une dame en politiqueMort de Nicole Bricq, ex-ministre au caractère bien trempé, titre Tonino Serafini dans son papier pour Libé. Le journaliste rend hommage à la carrière de la parlementaire  décédée dimanche dernier suite à une chute d’escalier. Passée de Chevènement à Macron, cette personnalité bien connue des cercles politiques devait occuper deux ministères sous la présidence de François Hollande et s’était surtout fait connaître des internautes pour ses propos peu amènes envers la cuisine servie au Palais de l’Elysée…
Sur son blog JPC  manifeste son affection à la famille de cette « militante socialiste engagée ». Nicole et Jean-Paul Planchou, son mari, ont été des proches de Chevènement jusqu’à leur rupture d’avec Socialisme et République, suite à la guerre du Golfe. Nicole avait dirigé la fédération de Paris tenue de longue date par le CERES. Jean-Paul Planchou était un fin connaisseur des questions monétaires et financières. Il a longtemps combattu le mirage du franc fort, arrimé au mark dans le SME, annonçant la monnaie unique. La parlementaire Nicole Bricq tenait bon après sa recomposition politique. J’avais assisté à son discours de rupture avec JPC dans une assemblée tendue. Elle avait introduit son discours par des considérations très affectueuses à l’égard du Che pour ensuite développer son total désaccord stratégique.
De la géopolitique à la politique tout court, il y a un lien. Non pas seulement parce que la guerre serait le prolongement de la politique par d’autres moyens, mais plutôt du fait de l’importance aujourd’hui primordiale de l’économie-monde et de la résolution des conflits et des problématiques environnementales à l’échelle de la planète. Cette vision relève d’un pragmatisme éclairée que d’aucuns, sans doute à l’instar de notre regrettée Nicole Bricq, voudraient trouver chez le président Macron qui entame à petits pas quelques revirements diplomatiques significatifs.
Les méchantes langues, rapporte le journaliste, disaient de Nicole Bricq, qu’elle faisait partie de ces socialistes qui «ont commencé leur carrière à la gauche du parti et qui ont dérivé carrément à droite». C’est sans doute exact. Le paradoxe dans ces recompositions vient parfois des retrouvailles fortuites de personnalités bifurquant dans leur trajectoire respective pour finalement  épouser à un moment donné la même position dans une nouvelle conjoncture… Mais ne nous perdons pas en conjectures dans cet entrelacs de problématiques politiciennes. Après le décès de Nicole Bricq; le président Macron, comme beaucoup d’autres personnalités politiques, a salué sa mémoire.
La suppléante de notre sénatrice, Hélène Lipietz, eut été mieux inspirée, quant à elle, de taire son opportunisme sans morale dans une déclaration évoquant le décès de madame Bricq.« Nicole est morte, me revoilà peut-être sénatrice… », affirmant que ce décès représente « le pire des scénarios, et pour elle et pour moi », la suppléante évoquant les arcanes du droit constitutionnel en la matière (le remplacement de la sénatrice par sa suppléante) à six semaines du renouvellement du Sénat. Interpellée par des internautes choqués par ces propos la suppléante rétorque « Il n’y a pas de larmes, sauf pour Jean-Paul [le mari de Nicole Bricq] dont j’ai apprécié l’humour », laissant entendre que le décès de sa titulaire ne l’affecte pas particulièrement.
Méditons plutôt cette leçon du jour sur l’opportunité en politique et saluons à notre tour, à la façon digne du Che, cette « militante socialiste » que nous avions entendue  de nos propres oreilles reprocher avec virulence aux camarades de son courant, le CERES, de renoncer à la rupture avec le capitalisme, dans ce début des années 80, sous la présidence de François Mitterrand. Avant d’être recadrée par Didier Motchane, ce militant inébranlable et théoricien à la dialectique implacable duquel nous tenions « les clefs pour le socialisme »!
Xavier Dumoulin
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