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La social-démocratie n’a pas été vaincue par André GRJEBINE

Créé par le 10 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

La campagne de Ségolène Royal était trop confuse pour se réclamer réellement du modèle scandinave.

QUOTIDIEN : jeudi 10 mai 2007

André GRJEBINE directeur de recherche au Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po.

La social-démocratie est une méthode de gouvernement au service de valeurs sociales. Elle n’a pas été défaite parce qu’elle n’était pas représentée. Obnubilée par une utopie d’inspiration marxisante, la gauche a longtemps été incapable de cerner le réel. Dans un premier temps de sa campagne, Ségolène Royal a donné le sentiment qu’elle entendait sortir enfin la gauche de l’impasse dans laquelle elle se trouvait engluée. Mais un projet cohérent et clairement exprimé pouvait difficilement séduire simultanément les différents courants de son parti, et a fortiori les électorats de l’extrême gauche et de M. Bayrou.

Elle a donc pris le chemin opposé à celui que suivent les sociaux-démocrates scandinaves, faute de comprendre ou d’entériner que les systèmes instaurés dans ces pays ne sont pas fondés sur les bons sentiments, mais qu’ils sont extrêmement exigeants aussi bien pour les salariés que pour les entreprises et l’Etat. Leur réussite repose sur une réforme continue. Les partis de gauche et les syndicats acceptent clairement l’économie de marché, quitte à l’adapter en permanence pour la rendre à la fois plus efficace et plus juste. Les gouvernants comme les partenaires sociaux scandinaves ont conscience que tout système social sécrète immanquablement des abus et des perversions qui risquent de le détruire, s’ils ne sont pas systématiquement contrecarrés. De manière générale, ces réformes sont discutées et élaborées par les partenaires sociaux, avant même d’être soumises, le cas échéant, au vote des députés. Les sociaux-démocrates comme les partis dits «bourgeois» n’hésitent pas à procéder à des réformes profondes, réduisant drastiquement, par exemple en Suède, le nombre de fonctionnaires et menant une politique visant à diminuer la dette publique. En septembre dernier, la coalition qui est parvenue au pouvoir a annoncé et commencé à mettre en oeuvre des réformes importantes, notamment une réduction des allocations chômage, et celle de leur financement public, afin d’ «augmenter la motivation à trouver du travail», alors même que la règle de fortes réductions des indemnités en cas de refus répétés d’un nouvel emploi est depuis longtemps en vigueur. Les syndicats sont clairement hostiles à ces mesures. Néanmoins, si des manifestations importantes ont été organisées, le principal d’entre eux, LO, s’est refusé d’utiliser la grève comme moyen de protestation, son vice-président déclarant qu’ «il faut respecter un gouvernement démocratiquement élu». 

On voit à quel point Mme Royal est loin du modèle scandinave et notamment de la flexisécurité dont elle se réclame, en particulier quand elle stigmatise la règle proposée par Nicolas Sarkozy de sanctionner les chômeurs qui refuseraient plus de deux emplois consécutifs. Des mesures inspirées par la flexisécurité ont déjà été adoptées en France à plusieurs reprises, par exemple avec le Pare mis en oeuvre en 2001, qui prévoyait une obligation de recherche d’emploi pour le chômeur. Chaque fois, ces mesures ont avorté faute de faire aller de pair, en pratique, les avantages concédés (augmentation des indemnités de chômage en particulier) et les règles qui devaient en constituer la contrepartie. Ce ne sont pas les vagues projets d’accompagnement des chômeurs annoncés par Mme Royal qui peuvent compenser l’absence de règles précises. De même, Ségolène Royal a tourné le dos à la logique sociale-démocrate en refusant de se prononcer sur une suppression progressive des régimes spéciaux de retraites ou en s’en tenant à des propos confus sur la dette publique.

