a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

Articles archivés

Los indios guaranies (suite)

Créé par le 07 sept 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, Amérique Latine, Indiens Guarani

Les indiens cultivent le manioc, la patate douce et le maïs dont ils extraient l’alcool. Ils élèvent aujourd’hui des poules. Mais l’indien Guarani aime toujours chasser et utilise encore de nombreux pièges. Il prélève dans la jungle – la « selva »- de nombreuses plantes médicinales qu’il sait fort bien utiliser. Le chamane, guide spirituel et guérisseur, est présent dans chaque village. Les indiens Guarani ne vivent plus en autarcie. Ils fabriquent des produits artisanaux avec les bois de la « selva » qui entoure leurs villages et dont ils reproduisent les animaux. Ce sont les crocodiles, serpents, coatis, tatous, singes macaques, pumas, toucans et perroquets que nous avons surpris et observés de nos propres yeux, dans les sentiers de la « selva » – parcourus à pied et à cheval – et dans les grandes étendues d’eaux aux abords des fameuses chutes d’Iguazu – les plus réputées du monde avec celle du lac Victoria et du Niagara. Les produits artisanaux de la communauté – armes fabriquées par les hommes : arcs, flèches, lances, harpons, sarbacannes ; instruments de musique, colliers, bracelets,  et autres ornements confectionnés par les femmes et les enfants – sont revendus sur place et beaucoup plus largement à la ville sur les trottoirs. Là, femmes et enfants abordent les passants pour leur proposer ces articles. Compte tenu des nombreux points de vente et de leur fréquentation ( les indiens offrent leurs produits aux visiteurs des « misiones » et du parc naturel d’Iguazu), on peut en déduire une abondante production qui reste cependant d’un très modeste rapport.

Dans cette économie et ce mode de vie, les indiens Guarani mènent une existence misérable. Exhibés à des fins publicitaires, les aborigènes de « la tierra sin mal » qui décorent les dépliants, affiches et panneaux publicitaires, restent relégués dans un statut de dominés et de discriminés. Dans les deux villages visités, les enfants scolarisés sur place pourront peut être accéder au collège et plus exceptionnellement à l’université. Mais à ce jour, beaucoup vont par les rues des villes quémander quelques « moneditas ».

La vie communautaire entretient la culture orale des Guarani. Elle présente cependant de graves inconvénients pour ces jeunes filles – trop vite mères de familles nombreuses et misérables – qui  mettent au monde leur progéniture avec l’aide de leurs mères et aînées. Leurs enfants souffrent de malnutrition et de conditions de vie précaires qui expliquent la surmortalité infantile. L’alcoolisme se répand chez les hommes attirés par la consommation de la bière achetée à la ville quand ils savaient, il y a encore peu de temps, modérer leurs besoins avec leur propre alcool de maîs fabriqué sur place. La tuberculose reste une pathologie fréquente.

Dans un des villages, l’expérience de rénovation de l’habitat, promue par les pouvoirs publics, semble tourner court. Aux dires de notre accompagnateur d’origine Guarani, cet échec s’expliquerait par le nomadisme des aborigènes.

Attaché à sa culture et à son mode de vie, l’indien Guarani se bat pour la reconnaissance de son identité et de ses droits  au travers de l’action de ses représentants. Ces droits sont aujourd’hui formellement mieux reconnus. Mais dans cet univers paranéen en butte au désatre écologique de la déforestation, le message utopique Guarani résonne comme une alerte. Il mériterait cependant plus de considération qu’une furtive attitude condescendande de touristes émotionnés. C’est dans cet esprit que nous écrivons ce billet sous l’emprise d’une certaine fascination pour le prophétisme Guarani à peine entrevu. Puisse-t-il forcer les « bonnes consciences » pour contribuer à l’avènement d’un monde plus harmonieux !

Xavier DUMOULIN, depuis l’Argentine, ce 6 septembre 2007.

