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Le point de vue de H Weber dans Le Monde : Parti socialiste : quelle refondation ?,

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Débats autour de la refondation de la gauche

LE MONDE |

Nous saurons le 17 juin ce que pèse réellement le nouveau parti de François Bayrou. Tout indique qu’il ne sera pas le parti central, pivot de toutes les recompositions, dont rêve son fondateur, mais bel et bien une force d’appoint. En tout état de cause, si la gauche s’ouvre aux électeurs du centre, ce ne saurait être sur la base du programme économique et social qu’a défendu François Bayrou au cours de l’élection présidentielle.

Reprenant le mot d’Eduard Bernstein (1850-1932, figure de la social-démocratie allemande qui prônait une « révision » du marxisme dans un sens réformiste), beaucoup exhortent le Parti socialiste à « oser enfin paraître ce qu’il est », comme si le PS ne s’assumait pas depuis longtemps comme un parti réformiste, rallié à la démocratie et à l’économie sociale de marché. Oserai-je soutenir que le problème principal du PS n’est malheureusement pas là, et qu’il est autrement plus ardu ? Plus que d’oser « paraître ce qu’il est », le PS doit oser enfin devenir ce qu’il n’est pas : un grand parti socialiste moderne, capable de recueillir par ses propres forces au moins 35 % des suffrages aux élections décisives, comme y parviennent la plupart de ses homologues en Europe. Il n’y a aucune fatalité qui condamne le PS français à osciller autour de 25 % des suffrages. C’est le cas du PSOE espagnol (42,6 %, le 14 mars 2004), du SPD allemand (34,3 %, le 18 septembre 2005), du SPO autrichien (35,7 %, le 1er octobre 2006), du SAP suédois (35,2 %, le 17 septembre 2006), du Parti travailliste norvégien (32,7 % le 12 septembre 2005), du Labour Party britannique (35,2 %, le 5 mai 2005).

Le Parti socialiste fut longtemps et reste encore un « parti d’élus entourés d’aspirants à l’élection », une machine électorale. Ses liens avec les syndicats et les grandes associations populaires sont traditionnellement lâches et se sont distendus encore. Sa capacité à agir sur l’opinion publique est faible, son aptitude à mobiliser et à organiser ses bases sociales est plus faible encore. Sa force principale réside dans son dense réseau d’élus locaux et nationaux.

Longtemps, ce fut le Parti communiste qui assumait les grandes fonctions qui incombent au parti dominant de la gauche dans nos démocraties salariales. La marginalisation irréversible de ce dernier assigne au PS la responsabilité d’occuper tout le champ de la gauche et d’assumer lui-même pleinement les fonctions de lutte idéologique, d’élaboration programmatique, de direction stratégique et d’association des citoyens aux décisions qui les concernent, nécessaires au bon fonctionnement de notre démocratie.

Pour la première fois depuis 1936, la mutation du PS, d’un parti d’élus de 120 000 adhérents à un authentique parti de masse, assumant toutes les grandes fonctions d’un parti réformiste moderne, est possible. Les socialistes sont-ils décidés à fournir l’effort nécessaire pour accomplir ce qui est bien plus qu’une simple rénovation ? Ou bien vont-ils chercher dans une illusoire « alliance au centre » le substitut à ce formidable effort sur eux-mêmes ? Telle est la question, au lendemain de cette défaite du 6 mai. Le PS doit intégrer les dizaines de milliers de nouveaux adhérents venus à lui à l’occasion de l’élection présidentielle et, pour cela, se doter de structures d’accueil efficaces : « sections locales à taille humaine », commissions thématiques, organismes associés. Il doit associer ses adhérents et ses sympathisants à l’élaboration de ses propositions, rajeunir, féminiser, différencier son corps militant. Etablir des liens étroits, à tous les niveaux, avec les syndicats de salariés et les associations progressistes.