Un projet électoral exigeant ne peut être appliqué que s’il a été clairement formulé et si les électeurs ont pu se prononcer en toute connaissance de cause pour ou contre lui. La confusion de sa stratégie présidentielle ne prédispose guère Mme Royal à guider le PS vers la social-démocratie.

Auteur de Norvège : avantages et aléas de la cohésion sociale, Etudes du Ceri, nov. 2006.

Dans un récent article dans Libé, E Aeschimann fait le point sur « Mai 68, retour acide »

Créé par le 10 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

Jusqu’au bout de sa campagne, Nicolas Sarkozy a fait le procès du mouvement. Renvoyant la gauche à ses ambiguïtés, il oublie que ce fut aussi la plus grande grève ouvrière française.

Par Eric AESCHIMANN

QUOTIDIEN Libé: vendredi 4 mai 2007

Scène «début de siècle». Un soir, au lendemain de la victoire du non au référendum sur la constitution européenne, Daniel Cohn-Bendit sort du café des Deux Magots, haut lieu du Tout-Paris, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Il vient de prendre un verre avec un ami sondeur ­ un sondeur en cravate, précision importante, on le verra. Les deux hommes discutent quelques instants sur le trottoir quand un passant reconnaît le député européen et s’approche. Alors, au débotté, comme une colère trop longtemps retenue, commence le procès de 68 et de son héraut le plus fameux. Dany-le-Rouge aurait renié la révolte qui l’a fait star, serait devenu notable du oui, se serait fait le meilleur défenseur du vieux monde qu’il prétendait détruire et, circonstance aggravante, voilà qu’il se promène avec des amis encravatés. Comme si l’habit faisait le révolutionnaire, et la cravate le renégat.

Déjà, en 1985, Guy Hocquenghem avait donné à sa charge contre les soixante-huitards un titre vestimentaire : Lettre de ceux qui sont passés du col Mao au Rotary . Car cela fait des années, maintenant, qu’enfle l’accusation contre les anciens de 68, coupables tantôt d’avoir instillé dans la jeunesse le venin du relâchement des moeurs, tantôt d’avoir trahi les idéaux de Mai. Et, comme si chaque scrutin était l’occasion d’une nouvelle poussée de fièvre, les derniers jours de la campagne pour l’élection présidentielle ont vu Nicolas Sarkozy se livrer à une attaque sans précédent. «Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral , a lancé le candidat de l’UMP dans la salle surchauffée du palais omnisports de Bercy, à Paris. Les héritiers de Mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. [...] Voyez comment le culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation, comment les dérives du capitalisme financier ont été portés par les valeurs de Mai 68.» Sonnés, les ex-soixante-huitards ont eu le sentiment qu’ils étaient en train de devenir les boucs émissaires. «C’est de la haine anti-68», s’indigne Romain Goupil, cinéaste, auteur du film Mourir à trente ans qui racontait, justement, l’héritage de 68 ­ mais son versant tragique.

Mai 68 a eu lieu il y a trente-neuf ans, mais n’appartient toujours pas à l’histoire. De livres en déclarations, d’articles en discussions d’amis, l’ «événement obscur», selon l’expression de Sylvain Lazarus, continue de travailler les Français. Une face inattendue de l’exception nationale puisque, si l’agitation estudiantine traversa alors toute l’Europe, la France est le seul pays où la bataille de l’interprétation des événements connaît un tel regain. En pour ou en contre, en attraction ou en répulsion. A gauche, les mouvements sociaux sont systématiquement comparés à l’étiage de 68, comme si le but était de copier un modèle arrêté pour toujours ; à droite, cultivant la douce fiction d’une domination sans partage de l’idéologie 68, Nicolas Sarkozy a fait de sa dénonciation son cheval de bataille au service d’une droite qui retrouverait enfin la fierté d’être elle-même. Une floraison de livres et d’émissions spéciales est en préparation pour le quarantième anniversaire, qui viendra s’ajouter à une liste déjà très fournie d’ouvrages, dont la publication connaît un pic à chaque célébration décennale : 1978, 1988, 1998. Le sujet s’invite même dans les salles à manger : «L’autre jour, un ami venu dîner à la maison a qualifié mes arguments de « soixante-huitards » et j’ai vu que, d’un coup, tout ce que je pourrai dire n’aurait plus aucune valeur à ses yeux. La discussion était finie», raconte une Italienne vivant à Paris, bien trop jeune pour avoir connu 68.

