a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

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Paris, Kadhafi, la culture et l’Afrique

Créé par le 15 déc 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

La visite éclair de Kadhafi au Louvre exprime, à l’évidence, le rapport ambigu de cet homme de pouvoir à la culture et à l’art. Trop pressé, Kadhafi l’Africain  a sans doute manqué tous ses rendez-vous culturels  dans la capitale. Un vrai gâchis et presqu’une offense, ce détour par Versailles, pour y admirer les fastes de la Cour du Roi Soleil aux dépens de l’Afrique. Celle-ci était pourtant à l’honneur lors du très controversé séjour du chef d’Etat Libyen. Que n’a -t- il pris le temps de regarder le Pariscope? Au lieu d’errer le long de la Seine en bloquant, ce faisant, tous les ponts de Paris,  Kadhafi aurait pu avantageusement occuper son temps libre tout autrement. Et d’abord à l’Institut du monde arabe  avec cette exposition sur les Phéniciens, ces proche-orientaux qui répandirent leur culture sur le monde méditérranéen. L’exposition nous apprend au passage la passion d’un Ernest Renan dans ses recherches pour décrypter ce tout premier alphabet phénicien. Le musée du quai Branly – dont on ne sait pas encore s’il est celui des arts premiers ou primitifs – attendait aussi notre hôte. Une riche exposition sur le Bénin réunit un mobilier d’art impressionnant : habitat, instruments de musique, armes, masques, orfèvrerie et autres productions artisanales de vocation variée. Une visite inoubliable dans ce temple des cultures indigènes d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie et d’Asie! Le bédouin eut pu tout aussi bien changer de continent et rendre hommage au peuple Guarani en franchissant les portes de la Maison de l’Amérique latine pour y retrouver des oeuvres modernes faisant resurgir les mémoires indigènes face au regard du colonisateur. Cette exposition aussi troublante qu’enchanteresse évoque des périodes cruelles balisant l’histoire d’un Paraguay  récemment encore sous la dictature. On peut pardonner à Kadhafi d’avoir boudé le musée d’Orsay qui recèle pourtant de nombreux trésors d’inspiration orientaliste. Le symbolisme d’un Hodler, ces jours à l’affiche, restera donc étranger à celui qui fut quelque peu conspué dans un bâtiment voisin : celui de l’Assemblée nationale. Pour revenir à la réalité ne doit-on pas regretter un autre rendez-vous dans le Paris des illuminations élyséennes? La grande exposition de notre peintre réaliste : le grand Courbet. On y retrouve toutes les oeuvres majeures à commencer par l’auto-portrait de l’artiste communard enfermé à la prison de Sainte Pélagie. Et bien sûr  » la naissance du monde « , ou bien  » un enterrement à Ornans « qui fait face dans la même salle à l’impressionnante toile de  » l’atelier du peintre « . En entrant ou en sortant du Grand Palais, l’hôte du président n’aurait pas manqué de se faire traduire l’épigramme sur le socle de la statue du Général  » Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré »… Des paroles inoubliables d’un officier rebelle devenu chef d’Etat et qui conduisit en toute indépendance et dans la plus grande dignité une diplomatie active vis à vis de l’Afrique et du monde arabe. Un modèle à suivre pour le président … et des idées de visites pour nos internautes amateurs d’art, cette fin de semaine, dans un Paris festif et foisonnant mais ô combien moins encombré!

X D

L’écho des savanes dans la nuit des étoiles

Créé par le 29 oct 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

 