Il doit perfectionner et systématiser le recours à l’Internet, pour sa communication, sa formation interne, son action politique et idéologique. Il doit pérenniser la pratique de la démocratie participative, expérimentée sur grande échelle dans la première phase de la campagne présidentielle. Sur le plan idéologique, le Parti socialiste doit assumer pleinement et fièrement son réformisme et mener, mieux qu’il ne l’a fait, la bataille contre « la pensée unique », conservatrice et libérale.

Les batailles politiques se gagnent d’abord dans les têtes, sur le terrain des valeurs et des idées, Nicolas Sarkozy vient d’en faire la démonstration. Le PS doit proposer aux salariés une représentation de la société et de son évolution qui leur permette de comprendre le monde nouveau dans lequel nous sommes entrés et d’y agir. Il doit élaborer des réponses plus convaincantes que celles qu’il a proposées au cours de la campagne présidentielle sur la reconquête du plein-emploi, la réforme des retraites, la préservation de notre système de santé, la maîtrise de la mondialisation…

Sa refondation doit être à la fois idéologique, programmatique et organisationnelle. Principal parti de gauche, le Parti socialiste doit se sentir responsable de l’évolution de toutes ses familles et travailler à les rassembler. Il doit s’efforcer de gagner à sa lutte contre la politique de régression sociale de Nicolas Sarkozy les démocrates sociaux qui se reconnaissent dans le « centre ». Mais sur une plate-forme politique compatible avec son projet de société solidaire et d’approfondissement de notre démocratie. Mieux il réussira sa propre mutation, mieux il parviendra à rassembler toutes les forces de progrès.

Henri Weber, député européen, est secrétaire national du Parti socialiste.

 

Présentation du livre d’Eric Dupin

Créé par le 08 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Non classé

En librairie depuis le 17 janvier 2007: « A droite toute » donne des clefs intéressantes pour comprendre la situation politique au lendemain de ce second tour. Le constat d’une droitisation du pays et de l’Europe est pertinent. Il est étayé par une approche du néolibéralisme et de ses processus économiques, politiques, sociaux et idéologiques. La critique de la gauche européenne devrait nous interroger quand certains, à gauche, prêchent un nouvel aggiornamento. Néanmoins sa thèse sur la posture de Ségolène Royal nous paraît critiquable et, peut être, en contre-sens. Ce livre est à recommander en ce qu’il alimente une réflexion bien actuelle.

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Quatrième de couverture et extraits de l’introduction

Et si la France de 2007 était à droite comme rarement dans son histoire ? Le sens de l’histoire s’est retourné. La droite ne se bat plus dos au mur face à un progressisme conquérant. Portée par le dogme libéral et la vague de la mondialisation, elle cherche à remodeler la société. Nicolas Sarkozy incarne cette nouvelle droite française, post-nationale et débarrassée de ses anciens complexes. La force du candidat de l’UMP est de se situer au croisement des trois traditions de la droite distinguées par l’historien René Rémond. Sarkozy est « orléaniste » par ses convictions libérales, « bonapartiste » par son autoritarisme et « réactionnaire » dans son approche de la société. Ce livre analyse les différentes facettes de cette mutation de la droite française en la comparant aux évolutions internationales. Aux Etats-Unis comme en France, les conservateurs réussissent à séduire une large partie des couches populaires en exploitant le besoin d’autorité stimulé par l’instabilité économique. L’acceptation des inégalités sociales, compensée par un discours hypocrite sur le mérite individuel, traverse l’ensemble du monde occidental. L’idéologie de droite s’appuie encore sur l’hyper-individualisme contemporain. Elle impressionne jusqu’à ses adversaires historiques. La percée de Ségolène Royal s’inscrit dans le mouvement de droitisation des gauches dans les pays riches et vieillissants.

Une mutation historique

Une victoire de Sarkozy, puis de l’UMP, en 2007 marquerait sans doute une étape historique majeure. Pour la première fois, une droite d’inspiration clairement libérale aurait devant elle cinq années pour appliquer son programme. Elle ne s’en priverait certainement pas, profitant d’un contexte porteur. Car son projet s’inscrit dans des évolutions sociologiques et idéologiques des sociétés occidentales favorables à ses valeurs. Ce livre entend pointer certains éléments de cette droitisation qui n’épargne pas la France.