«Révolution nihiliste» 

L’économiste Henri Guaino, auteur du discours de Bercy et ancien conseiller de Philippe Séguin, ne cache pas sa jubilation. «Ce que nous voulions, c’est mettre des mots sur ce dont tout le monde parle dans cette campagne. Que ce soit Royal, avec son ordre juste, ou Sarkozy, avec sa volonté de revaloriser le travail, on voit bien que tout le monde prône exactement le contraire de 68. Seulement, à cause de sa base militante, la candidate socialiste ne peut pas aller jusqu’au bout. Nous, si. Nous sommes à la fin du cycle 68.» Que l’air du temps ne soit pas à jouir sans entraves n’a échappé à personne. Mais si l’importance que Nicolas Sarkozy accorde au sujet est inédite de la part d’un homme politique, le procès de 68 pour laxisme moral est aussi vieux que l’événement lui-même. Ouvert par Raymond Aron, qui parla de «révolution nihiliste», il s’est déployé dans les années 80, quand Gilles Lipovestky y vit l’acte de naissance de l’individualisme narcissique moderne et Alain Renaud et Luc Ferry ­ qui se retrouve aujourd’hui en soutien actif de Nicolas Sarkozy ­, l’avènement d’un nouvel «antihumanisme». 

Depuis, «tiers-mondisme»,  «pédagogisme»,  «relativisme» ou «jeunisme» sont autant de qualificatifs aux effluves réactionnaires dont la «pensée 68» s’est vue affublée, non sans un air de famille avec les néoconservateurs américains lorsqu’ils accusent le «flower power» étudiant d’avoir plongé l’Amérique dans la décadence. «Le discours de Sarkozy, c’est de la nostalgie pure. Ça revient à dire que c’était mieux avant», résume le sociologue Jean-Pierre Le Goff, ex-mao et auteur de Mai 68. L’Héritage impossible . Posé en ces termes, le débat donne lieu à un rituel bien rodé. Dès que 68 est mis en cause, Daniel Cohn-Bendit et d’autres personnalités connues pour leur engagement dans la révolte étudiante s’empressent de rappeler l’héritage «libéral-libertaire» de 68 : droits des femmes et des homosexuels, liberté sexuelle, décrispation des relations hiérarchiques, ouverture à de nouvelles formes de culture. «Mai 68 a permis de moderniser la France», résume, en général, Daniel Cohn-Bendit. Indice pourtant d’un certain malaise, les mêmes débattent longuement des illusions et des erreurs inhérentes à l’esprit de Mai. Comme si, même pour un procès, on n’était jamais mieux servi que par soi-même.

Trois fois plus de grévistes qu’en 1936 

Nicolas Sarkozy n’invente donc rien. Sauf une chose : dimanche, pour la première fois, il a opéré une synthèse inédite entre la critique «morale» de 68 et une critique plus «sociale», jusqu’alors réservée aux débats internes à la gauche. «Voyez-la, écoutez-la, cette gauche qui, depuis Mai 68, a cessé de parler aux travailleurs, de se sentir concernée par le sort des travailleurs, d’aimer les travailleurs», a-t-il lancé, avant d’enfoncer le clou, mercredi, sur France Inter, affirmant qu’en 68, il n’y avait pas de travailleurs dans les manifestations du Quartier latin. Ce qui est factuellement vrai, mais n’empêche pas que les ouvriers furent des acteurs essentiels du mouvement. Le sociologue Jean-Pierre Le Goff ne peut que saluer l’habileté de la manoeuvre : « Il pointe les faiblesses de 68, il remue le couteau dans la plaie. Il y a eu effectivement une occultation de la classe ouvrière par la gauche à partir des années 70, et encore plus dans les années 80, en partie sous l’influence de 68. Sarkozy joue du ressentiment des classes populaires qui se sont senties méprisées par l’idéologie soixante-huitarde.» 