Habilis et érectus – que l’on croyait enchaînés par  un heureux engendrement  – auraient bel et bien cohabité  pendant près de cinq cent mille ans, en Afrique de l’Est,  il y a un millon et demi d’années. Cette découverte récente infirme donc la thèse préexistante d’une filiation chronologique pré-humaine faisant d’homo érectus l’enfant métamorphosé d’homo habilis. Pour mémoire, nous connaissions Lucy, notre antediluvienne arrière grand-mère australopithèque - cette chérie de l’anthropologue Yves Coppens - et savions qu’elle avait cohabité avec homo habilis, ce fabricant d’outils simples et tranchants à partir de galets. Ce dernier, avais-je cru comprendre, s’était développé sur plus de trois millions d’années pour s’épanouir pleinement et donner forme au pré-sapiens érectus, annonçant lui-même le  néanderthalien, ce sapiens à part entière, présent dans nos contrées avant l’avènement de son lointain cousin  sapiens sapiens, ce Cro-Magnon civilisé du paléolithique supérieur dont nous sommes les purs produits en tant qu’homme d’esprit, selon les dires du très regretté Leroi-Gourhan qui se moquait par ailleurs de cette désignation par trop flatteuse “d’homme de la totale sagesse”.

Depuis Boucher de Perthes et Darwin la connaissance de la préhistoire ne cesse de s’enrichir de théories révolutionnaires. Ces géniaux concepteurs d’une préhistoire matérialiste eurent tous deux maille à partir avec la sainte Eglise  avant que l’ingénieux abbé Breuil, premier grand admirateur de l’art pariétal, cet ornement magique ou religieux de la grotte de Lascaux, baptisée chapelle sixtine de notre préhistoire, ne réparât définitivement, un siècle plus tard, cette offense à l’intelligence humaine. 

Une précédente découverte  avait déjà ébranlé, tout récemment, beaucoup de nos certitudes. Néanderthal que l’on croyait disparu pour cause de déficience immunitaire, aurait en fait été supplanté par son concitoyen, Cro-Magnon, en raison de son esprit pacifique, ce que le trop calculateur sapiens sapiens sut sans doute mettre à profit. Pour preuve, les traits de notre présente humanité qui récompense les rusés et les bellicistes plus qu’elle n’encourage les hommes de bonne volonté, n’en déplaise à Rousseau. Faudrait-il pour autant se ranger derrière les théories génétiques remises fort malencontreusement en honneur ces derniers temps? Ah! L’inné et l’acquis, l’animal et l’homme, la nature et la culture,   la tradition et le progrès, le diable et le bon Dieu, la transcendance et l’immanence, l’idéalisme et le matérialisme… 

Dans ces temps lumineux favorables à l’observation des astres, un peu de métaphysique aiguise nos réflexions de philosophe profane.   Autant de sujets qui renvoient aux interrogations multiséculaires sur notre humaine condition. On sait depuis Montaigne se montrer modérément optimiste tout en  restant profondément humaniste. N’est-ce point, après tout, une posture bien raisonnable pour qui veut ménager un avenir humain? Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va tout en sachant s’arracher à notre primaire enfance pour devenir des hommes accomplis…

Xavier DUMOULIN

Che !

Créé par le 13 oct 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin, Amérique Latine, Le Che

museduche.jpgVous savez qu’on l’appelait ainsi car, en bon Argentin, il disait « che » à tout bout de champ ce gamin génial, intrépide et sportif. Atteint de fréquentes crises d’asthme, il devait très jeune s’endurcir dans des pratiques multiples comme pour conjurer le sort. Plus tard, cet aventurier ira parcourir le continent latino-américain en moto. C’est dans ses voyages, en cotoyant la misère, qu’il forgea son identité de révolutionnaire. Photographe, infirmier puis médecin, il alla très jeune servir la révolution cubaine auprès de Fidel Castro. Après la libération de l’île, il devint même un ministre charismatique et prononça un discours retentissant contre la politique étrangère américaine. Sans doute en rupture avec le modèle soviétique, il prit vite ses distances avec l’orthodoxie ambiante et alla promouvoir en Afrique et en Amérique Latine la guerre de libération. Cet échec fut la tragédie de sa vie mais sa mort en martyr donna naissance au mythe d’un Che inclassable, hissé au plus haut degré d’estime et de considération.

Au delà de la légende il reste une réalité irréductible : celle d’un homme de conviction dont l’intelligence et le tempérament furent tout entier au service de l’émancipation humaine dans la poursuite d’un combat aussi généreux  que fraternel et totalement désencombré de cet opportunisme dévastateur qui fait rage dans nos contrées. C’est pour cela que nous lui vouons un respect de révolutionnaire « hasta siempre comandante » !

