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Les chevaux nous impressionnent depuis des millénaires pour des raisons historiques, physiques et physiologiques…

«Les chevaux me bouleversent et m’ont toujours bouleversé», expliquait il y a quelques années Jean Rochefort, avant d’ajouter, l’air de rien: «Nettoyer une vulve de jument, c’est passer un bon dimanche». Si cela semble plutôt cocasse, les paroles de l’ancien acteur, amoureux des chevaux, témoignent de l’attachement porté de nos jours aux équidés. De l’attachement oui, mais aussi de l’admiration comme on peut le voir dans le regard émerveillé des spectateurs lors des courses hippiques.

Le cheval sert l’homme dans ses conquêtes

Pour comprendre la fascination de l’Homme pour le cheval, il faut faire un bon dans le temps et s’attarder sur ce qui fait de l’animal «la plus noble conquête de l’homme», comme l’affirmait déjà le comte de Buffon au XVIIIème siècle. Et c’est bien l’Homme, lui-même, qui a créé cette fascination en associant cheval et politique: «Les seigneurs sont représentés à cheval. Le roi cavalier est au sommet de la hiérarchie et domine le cheval comme il domine le peuple», explique Daniel Roche, historien spécialiste de l’Histoire équestre et professeur au Collège de France.

 

L’animal fut un symbole, mais aussi un outil stratégique pendant des millénaires, que ce soit durant les guerres comme dans la vie de tous les jours. «Il était une grande source d’énergie, au centre de l’économie, nécessaire avant l’invention du moteur», commente l’Officier des Arts et des Lettres. Ainsi, c’est d’abord en tant qu’outil de production et symbole de richesse que le cheval fut reconnu.

Admiré de tous et partageant les taches quotidienne de l’Homme jusqu’au XIXème siècle (et l’invention du chemin de fer), le cheval est «aujourd’hui magnifié chez certaines personnes en souvenir d’une société rurale ou d’une certaine classe sociale», remarque Jean-Pierre Digard, directeur de recherches au CNRS et auteur de « Cheval, mon amour – Sports équestres et sensibilités «animalitaires» en France ». Pour l’anthropologue, il ne faut pas sous-estimer l’animal en tant que facteur de lien social puisque, «par exemple, les gendarmes disent qu’ils abordent plus facilement les civils lorsqu’ils sont à cheval.»

 

Si l’animal impressionne les foules c’est parce qu’il fait partie de nos vies et qu’il y joue un rôle. C’est pour cela qu’«il a un statut à part», selon Daniel Roche. Le cheval dispose d’un statut intermédiaire car «on a tendance à hiérarchiser les animaux. En haut, il y a les animaux de compagnie et en bas ceux qu’on mange. Le cheval est entre les deux puisqu’il fut d’abord un animal agricole avant d’entrer, dans les années 1960, dans la sphère des loisirs», ajoute Jean-Pierre Digard.

«Un animal puissant et fougueux, devant lequel on fantasme»

Les équidés ont aussi un statut singulier parmi les animaux grâce à leur plastique de rêve. «Le cheval est un animal grand, puissant et fougueux devant lequel on fantasme. On l’admire pour sa beauté et son élégance», remarque le spécialiste de la domestication des animaux. Agnès Galletier, auteure d’une dizaine de livres dédiés aux destriers, ne peut qu’approuver: «Le cheval est rapide, autonome et imprévisible. Il est fascinant car à la fois proche de l’homme et sauvage.»

 

Des atouts et un caractère qui ancrent l’animal dans la culture populaire. Au point d’en faire une source d’inspiration pour les écrivains et réalisateurs: «Déjà, dans ma jeunesse, il y avait de nombreuses œuvres dédiées aux chevaux comme Mon amie Flicka», illustre Daniel Roche. Sans compter Grand Galop, Prince noir (adapté du roman Black Beauty), L’homme qui murmure à l’oreille des chevaux ou, plus récemment, Cheval de guerre, la série américaine Luck (sur le monde des courses) ou encore Jappeloup avec Guillaume Canet. Des œuvres qui mettent aussi en avant «le lien particulier entre l’homme et l’animal», affirme l’historien, pour qui «l’image de puissance arrive en contrepartie d’une relation plus spécifique.»

«Il ne faut pas désacraliser le cheval»

C’est précisément cela qui impressionne et attire l’attention de plus en plus de spécialistes: les effets bénéfiques du cheval et de l’équitation sur la santé. Pour Jean-Pierre Digard, «monter un gros animal et arriver à lui faire faire des choses comme tourner, sauter, s’arrêter booste l’estime de soi». En plus d’être un sport, l’équitation aurait l’avantage d’apprendre la patience, la persévérance et de responsabiliser: «Le cheval nous aide à grandir et nous humanise. Sa sensibilité impressionne toujours», commente Agnès Galletier.

 

Dans une société de plus en plus urbaine, l’animal a toujours sa place puisqu’«être en contact avec un cheval est une façon de se rapprocher de la nature», explique Jean-Pierre Digard. «Il ne faut pas désacraliser le cheval, incarnation de la possible relation avec des animaux à la fois proches et différents de nous», ajoute l’auteure de « Pourquoi les chevaux nous font tant de bien ». Et pour cause, la plus noble conquête de l’Homme fait de plus en plus d’adeptes. Aujourd’hui, l’équitation est même le troisième sport national, après le football et le tennis.