Il se pourrait que l’enjeu réel de ce débat quelque peu anachronique se trouve dans la question irrésolue du lien entre révolte étudiante et grèves ouvrières. Neuf millions de personnes ont cessé le travail dans toute la France, trois fois plus qu’en 1936 ; avec une hausse du Smic de 35 %, les accords de Grenelle ont marqué durablement le paysage social, comme ne s’est pas privée de le rappeler Ségolène Royal mardi au stade Charléty, en réponse à Nicolas Sarkozy. Et pourtant, cet «autre 68» n’a pas connu dans l’imaginaire français la postérité fastueuse de l’occupation de la Sorbonne par les étudiants. «Mai 68 a été la grève la plus importante de l’histoire du mouvement ouvrier français et l’unique insurrection « générale » qu’aient connue les pays occidentaux depuis la Seconde Guerre mondiale», écrit l’universitaire américaine Kristin Ross, dans un livre qui relate en détail la bataille des interprétations de Mai 68. Ross voit dans la réduction des événements aux seules barricades du Quartier latin une forme de «confiscation» historique et déplore une lecture générationnelle des événements, «une transformation bénigne des moeurs», le simple passage «d’un ordre bourgeois autoritaire à une nouvelle bourgeoisie moderne et économiquement libérale». 

Règlement de compte 

Dès 1978, Régis Debray avait interprété l’histoire de 68 comme une superbe «ruse du capital» , par laquelle des apprentis gauchistes s’étaient retrouvés les agents involontaires de la modernisation du capitalisme entamée au milieu des années 70. Dans le  Nouvel Esprit du capitalisme , Luc Boltanski et Eve Chiapello ont reconstitué le lien qui unit l’accroissement de la flexibilité dans les entreprises à partir des années 80 et l’idéologie libérale-libertaire de 68 ; tournant le dos aux revendications de pouvoir d’achat défendues par la CGT, expliquent-ils, une partie du gauchisme soixante-huitard avait préféré, avec la CFDT, réclamer une plus grande autonomie pour les salariés, dans laquelle ils voyaient le premier pas vers l’autogestion. Enfin, avec le  Destin des générations , Louis Chauvel a dressé le portrait du soixante-huitard en jouisseur égoïste des fruits des Trente Glorieuses. Solidement étayées, souvent pertinentes, ces analyses rencontrent depuis une dizaine d’années un large écho dans certaines franges des jeunes générations ; en témoigne la place que leur accorde le magazine Technikart . Pas sûr, pourtant, que la «critique de gauche» de 68 se montre ravie du renfort inopiné de Nicolas Sarkozy…

Henri Gaino, lui, se frotte les mains. «Ce sont les soixante-huitards qui se sont attaqués au peuple. Il y a eu deux Mai 68 qui ne se sont pas rencontrés.» Le passant du boulevard Saint-Germain avait laissé éclater sa colère contre Daniel Cohn-Bendit. En termes plus polis, Henri Guaino ne cache pas que la cible numéro 1 du discours de Bercy était bien l’eurodéputé. Lui, qui fut aux côtés de Philippe Séguin un adversaire acharné de la monnaie unique, semble poursuivre auprès de Nicolas Sarkozy un interminable règlement de compte avec ceux que Jean-Pierre Chevènement, souverainiste «de gauche» avait appelés, en son temps, «les nouvelles élites mondialisées», en visant, déjà, Daniel Cohn-Bendit.