X D

PS : Un grand salut à Eduardo qui sait tout sur les estancias, la montagne de Cordoba et le Che, ainsi qu’à Erika Büsch, jeune et talentueuse chanteuse uruguayenne qui interprète avec tant de coeur  Hasta siempre et son riche récital « por el gusto de cantar ». En toute fraternité, amitié et gratitude.

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Pour voir et écouter Erika et sa « sinfonia nocturna », cliquer sur ce lien

http://festival2005.canal13.cl/2006/html/MMomentos/254631Ivideoq1Avq5.html

http://festival2005.canal13.cl/2006/html/Competencia/Folclorica/252289.html

Los indios guaranies (suite)

Créé par le 07 sept 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, Amérique Latine, Indiens Guarani

Les indiens cultivent le manioc, la patate douce et le maïs dont ils extraient l’alcool. Ils élèvent aujourd’hui des poules. Mais l’indien Guarani aime toujours chasser et utilise encore de nombreux pièges. Il prélève dans la jungle – la « selva »- de nombreuses plantes médicinales qu’il sait fort bien utiliser. Le chamane, guide spirituel et guérisseur, est présent dans chaque village. Les indiens Guarani ne vivent plus en autarcie. Ils fabriquent des produits artisanaux avec les bois de la « selva » qui entoure leurs villages et dont ils reproduisent les animaux. Ce sont les crocodiles, serpents, coatis, tatous, singes macaques, pumas, toucans et perroquets que nous avons surpris et observés de nos propres yeux, dans les sentiers de la « selva » – parcourus à pied et à cheval – et dans les grandes étendues d’eaux aux abords des fameuses chutes d’Iguazu – les plus réputées du monde avec celle du lac Victoria et du Niagara. Les produits artisanaux de la communauté – armes fabriquées par les hommes : arcs, flèches, lances, harpons, sarbacannes ; instruments de musique, colliers, bracelets,  et autres ornements confectionnés par les femmes et les enfants – sont revendus sur place et beaucoup plus largement à la ville sur les trottoirs. Là, femmes et enfants abordent les passants pour leur proposer ces articles. Compte tenu des nombreux points de vente et de leur fréquentation ( les indiens offrent leurs produits aux visiteurs des « misiones » et du parc naturel d’Iguazu), on peut en déduire une abondante production qui reste cependant d’un très modeste rapport.

Dans cette économie et ce mode de vie, les indiens Guarani mènent une existence misérable. Exhibés à des fins publicitaires, les aborigènes de « la tierra sin mal » qui décorent les dépliants, affiches et panneaux publicitaires, restent relégués dans un statut de dominés et de discriminés. Dans les deux villages visités, les enfants scolarisés sur place pourront peut être accéder au collège et plus exceptionnellement à l’université. Mais à ce jour, beaucoup vont par les rues des villes quémander quelques « moneditas ».

La vie communautaire entretient la culture orale des Guarani. Elle présente cependant de graves inconvénients pour ces jeunes filles – trop vite mères de familles nombreuses et misérables – qui  mettent au monde leur progéniture avec l’aide de leurs mères et aînées. Leurs enfants souffrent de malnutrition et de conditions de vie précaires qui expliquent la surmortalité infantile. L’alcoolisme se répand chez les hommes attirés par la consommation de la bière achetée à la ville quand ils savaient, il y a encore peu de temps, modérer leurs besoins avec leur propre alcool de maîs fabriqué sur place. La tuberculose reste une pathologie fréquente.

Dans un des villages, l’expérience de rénovation de l’habitat, promue par les pouvoirs publics, semble tourner court. Aux dires de notre accompagnateur d’origine Guarani, cet échec s’expliquerait par le nomadisme des aborigènes.

