datée du 3 mars 1987 après un court échange autour de l’actualité. Je devais plus tard le retrouver chez les refondateurs au début des années 90 quand nous étions dans le même temps encore membres du courant Socialisme et République avant la fondation du Mouvement des citoyens en 1993. J’eus le plaisir d’écouter Max Gallo, voire d’échanger plus longuement avec le militant, en réunion des « Refondateurs » de la gauche. (2)

 Max Gallo fut après la campagne de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle de 2002 à l’origine de la tentative de création d’un pôle républicain qui ne répondit pas à nos attentes. « Il s’est détourné de la gauche quand celle-ci s’est détournée d’elle-même » précise Chevènement dans son éloge funéraire. Dans la recherche d’une filiation gaullienne, Max Gallo en quête d’une souveraineté mise à mal, voulait peut être retrouver le peuple souverain. Perplexe sur la nouvelle voie empruntée par l’écrivain, nous écrivions dans ces termes, en mai 2007, notre trouble toujours assorti de fascination et de respect pour l’académicien :

« Max Gallo voit son œuvre couronnée avec son entrée à l’Académie française. Cet homme poignant sut conjuguer le verbe et l’action. Sa force de raisonnement et ses profondes convictions ont toujours dicté  sa conduite. Il avait placé en épigraphe de son « Robespierre – Histoire d’une solitude » ce mot de Mirabeau :   « Celui-là ira loin, il croit tout ce qu’il dit ». Nous avons appris  de  ce biographe dans ses récits des grandes vies de la geste ouvrière. Historien, écrivain et  militant, Gallo a porté un regard lucide sur le monde et  particulièrement  sévère sur son époque. Après nous avoir entraîné dans son sillage, il emprunte un nouveau chemin. Sa solitude est aussi la nôtre. »

Xavier DUMOULIN

(1) « Muscadins : nom donné pendant la révolution aux royalistes qui se distinguaient par leur élégance recherchée. Ils étaient parfumés au musc. Cette « jeunesse dorée » fit, après la chute de Rosbespierre, la chasse aux jacobins.  » définition dans une page de garde de la « Lettre ouverte à Maximilien Robespierre sur les nouveaux muscadins » paru chez Albin Michel – 1986

(2) Dans le courant dit de la Refondation au sein duquel on retrouvait Max (cf document inséré dans le texte ci-dessous), militaient à nos côtés dans le département des Landes des figures disparues telles que l’ancien député communiste landais Jean Lespiau et ce grand militant  du MRAP, ancien résistant respecté et reconnu, le docteur Jean Blum. Ce mouvement devait s’éteindre avant la campagne des élections européennes de 1994 quand Anicet le Pors accompagnait la liste « chabada » conduite par J.P Chevènement et la militante féministe Gisèle Halimi.

document attestant une invitation à un repas des refondateurs avec Max Gallo le 11 avril 1992Document attestant la rencontre de  Max Gallo avec les refondateurs des Landes à Anglet le 11 avril 1992. Archives du blog citoyen, socialiste et républicain.

Extrait du journal Les échos du 24 mai 1991
« Lancé en avril par une trentaine de communistes contestataires, socialistes critiques et personnalités de gauche, dont Charles Fiterman, Max Gallo et Claude Cheysson, l’appel pour la refondation de la gauche a reçu 650 nouvelles signatures. Parmi eux figurent un fort contingent d’élus communistes, cinq députés, dont quatre de Seine-Saint-Denis et de nombreux maires. Côté socialistes, ce sont les amis de Jean-Pierre Chevènement et de la nouvelle école socialiste de Julien Dray qui sont les plus nombreux. Sont également associés à cet appel des syndicalistes ou des militants de mouvements associatifs. Les rencontres « refondation » auront lieu à Paris les 7 et 8 juin. »