De quoi remettre à leur juste dimension les propos de Nicolas Sarkozy : celle d’un rappel à l’ordre. «Trop longtemps, on a pensé que résoudre les problèmes économiques et sociaux réglait tout. Ce n’est pas exact. Dans les périodes de troubles, de contestation où même les institutions les plus anciennes hésitent et ne jouent plus leur rôle, l’Etat, seul, sert de rempart à la population contre les conséquences du désordre des esprits.» Ainsi parlait en 1971 Raymond Marcellin, lointain prédécesseur de Nicolas Sarkozy à l’Intérieur. Place Beauvau, les ministres passent, mais la phobie de 68 demeure.

La victoire de Sarkozy, la gauche et nous

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche, Non classé

Michel Sorin nourrit la réflexion sur son blog   http://mrc53.over-blog.com/ avec sa revue de presse. 

« Dans sa chronique, Evariste analyse le scrutin présidentiel, soulignant d’abord le rôle joué par Henri Guaino auprès du candidat de la droite, puis montrant comment celui-ci avait su capter les suffrages de l’électorat populaire en mettant en cause les dérives d’une culture issue du mouvement de mai 1968. Il décrit les responsabilités du PS et de la gauche antilibérale dans le succès de Sarkozy, observant que le mouvement social n’est pas défait et va exercer une grande vigilance. Sa conclusion est plutôt optimiste.

 Ce texte est à lire dans le n° 535, paru ce jour, du journal des amis de ReSPUBLICA Lien permanent vers cet article   »

«  L’élection présidentielle a mis en évidence le besoin de clarifier la stratégie du principal parti de la gauche, créé lors du congrès d’Epinay-sur-Seine en 1971 par François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Mauroy et Gaston Defferre, notamment.

 La dynamique d’Epinay n’existe plus depuis longtemps. Tout a changé en France et dans le monde. Les politiques néo-libérales se sont imposées progressivement dans le monde capitaliste à partir des années 1980 (Thatcher, Reagan) au moment où la gauche accédait enfin au pouvoir le 10 mai 1981. Trop tard ! Le projet économique de la gauche était incompatible avec le néo-libéralisme ambiant et Mitterrand optait en 1983 pour l’Europe et l’alignement sur les forces économiques dominantes.  La mutation du capitalisme continue. La droite gaullienne a fini par céder et s’aligner sur la volonté du MEDEF. Sarkozy est arrivé dans les fourgons des maîtres de la puissance financière. Désormais, comme c’était le cas en Italie avec Berlusconi, l’Etat en France est entre les mains d’un homme politique parvenu au sommet en étant catapulté directement par les grands dirigeants de l’économie capitaliste.

 La démocratie est en question à partir du moment où il n’y a pas de contre-pouvoir. Il est significatif que des organes de presse comme Le Monde, prudemment, et Libération, plus nettement, aient pris position pour Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle. Sans négliger leurs intérêts d’entreprise, j’y vois une volonté de rééquilibrer la démocratie en donnant la parole à la gauche et en l’incitant à se réorganiser efficacement.

Hier, c’était Libération qui présentait un éventail des idées des personnalités du PS et au-delà  pour refonder le PS et la gauche. Aujourd’hui, c’est Le Monde, daté du 9 mai, qui publie une réflexion de Henri Weber, membre du Parlement européen et secrétaire national du PS, proche de Laurent Fabius.  »

Ces articles sont accessibles sur ce blog citoyen.

Communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée Courriel : contact@agaureps.net

Site internet : www.agaureps.net

            L’AGAUREPS-Prométhée prend acte de la victoire de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle. Sans minimiser pour autant cette dernière, incontestable, c’est aussi et surtout l’échec de la gauche dans son ensemble, parti socialiste comme mouvements de gauche antilibérale, qui doit nous interpeller.

            L’AGAUREPS-Prométhée appelle de ses voeux un processus de recomposition de la gauche, aussi bien de ses valeurs et de son projet que de sa stratégie et des alliances à bâtir. La direction est clairement indiquée : c’est par un rassemblement des composantes d’une gauche de transformation responsable que passe la nécessaire reconquête de l’électorat populaire, et non par des tentatives vouées par avance à l’échec de rapprochements incertains et illusoires en direction d’un centre fort éloigné des préoccupations de la gauche.