Attaché à sa culture et à son mode de vie, l’indien Guarani se bat pour la reconnaissance de son identité et de ses droits  au travers de l’action de ses représentants. Ces droits sont aujourd’hui formellement mieux reconnus. Mais dans cet univers paranéen en butte au désatre écologique de la déforestation, le message utopique Guarani résonne comme une alerte. Il mériterait cependant plus de considération qu’une furtive attitude condescendande de touristes émotionnés. C’est dans cet esprit que nous écrivons ce billet sous l’emprise d’une certaine fascination pour le prophétisme Guarani à peine entrevu. Puisse-t-il forcer les « bonnes consciences » pour contribuer à l’avènement d’un monde plus harmonieux !

Xavier DUMOULIN, depuis l’Argentine, ce 6 septembre 2007.

Los indios guaranies de « la tierra sin mal » : du mythe à la réalité

Créé par le 06 sept 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, Amérique Latine, Indiens Guarani

A quelques miles de la confluence des rios Iguazu et Parana, point de jonction des « tres fronteras » du Bresil, de l’Argentine et du Paraguay, à bord du Victoria austral et sur les rivages de ce dernier pays, nous avons vu et écouté les danses et chants millénaires rituels de la fertilité des jeunes indiens Guarani, autour d’un feu et sous la lueur de cieux étoilés d’un hiver sub-tropical.

Ces indiens, très attachés à leurs traditions, perpétuent rites, mythes et légendes de la région Guarani. Ils furent pourtant pendant plus d’un siècle et demi, à partir du début du 17° siècle, évangélisés par les jésuites. Les « misiones » s’étendirent pour compter trente « pueblos »- 7 au brésil, 8 au Paraguay et 15 en Argentine – représentant près de 90000 indigènes quand le roi d’Espagne Carlos III signa le décret d’expulsion des jésuites en 1767. Fondées pour favoriser la conversion des indiens, ces « reductionnes jesuisticas guaranies » – qu’il ne faut pas confondre avec les « estancias » de la région de Cordoba, alors capitale des provinces jésuites – étaient aussi des lieux d’autonomie et de protection des populations indigènes en proie à la cupidité et à la cruauté des autorités civiles et militaires. En visitant les ruines de San Ignacio Mini ( Argentine) et de Santa Trinitad ( Paraguay ), on comprend la logique de l’architecture des « reductionnes » qui promouvaient un nouveau mode de vie. Les jésuites eurent alors la grande intelligence d’intégrer dans leur entreprise spirituelle et matérielle les mythes et représentations Guarani de « la tierra sin mal », sorte de paradis terrestre, fondée sur une utopie communautaire et une promesse d’éternité pour les ascètes vertueux. Les écrits du père Bartomeu Melia et d’Hélène Clastres nous renseignent sur ces mythes et cette histoire. Rosito Escalada Salvo nous offre une antologie des mythes et légendes de la région Guarani.

Dans cette région visitée qui abrite les Mbya Guarani - dont l’orthographe est à vérifier -, l’une des trois branches de la grande communauté Tupi Guarani, nous pouvons rencontrer les indiens Guarani dans leurs villages. Il existerait aujourd’hui plusieurs dizaines de pueblos s’élevant à près de 9000 âmes. Nous en avons visité deux aux environs de Puerto d’Iguazu ( Argentine ). Chaque village d’une soixantaine de familles est placé sous l’autorité d’un chef, le cacique choisi par le chamane.Un couple Guarani a fréquemment une dizaine d’enfants, les jeunes filles mettant au monde dès l’âge de 11, 12 ans leur premier bébé. L’habitat Guarani est très rudimentaire. Les petites cabanes de planche et de tolle ont remplacé les primitives, faites de végétaux, liannes et torchis. Elles gardent les mêmes surfaces exigues et contiennent toujours le foyer intérieur sans cheminée. Les enfants vont souvent pieds-nus sur les sols argileux.

Nous présenterons demain quelques aspects de cette vie Guarani avant d’évoquer les problèmes actuels identifiés au cours de nos rencontres et échanges avec les populations autochtones. A suivre sur notre blog…

Xavier DUMOULIN depuis l’Argentine ce 6 septembre 2007.

 

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