« A peu près un tiers » des personnes signalées pour radicalisation « présentent des troubles psychologiques », selon la déclaration du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur RMC/BFMTV. D’où cette perspective d’impliquer le monde médical dans le dépistage des menaces terroristes. Les sources ministérielles sont extraites du FSPRT (fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation)  soit environ 17.400 personnes recensées dans le FSPRT, créé en 2015, selon un rapport sénatorial publié au printemps.

Faisant suite aux crimes de Seine et Marne du 14 août dernier – un homme fonçant sur une pizzéria avec son véhicule, tuant une adolescente et blessant douze personnes – et à celui du 21 août – du fait d’un chauffeur de camionnette, présentant, semble-t-il, des troubles psychiatriques et un passé délinquant -  causant la mort d’une personne et en blessant une seconde, le ministre entend mobiliser la psychiatrie « pour identifier les profils qui peuvent passer à l’acte ». « Il est clair que le secret médical c’est quelque chose de sacré mais en même temps, il faut trouver le moyen qu’un certain nombre d’individus, qui effectivement souffrent de troubles graves, ne puissent pas commettre des attentats » déclarait mardi matin Gérard Collomb car si « ce n’est pas du terrorisme (…) on a de l’imitation ».  « Un certain nombre d’esprits faibles peuvent se laisser entraîner à des actes de mimétisme ». « C’est ça qui est grave, c’est qu’un certain nombre d’esprits faibles qui voient ce qui s’est passé à Barcelone, qui voient ce qui s’est passé contre le dispositif Sentinelle, se disent ‘on va passer à l’acte comme ça’ », a-t-il ajouté. « C’est ce contre quoi il faut se prémunir, ce contre quoi nous voulons travailler avec ma collègue la ministre de la Santé mais également avec l’ordre des médecins, les psychiatres (…) Nous ne voulons pas faire cela dans notre coin », mais « trouver le juste équilibre », a-t-il conclu.

Ces propos rapportés par la rédaction d’Europe1.fr avec AFP poussent à la réflexion quant à leurs conclusions. Ces dernières présentent sans doute une part de vérité mais risquent d’hypothéquer la relation de confiance entre le malade et son thérapeute. On aura tôt fait, dans le grand public, d’assimiler  dangerosité et malades psychiatriques quand bien même ces derniers sont statistiquement plus souvent victimes qu’auteurs de violences. Cette tentation de focaliser sur la maladie psychiatrique est d’autant plus forte qu’une partie non négligeable des personnes détenues serait atteinte de troubles du comportement. Ce qui pose d’abord la question de l’accompagnement médical et psychologique des personnes présentant des troubles mentaux dans notre pays.
Entre une approche qui a toutes les apparences du pragmatisme, ciblant les personnes dépistée comme dangereuses, en situation pathologique, et le cloisonnement des thérapeutes dans leur art au nom de la déontologie médicale et professionnelle, comment trancher ce conflit d’intérêt?
L’assimilation d’un potentiel de dangerosité terroriste avec le risque de passage à l’acte par mimétisme, chez des personnes au profil psychologique fragilisé par une pathologie mentale, présente des limites évidentes au regard des symptômes et manifestations des troubles en question. Le combat contre la stigmatisation de la pathologie mentale constitue aujourd’hui un grand défi qui ne doit pas s’effacer derrière l’émotion suscitée par le déferlement d’attentats terroristes. Ceux-ci frappent partout dans le monde au nom d’un islamisme radical dégénéré qui fait naître des « fous de dieu » par milliers!
Xavier DUMOULIN