Los indios guaranies de « la tierra sin mal » : du mythe à la réalité

Créé par le 06 sept 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, Amérique Latine, Indiens Guarani

A quelques miles de la confluence des rios Iguazu et Parana, point de jonction des « tres fronteras » du Bresil, de l’Argentine et du Paraguay, à bord du Victoria austral et sur les rivages de ce dernier pays, nous avons vu et écouté les danses et chants millénaires rituels de la fertilité des jeunes indiens Guarani, autour d’un feu et sous la lueur de cieux étoilés d’un hiver sub-tropical.

Ces indiens, très attachés à leurs traditions, perpétuent rites, mythes et légendes de la région Guarani. Ils furent pourtant pendant plus d’un siècle et demi, à partir du début du 17° siècle, évangélisés par les jésuites. Les « misiones » s’étendirent pour compter trente « pueblos »- 7 au brésil, 8 au Paraguay et 15 en Argentine – représentant près de 90000 indigènes quand le roi d’Espagne Carlos III signa le décret d’expulsion des jésuites en 1767. Fondées pour favoriser la conversion des indiens, ces « reductionnes jesuisticas guaranies » – qu’il ne faut pas confondre avec les « estancias » de la région de Cordoba, alors capitale des provinces jésuites – étaient aussi des lieux d’autonomie et de protection des populations indigènes en proie à la cupidité et à la cruauté des autorités civiles et militaires. En visitant les ruines de San Ignacio Mini ( Argentine) et de Santa Trinitad ( Paraguay ), on comprend la logique de l’architecture des « reductionnes » qui promouvaient un nouveau mode de vie. Les jésuites eurent alors la grande intelligence d’intégrer dans leur entreprise spirituelle et matérielle les mythes et représentations Guarani de « la tierra sin mal », sorte de paradis terrestre, fondée sur une utopie communautaire et une promesse d’éternité pour les ascètes vertueux. Les écrits du père Bartomeu Melia et d’Hélène Clastres nous renseignent sur ces mythes et cette histoire. Rosito Escalada Salvo nous offre une antologie des mythes et légendes de la région Guarani.

Dans cette région visitée qui abrite les Mbya Guarani - dont l’orthographe est à vérifier -, l’une des trois branches de la grande communauté Tupi Guarani, nous pouvons rencontrer les indiens Guarani dans leurs villages. Il existerait aujourd’hui plusieurs dizaines de pueblos s’élevant à près de 9000 âmes. Nous en avons visité deux aux environs de Puerto d’Iguazu ( Argentine ). Chaque village d’une soixantaine de familles est placé sous l’autorité d’un chef, le cacique choisi par le chamane.Un couple Guarani a fréquemment une dizaine d’enfants, les jeunes filles mettant au monde dès l’âge de 11, 12 ans leur premier bébé. L’habitat Guarani est très rudimentaire. Les petites cabanes de planche et de tolle ont remplacé les primitives, faites de végétaux, liannes et torchis. Elles gardent les mêmes surfaces exigues et contiennent toujours le foyer intérieur sans cheminée. Les enfants vont souvent pieds-nus sur les sols argileux.

Nous présenterons demain quelques aspects de cette vie Guarani avant d’évoquer les problèmes actuels identifiés au cours de nos rencontres et échanges avec les populations autochtones. A suivre sur notre blog…

Xavier DUMOULIN depuis l’Argentine ce 6 septembre 2007.

 

