Affiche du film à l’écran Djam affiche
Faut-il considérer comme Thomas Sotinel, dans sa critique du Monde du 9 août, qu’il manque « une charpente plus solide » au fragile scénario dans cette feuille de route  du film de Gatlif sortie mercredi dernier sur les écrans?
Djam vit sur l’île de Lesbos, avec Kakourgos, son oncle, restaurateur en proie aux banquiers grecs. Ne voulant pas quitter son établissement par peur des huissiers, il envoie Djam en Turquie, réparer la bielle de son bateau immobilisé par cette panne de moteur. Dans son périple, l’éblouissante jeune fille découvre Avril, jeune Française  partie pour travailler dans un centre de santé et soigner les migrants mais dépossédée de ses papiers d’identités et sans argent. Djam la prend sous sa protection.  Les deux femmes cheminent ensemble sur la route de la Grèce, à pieds, alternant scènes d’amitiés et  excès de colère dans une fraicheur spontanée décomplexée mais pudique…
« Le trait s’épure avec Djam, road movie – film routier -  aussi simple que son titre — prénom d’une jeune Grecque qui sourit à la vie, et parfois fait la grimace. Elle est un peu folle, Djam. Elle chante et danse ; elle se braque, toujours trop intense. Elle ressemble au passionné Gatlif, qui ne la quitte pas des yeux. »
Dans sa critique pour Télérama du 9 août, Frédéric Strauss est saisi par le dernier Gatlif et ce voyage de l’île de Lesbos à Istanbul. Les jeunes filles mettent leurs pas dans ceux des migrants, croisant des vies brisées par la crise. Sur fond de musique Rebetiko.
Une musique évoquée si joliment par le réalisateur : «Je l’ai découverte en 1983, quand je suis allé présenter mon film Les Princes en Turquie. Ça a été un choc parce que j’y ai retrouvé la même rage que dans le flamenco et le blues. C’est une musique née dans la communauté grecque de Turquie, quand les Grecs furent chassés, en 1922. Une musique de révoltés contre l’ordre imposé… et je l’ai retrouvée à Athènes, dans un cabaret du marché de Plaka. Les clients connaissaient tous les morceaux et chantaient avec les musiciens. Depuis, après le flamenco et la musique arabe, cela faisait partie de mes plans d’aborder le rebetiko.»
Cette musique, en complète adéquation avec le rythme du scénario, accompagne l’imaginaire poétique des deux héroïnes dans une esthétique ravageuse et sauvage en symbiose avec les éléments dans un décor de terrains vagues et de routes défoncées à l’instar de ces paysages qui portent les stigmates d’une violence passée et présente. La chaleur humaine des sentiments se marie à l’esthétique des danses de leurs corps dénudés et chasse cette hostilité qui accable pourtant les jeunes filles dans des épisodes de désespérance et de colère.
Comme dans la scène finale des retrouvailles de Djam avec son vieux loup de mer d’oncle, Kakourgos, victime de ses bourreaux de créanciers qui saisissent le mobilier de son restaurant quand Djam lui rapporte comme un trophée, cette bielle réparée et transportée depuis Istambul telle un saint Graal. Dans un jaillissement de bonheur retrouvé, le famille et les proches s’évadent de ce monde calamiteux d’exaspération pour respirer l’air marin dans un impossible exil…
Une sorte d’exorcisme ou de catharsis grâce au miracle du rêve et de la rage de vivre coûte que coûte! Plus forte que les violences faites aux migrants de l’Orient et au peuple grec, dans un mirage aussi éblouissant que la beauté de Djam, cette allégorie de notre présent mondialisé  sans avenir et figure d’espoir pour toutes ces révoltes partagées dans nos cœurs solidaires en rage.
Xavier et Michèle DUMOULINImage de prévisualisation YouTube
Image de prévisualisation YouTube