Georges Sarre nous a quitté…

Ce devait être en 1973, une soirée d’été, à Chénérailles, dans la Creuse : les recherches archéologiques m’avaient mené là, et j’y rencontrai Georges Sarre pour la première fois. Je venais d’adhérer au nouveau parti socialiste, celui d’Epinay, celui qui voulait « changer la vie ». Georges avec son énergie communicative m’entraîna dans ses équipes. Je découvrais le Ceres : à la fois sa réflexion et sa force de proposition, autour de Jean-Pierre Chevènement, Didier Motchane, de sa revue « Frontière », et aussi sa capacité militante, sur le terrain, son talent pour former des esprits éclairés et critiques. Georges Sarre savait allier ses deux atouts. Du syndicalisme, il avait tiré l’expérience militante, sans jamais la délier de son sens de l’histoire et de son sens de l’État. Quelle leçon vivante c’était que de le suivre dans les rues de son XIème arrondissement, sachant deviser durant des heures avec les habitants, les commerçants, que de l’assister dans sa permanence où tous, sans rendez-vous pouvaient venir le voir et l’interroger. Ce goût du contact et du dialogue allait de pair avec une réflexion permanente, alimentée par sa passion pour l’histoire. Les questions économiques, sociales politiques, sociétales étaient chez lui toujours éclairées par leur dimension historique. Il puisait sans doute dans sa lignée familiale la force de ses robustes convictions républicaines. Artisan du congrès d’Epinay en 1971 qui refonda le parti socialiste et prépara la victoire de 1981, précurseur de l’union de la gauche qu’il imposa avec succès dès 1971 à Paris, il fut une grande figure de la gauche parisienne. Député européen, député de Paris, membre du gouvernement de François Mitterrand, il ne varia jamais dans ses convictions. Du traité de Maastricht, il vit toutes les conséquences, et en Républicain convaincu le rejeta. Il fonda avec Jean-Pierre Chevènement et Max Gallo le Mouvement des Citoyens. Cet engagement le priva de son siège de député, puisque le PS résolut de le faire battre en 2002 : c’est à ces choses que s’apprécient la droiture et la fidélité. Et en 2005, il fut un ardent opposant au « Traité constitutionnel » ; le vote massif des Français lui fut un solide réconfort.  Je suis resté à ses côtés jusqu’à la fin de ses activités politiques, puisqu’il m’honora toujours de sa confiance. C’était un temps où le débat politique était affaire de convictions et d’arguments. Ne pas appartenir à l’aristocratie d’État n’était pas encore un handicap. Dieu seul sait combien nous avons croisés et combattus d’adversaires. Mais jamais d’ennemis. Georges Sarre était respecté de ses interlocuteurs de tous bords, qui mesuraient la sincérité de ses convictions et son attachement viscéral à l’intérêt public.

A la mairie du XIème, au Conseil de Paris, à l’Assemblée nationale où je le remplaçai comme suppléant quand il était au gouvernement, au Sénat où il m’avait fait inscrire sur la liste « en cas de bonne surprise », partout Georges Sarre veillait sur moi. Je lui dois ce parcours, et surtout cette leçon : être fidèle au peuple est la meilleure boussole pour un Républicain. La reconnaissance est peut-être le seul remède au chagrin.