Macron, l’extrême-centre ou le poison français
Créé par sr07 le 08 oct 2025 à 9:14 | Dans : a-le quartier libre de XD
Pierre Serna, historien de la révolution, dénonce le déni total de responsabilité du président Macron dans la crise actuelle quand «les secousses actuelles sont le dernier avatar d’un gouvernement d’ « extrême centre », transitoire et susceptible de mener à l’autoritarisme»
Ce concept serait un impensé analysé au travers d’un espace «qui, à partir de la république thermidorienne, en 1794, va structurer et [...] être tout aussi important que la droite et la gauche : l’extrême centre».
C’est en étudiant la Révolution que l’historien dégage les éléments constitutifs de cet extrême-centre construit sur trois piliers : le girouettisme (2), la politique de honnêtes gens (3), la contradiction entre un discours de modération et une dureté totale du pouvoir exécutif (4).
Appliqué à la posture du feu macronisme, cet extrême-centre se concrétise dans sa répression violente des gilets jaunes, son programme économique et fiscal ultralibéral fait de dérégulation et d’individualisme quand l’extrême droite et la gauche radicale garde leur part d’agentivité, dans la construction conjointe du champ politique (5).
«La République en marche est devenue une République à l’arrêt. Dissoudre l’Assemblée nationale un soir d’élections européennes, avec un Rassemblement national en pleine dynamique [en tête avec 31,37 % des voix], c’était, pour Emmanuel Macron, manifester une irresponsabilité politique et donc nous faire entrer dans le chaos et dans la crise de régime.» Ce jeu politique nous mène au pire avec un président rugueux dans le déni de l’opinion.
«Est-ce que l’extrême centre mène à l’extrême droite ?» Pour Pierre Serna, la réponse est claire : le Directoire a mené à Bonaparte.et la République de Louis-Napoléon Bonaparte a mené à l’Empire autoritaire. La construction par Emmanuel Macron de sa confrontation, de 2017 à 2022, avec Marine Le Pen, puis la dissolution d’une Chambre nationale, sa pratique du pouvoir… Tout cela rend possible un glissement, non pas selon une « répétabilité », mais selon une matrice historique observée de Louis XVI à Bonaparte, qu’il faut nommer la récidive.
Mais loin de tout fatalisme, l’historien en conclut à ne pas laisser l’histoire aux « irresponsables » ; l’histoire ne sert pas à répéter la catastrophe, mais, au contraire, à « défataliser » le futur.
Xavier Dumoulin
Notes :
(2)-«D’abord, le « girouettisme », c’est-à-dire une grande souplesse positionnelle, la compréhension que la politique est un échiquier dynamique. Les mêmes députés qui ont soutenu la politique de la Terreur construisent ensuite la république thermidorienne, sur des fondations en théorie irréconciliables avec la politique de l’an II. Robespierre déjà, en 1793, désigne les deux dangers qui guettent la République, les ultrarévolutionnaires d’un côté, les citrarévolutionnaires de l’autre, c’est-à-dire ceux qui veulent revenir en arrière. La puissance de l’extrême centre, c’est ça : stigmatiser les extrêmes, qu’il définit, et tracer un chemin au milieu.
(3)-Le deuxième pilier, c’est la politique des « honnêtes gens », ceux qui ne sont ni la « canaille sans-culotte », ni les « fieffés aristocrates ». En 1795, la France a vécu une guerre civile, il faut sortir de la violence et, pour cela, nuancer les passions. Fini la vindicte, on entre dans un discours policé, un discours de classe. Ceux qui maîtrisent les codes de la bienséance vont désormais dicter leur rhétorique.
(4)-Le troisième pilier, c’est que les hommes de l’extrême centre, une fois qu’ils occupent les postes de commandement, se rendent compte qu’ils doivent tenir le pays d’une main de fer. Ainsi s’installe la contradiction au cœur de l’extrême centre, celle d’un discours de modération assorti d’un pouvoir exécutif d’une dureté totale.
(5)-Emmanuel Macron a besoin de ces forces radicales, et elles ont besoin de le critiquer fortement pour se positionner.
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