            Cette entreprise doit commencer dès à  présent, sans tarder. Dans cette optique, les idées républicaines et sociales doivent se trouver au coeur de l’élaboration de cette alternative à la vision libérale portée par le nouveau président de la République. L’AGAUREPS-Prométhée entend y contribuer pleinement à sa manière et se déclare disponible pour cette oeuvre.

Pour l’AGAUREPS-Prométhée,

Le président, François COCQ – Le secrétaire, Mathieu DUMOULIN – Le trésorier Francis DASPE

« Mourir ou changer ». Pour Z Laïdi, c’est en refusant de moderniser son mode de pensée que le PS a couru vers l’échec.

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

Vers une nouvelle gauche ? Le débat dans «Libération» Par Zaki LAIDI

QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 8 mai 2007

Par Zaki Laïdi chercheur au Centre d’études et de recherches internationales.

La défaite de Ségolène Royal est indiscutable. Elle lui incombe donc forcément. L’imprécision de sa ligne stratégique globale et le flou de certaines de ses propositions y ont contribué. Mais à ceux qui voudraient instruire son procès en incompétence nous rappellerons ce fait élémentaire : avec tout le PS derrière lui et une expérience de plus de trente ans, Lionel Jospin n’avait même pas réussi à franchir le premier tour en 2002. Et en 1995, il n’avait guère fait mieux qu’elle aujourd’hui. Il faut donc chercher l’erreur ailleurs. Et cet ailleurs il se trouve dans un PS qui n’a su ni se moderniser avec Lionel Jospin ni après lui et, pis encore, s’engagea dans une spirale régressive après le référendum de 2005. La gauche française, qu’il faudra désormais appeler la «vieille gauche», celle qui, du PS à la LCR en passant par les Verts, vient pour la troisième fois consécutive d’échouer faute d’avoir accepté de se moderniser. Cette gauche qui, de manière pavlovienne, va chercher avant tout à diaboliser le nouveau maître de l’Elysée, dénoncer sa politique antisociale, reprocher à Ségolène Royal de n’avoir pas été «assez à gauche» alors que même l’extrême gauche est en miettes, le tout pour éviter de se remettre en cause.

Mais cette fois ne sera pas comme avant. Car si cette campagne a révélé quelque chose, c’est bien l’impossibilité de penser les enjeux du politique sur le mode idéologique et l’incapacité totale de la vieille gauche à apporter à Ségolène Royal des idées neuves susceptibles de l’aider à reprendre l’avantage.

Certes, cette vieille gauche en a rabattu de ses ambitions à changer le monde ou la vie. Mais, à force de se montrer incapable de proposer un autre chemin, elle en est graduellement revenue à revendiquer le retour au statu quo des Trente Glorieuses, ce temps où les emplois étaient stables et les frontières étanches. Les programmes de toutes les gauches de France sont devenus de purs et simples programmes de restauration justifiés par la nécessité de combattre les dégâts de la société libérale. Or, s’il suffisait mécaniquement de revenir sur les «politiques libérales» de la droite, on ne comprendrait pas pourquoi la gauche serait aujourd’hui aussi faible. On ne comprendrait pas non plus pourquoi, dans tout le reste de l’Europe, aucune coalition politique ne se soit construite sur la base d’une politique antilibérale, mais que a contrario tous les grands partis de gauche se soient convertis à des politiques réformistes, c’est-à-dire plus favorables aux logiques de marché et plus dubitatives quant à l’efficacité de politiques purement redistributives menées par l’Etat.