Cuadrilla, quadras et quadrature du cercle : d’une arène à l’autre …

Créé par le 22 juil 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin

Ma ville est en fête. Mont de Marsan, grande place taurine du Sud-Ouest, connue pour la qualité de ses férias, accueille pendant une semaine les festayres dansant au rythme des bandas sous les bodegas qui ne désemplissent jamais, jusqu’au petit matin. Dans le corral, les « toros » attendent le combat ultime. Ici on a l’aficion et le premier magistrat, Philippe Labeyrie, lancera tout à l’heure, du haut de la tribune des arènes, les clefs de sa ville à l’alguazil, devenu maître de la Plaza, le temps du combat. Alors, ici, on se prépare. Et on commentera pendant ces fêtes la qualité des « toros » et de la cuadrilla de la corrida du jour en espérant de belles faenas avant l’estocade finale. On peut bien sûr ne pas aimer ce spectacle poignant, mais c’est encore une autre histoire que celle des suertes et autres jeux d’arènes venus d’Espagne… histoire que l’on doit en partie, en France, il y a de cela quelques temps,  à l’engouement de l’impératrice Eugénie de Montijo. On en revient toujours à Napoléon le petit  dont l’évocation me permet - de façon tout à fait inélégante mais  commode –  de passer du coq à l’âne : du néo-bonapartisme à ses détracteurs, des taureaux de combat aux jeunes lions et aux cuadrillas de quadras et quinquas socialistes qui tiennent le haut du pavé médiatique en ce moment.

Belle cuadrilla ces Boutil, Gorce, Hamon, Montebourg et autres Vals  en mal de célébrité, grandis pourtant dans les écuries, entrés dans la carrière quand leurs aînés  y étaient encore tous, ces aînés qui désertent aujourd’hui la place comme pour éviter la lidia sous la bronca de la base militante et sympathisante. Ceux-là aussi ne veulent  pas donner dans les jeux d’arènes et proclament haut et fort leur volonté de rompre avec les luttes de clans dans un parti en butte aux ambitions personnelles. La jeune garde du PS veut boucler le cycle d’Epinay. C’est la quadrature du cercle. « Nous souffrons d’un problème d’enfermement. L’appareil est trop tourné vers lui-même », a affirmé Montebourg, qui souhaite « la fin du nombrilisme » au PS. « Il faut peut-être tourner la page de l’organisation d’Épinay », ajoute le député de Saône-et-Loire, en souhaitant que le parti redevienne « une grande organisation politique capable de proposer un projet en accord avec les attentes de la société ». L’ancien porte-parole de Ségolène Royal a rendu hommage à la présidente de la région Poitou-Charentes « qui a fait faire des pas de géant au projet du PS », notamment sur les institutions et l’autorité républicaine. Pour sa part Gaetan Gorce entend aussi rénover de fond en comble. « Nous voulons sortir du langage gestionnaire pour aborder les sujets de manière transversale. Le monde change, pourquoi la gauche ne changerait-elle pas ? Les socialistes sont toujours dans l’hésitation et le compromis, il nous faut regarder la société en face. Dans sa campagne, Ségolène Royal a été dans l’intuition et la réflexion sur de nouveaux sujets de société qui étaient jusqu’alors les thèmes de prédilection de la droite. Il nous faut désormais aller au-delà. Et, cela ne veut pas dire « droitiser » le parti, au contraire, je crois que l’avenir du PS se joue à gauche. »

Seront-ils vraiment les leviers de cette rénovation bien différente d’une simple affaire générationnelle ? On peut craindre pour eux quelques bandérilles et autres estocades dans ces arènes tumultueuses et on leur souhaite beaucoup de bravoure dans leur combat. Mais sait–on vraiment ce qui se joue derrière ce retour de la bravitude ? S’agit-il vraiment de cette énergie virile, de cette virtù dont nous parlions hier dans notre billet, évoquant Machiavel et le Prince moderne ?

X D

Du pouvoir des idées à l’idée du pouvoir

Créé par le 12 juil 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin, a2-Blog-notes politique de Xavier Dumoulin, a3-Civisme, citoyenneté et militance chez Xavier Dumoulin

L’émission télévisuelle sur France 2  »un jour, un destin » relatait les secrets de famille du président Mitterrand. J’en ai suivi juste les débuts avec beaucoup de désolation face à cette présentation sur un mode un peu exhibitionniste. Mais c’était là, sans doute, la nature même de l’émission.

