« Alors, à l’heure où l’histoire s’accélère, la gauche entend rejouer le coup de 1936 face à une extrême-droite qui n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Mais comme au siècle passé, construire ce nouveau Front populaire nécessite la mobilisation de toutes et tous, au-delà des accords entre partis. C’est en créant et en maintenant cette dynamique que le Front populaire de 2024 pourra réussir là où la NUPES de 2022 avait échoué. Porter les espoirs ne suffit plus : il s’agit désormais de porter l’histoire. »

https://lvsl.fr/front-populaire-lavenir-dune-victoire/?

La conclusion de l’article de Cyrus Mohammady-Fouëx dans la dernière livraison du Vent se lève du 11 juin  2024 (sous le titre emprunté par ce billet) exprime les enjeux de la période qui s’ouvre. L’évocation de la dynamique du Front Populaire, articulant victoire électorale et mouvement populaire, s’attache notamment aux premières occupations d’usines dans l’aéronautique et l’automobile qui s’étendent ensuite pour faire vivre les accords de Matignon du 8 juin 1936 refusés par une partie du patronat. « Partout, dans une ambiance festive, des entreprises des plus diverses sont occupées, du commerce aux banques en passant par la restauration et la culture. On compte alors 12.000 grèves, dont 9.000 avec occupation, entraînant environ 2 millions de personnes. » S’appuyant sur les travaux déjà anciens, d’Antoine Prost, Cyrus Mohammady-Fouëx insiste sur la place du mouvement social dans la préparation, la mise en œuvre et la défense des conquis sociaux. En démontrant dans le même temps l’autonomie d’action de la base, les accords portent sur la hausse des salaires, les libertés syndicales, avant les grandes lois sociales sur la durée légale de travail et les deux semaines de congés payés quand les occupations pacifiques permettent aussi l’obtention des contrats collectifs face à un patronat récalcitrant. « Les mesures effectives à l’été ne sauraient être le simple produit de la victoire électorale du printemps sur la base du programme publié à l’hiver. En fait, celles-ci ont surtout été arrachées par un mouvement de grèves sans précédent. » A l’instar de la loi sur les conventions collectives dont le rapporteur n’est autre qu’Ambroise Croizat député communiste, dirigeant de la puissante fédération des métaux de la CGT et futur ministre à l’origine de la sécurité sociale en 1946.

Avec ce saut de 1936 à 1946, osons donc un parallèle avec la situation présente (montée des ligues fascistes dans les années 1930, du FN-RN et de la contamination de la droite des LR aujourd’hui). L’instrumentalisation du RN par le pouvoir macroniste antisocial qui joue avec le feu ne constitue en rien un frein à la montée des forces réactionnaires. Les contre-réformes néolibérales (retraite à 64 ans, réduction des droits à l’assurance chômage, remise en cause de l’ordre public social avec les lois Macron 1et 2, etc.) alimentent ce courant nauséabond qui a inspiré la récente loi immigration portée par les parlementaires Renaissance/ LR, et censurée partiellement par le Conseil constitutionnel.

Hier pour la Paix, le Pain, la Liberté, notre nouveau Front Populaire saura trouver dans les prochaines heures son programme sur la base duquel une majorité populaire pourra s’inscrire dans une dynamique de progrès face au bloc bourgeois macroniste fracturé et au bloc réactionnaire identitaire RN/LR.

D’où cet appel à la constitution d’un nouveau Front Populaire rassemblant dans une forme inédite toutes les forces de gauche humanistes, syndicales, associatives et citoyennes. Avec la volonté de porter un programme de ruptures sociales et écologiques pour construire une alternative à Emmanuel Macron et combattre le projet raciste de l’extrême-droite.

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