Cet enkystement remonte au début du XXe siècle et aux conditions dans lesquelles s’est construit le socialisme français, qui n’a aucune culture social-démocrate. Son caporalisme social en témoigne. Mais ce qui est impressionnant, c’est de voir combien l’emprise du marxisme vulgaire, l’identification du raisonnement économique au complot social, la diabolisation de l’adversaire, la vénération de l’Etat, le mépris profond pour les expériences étrangères ont pour ainsi dire pénétré l’ensemble de la gauche française, qui s’est trouvée systématiquement tirée par le bas. La dégénérescence des Verts est de ce point de vue emblématique, surtout quand on compare ­ mais qui oserait le faire ? ­ les Verts français aux Verts allemands.

Certes, pour contrer sur un mode purement défensif le blairisme auquel la gauche européenne finira bien par rendre hommage, la vieille gauche française a cru s’en sortir par une habile référence au modèle scandinave. Mais cette identification formelle à la social-démocratie du Nord a quelque chose d’indécent. Car sur la quasi-totalité des sujets sur lesquels la vieille gauche française se veut intransigeante, les sociaux-démocrates du Nord ont tranché dans un sens généralement opposé. Sur la question du temps de travail, les Scandinaves, après une phase allant dans le sens du partage du temps de travail, ont commencé à effectuer le chemin inverse. L’allongement de la durée des cotisations retraite ne fait non seulement pas débat mais est indexée sur l’espérance de vie. L’idée qu’il puisse exister des régimes spéciaux ou des statuts protecteurs est profondément étrangère à l’égalitarisme scandinave. La responsabilité des administrations, symboliquement converties en agences publiques fortement décentralisée et soumises à une forte culture de l’évaluation, le développement des mécanismes d’incitations destinées à compléter les logiques de redistribution passive, la distinction entre la défense des services publics et celle des statuts des personnels, la priorité donnée à la défense des personnes et non des emplois sont autant de thèmes sur lesquels la vieille gauche française n’a pas de position claire de crainte de s’aliéner des soutiens. Car la gauche française est aujourd’hui une des plus archaïques d’Europe.

Aujourd’hui, elle n’a donc que le choix entre mourir ou changer, même si certains de ses politiques vont, dans un souci évident de survie, tenter d’imaginer, comme après 2002, la renaissance par le statu quo.

Pour autant, si le changement doit avoir lieu, il ne sera pas facile. L’hypothèse d’un «big bang» idéologique peut paraître séduisante. Mais elle risque fort d’être plus spectaculaire qu’effective. Car l’enjeu n’est pas seulement de se dire moderne mais de décliner cette modernité en faisant un travail de fond que le PS n’a jamais effectué. Pour autant, se dire social-démocrate ne saurait suffire dans un parti qui n’a pas cette tradition et dans un contexte où la social-démocratie est en crise. Il est aussi important de montrer et de prouver, notamment au noyau dur de l’électoral de gauche issu largement de la fonction publique, que le changement n’est pas qu’une nécessité inquiétante mais une source d’opportunités. Car tout le problème est là. Il est dans le renversement de perspective, dans le passage du pessimisme social ­ lui-même issu d’un marxisme périmé ­ à une vision plus ouverte et plus optimiste du changement social. La gauche ne peut pas être que le cartel de ceux qui ont peur de perdre leur statut.

Pour cela, il faut que la gauche moderne se saisisse des leviers de commande, congédie les responsables de sa stagnation décennale et commence enfin à travailler pour trouver un nouvel équilibre. Le New Labour a méticuleusement observé les bienfaits et les méfaits du thatchérisme pour se construire. La nouvelle gauche serait bien inspirée d’en faire autant avec le sarkozysme pour pouvoir un jour le détrôner, plutôt que de se lancer dans une diabolisation non seulement futile mais tout simplement mortelle. Dans cette nouvelle donne, Ségolène Royal peut, si elle s’en donne les moyens intellectuels et politiques, faire partie de la solution. Les a-t-elle ?

Coauteur avec Gérard Grunberg de Sortir du pessimisme social. Essai sur l’identité de la gauche , Hachette-Telos, 2007.

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