Le charisme du président,  la fascination qu’il exerça sur ses plus grands rivaux , sa culture et son génie politique forcent toujours l’admiration. Je n’ai jamais été « tontonmaniaque » et plutôt agacé d’entendre autour de moi cette espèce de vénération trop souvent fondée sur une relation malsaine avec le pouvoir. Très jeune, j’ai pourtant souvent vibré en écoutant le grand orateur théoriser sur la rupture avec le capitalisme et le socialisme à la française avant de contester plus tard, en socialiste, quelques orientations majeures de ses deux septennats. 

Imposant d’habileté manoeuvrière dans les congrès socialistes et dans le gestion d’une première cohabitation difficile, le personnage eut des intuitions géniales qu’il ne réalisa que partiellement. L’idée même d’un espace stratégique européen reste d’une grande pertinence. C’est son dévoiement dans une mondialisation débridée qui entame la crédibilité de cette ambition. Libéral, le président Mitterrand sut promouvoir ces contre-pouvoirs qu’il appelait de ses voeux dans l’opposition. Homme de culture, il fut le  mécène de grandes oeuvres. Afficher ce respect n’interdit nullement la part de critiques. La plus dure était toute entière résumée dans cette boutade répandue dans les cercles militants dans la fin du second septennat : « Mitterrand est un type honnête; il nous rend le parti dans l’état où il l’a trouvé ! ».

Si j’avais eu un doute sur la nécessité de « la critique de gauche », Danielle Mitterrand me l’aurait vite enlevée. Elle ne ménagea pas sa peine pour faire part de quelques unes de ses désapprobations jusqu’à irriter au plus haut niveau le Quai d’Orsay tout en rendant grâce au président de sa conduite d’ensemble des affaires du monde. Dans les rencontres annuelles de sa fondation France-Libertés, auxquelles j’ai souvent assisté, il n’y avait aucun tabou à évoquer en toutes libertés tel aspect déplaisant du cours des choses. Venu écouter des historiens de l’institut d’histoire du temps présent,  à la Sorbonne dans un colloque sur le régime de Vichy organisé par la fondation, j’ai même entendu Danielle Mitterrand réagir en aparté sur un mode très vif à propos des développements du regretté René Rémond qui opérait, pensait-elle, de trop subtiles distinctions entre collaborateurs et collaborationnistes… Son courage éprouvé, sa liberté de ton et son ancrage dans les valeurs de la gauche m’inspirent toujours un très grand respect. Tout comme la trajectoire de François Mitterrand s’émancipant d’une pensée de droite pour rejoindre des conceptions socialistes avant de rencontrer les écueils du pouvoir.

Cette trajectoire ne devrait inspirer ni fascination béate, ni rejet outrancier. Elle appelle au contraire à la réflexion sur le pouvoir qui vous prend quand on croit l’avoir pris. Le pouvoir des idées vaut mieux que le pouvoir sans idées qui n’est qu’un pouvoir pour le pouvoir. Mais les idées sans pouvoir sont peu de choses sans une idée du pouvoir, laquelle est toujours à réinventer et à revisiter.

X D

Vu du maquis

Créé par le 22 juin 2007 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin

Tous les noms d’oiseaux font l’affaire pour dénoncer les prétendues turpitudes des rivaux. Dans le bestiaire socialiste, l’écologie ne fournit pourtant aucune clé. Les jeunes lions s’acoquinent aux gazelles qui chassent les éléphants. Ces derniers moquent de leurs défenses les carnivores aux dents longues ! Non ce n’est pas la jungle, et à tout prendre, c’est quand même plus sympa que la langue de bois ! Ces sonores rugissements pourraient bien amuser la galerie s’il n’y avait, en arrière plan, de sérieuses questions de fond et de méthode. Quand nos concitoyens mêlent  réserves et attentes vis à vis d’un pouvoir coriace aux appétits d’ogre,  il y aurait sans doute mieux à faire dans le camp des assiégés. De ma modeste posture de Mohican,  je propose aux tribus indiennes de changer de totem en adoptant « Bison futé ».

X D

1...3334353637

Nouveau regard, nouvelle Ec... |
democratia |
Mers El-Kébir Franc-Tireur |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les emprunts russes
| mouvement de soutien "waaxu...
| HYPERDEMOCRACY