Nous commencerons par resituer les mutations de la droite française dans son contexte historique. Celle-ci revient de loin. Portant le péché originel de son opposition à la Révolution, le camp conservateur a longtemps été victime d’un complexe d’infériorité. La droite était honteuse et se laissait facilement culpabiliser par la gauche. Tout cela a changé dans les dernières décennies. La droite s’est progressivement affirmée par elle-même. Se dépouillant de l’héritage gaulliste, elle est insensiblement passée sous hégémonie libérale. Jacques Chirac a joué un rôle dans cette conversion, mais c’est Nicolas Sarkozy qui l’a porté jusqu’au bout. On verra que le candidat de l’UMP a réussi à être le fédérateur de son camp en synthétisant les héritages des trois droites françaises (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) distinguées par l’historien René Rémond.

On mettra aussi ces évolutions en relations avec les nouveaux équilibres idéologiques d’un monde occidental entraîné par la révolution néolibérale. Le discours sarkozien s’éclaire à la lumière des expériences de la droite américaine. Le candidat de l’UMP s’en inspire lorsqu’il mêle libéralisme économique et autoritarisme sociétal ou encore dans sa manière de se saisir de la question religieuse. Des deux côtés de l’Atlantique, les droites ont entrepris une reconquête des couches populaires aux prises avec de multiples insécurités. Elles marquent des points dans les milieux intellectuels où la pensée de gauche est en crise profonde. Le conservatisme profite aussi du pessimisme qui considère comme naturelles les inégalités sociales. On s’interrogera aussi sur l’inversion du rapport à la nation d’une droite française essentiellement convertie aux thèses mondialistes.

La droitisation des pays riches balaie enfin la totalité du spectre politique. Nombre d’idées de droite ont pénétré ses adversaires historiques. Les gauches occidentales sont engagée depuis plusieurs années dans un recentrage spectaculaire. C’est désormais la gauche, et non la droite, qui n’a plus confiance en elle-même. S’inscrivant dans le cadre mental du camp opposé, elle peine à marier ses anciennes valeurs avec des choix politiques contraints. Le PS n’est pas imperméable à ces évolutions, comme en témoigne l’investiture de Ségolène Royal. Dans sa tentative de reconquête des couches populaires, celle-ci a multiplié les clins d’œil à droite. Il est vrai que la France ne s’est toujours pas remise du traumatisme du 21 avril 2002. L’extrême droite continue à focaliser l’attention de l’ensemble des forces politiques. C’est une France à droite comme rarement qui risque de sortir des urnes au printemps 2007.

 

Eric Dupin est journaliste. Ancien éditorialiste à Libération, il a collaboré à de nombreux titres de la presse française. Auteur de plusieurs essais, il enseigne l’analyse des médias à l’Institut d’études politiques de Paris et publie un blog (http://ericdupin.blogs.com).

« Etroit Sarkozy » par Eric Dupin

Créé par le 08 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle

Sur son blog, Eric Dupin, journaliste politique talentueux qui a su anticiper dans de remarquables réflexions le paysage idéologique de la France du deuxième tour, livre son analyse du vote du 6 mai. http://ericdupin.blogs.com/  Dans les analyses livrées sur son blog, nous ne partageons pas du tout sa sévérité excessive à l’égard de la campagne de Ségolène Royal. En revanche nous apprécions et recommandons nombre de ses pertinentes analyses développées dans son dernier ouvrage « A droite toute », Fayard, 239 p, janvier 2007.

La droite a remporté une victoire franche le 6 mai 2007, mais elle n’a pas envahi le territoire de la gauche. Les 46,9% des suffrages exprimés recueillis par Ségolène Royal témoignent de la résistance d’un camp qui s’est senti menacé par la dynamique électorale de Nicolas Sarkozy. C’est un vote identitaire et défensif qui a permis à la candidate de gauche d’échapper à une défaite trop cuisante.
    Alors que 63% des électeurs de Sarkozy ont voulu manifester dimanche leur « adhésion à ce candidat », ce n’est le cas que pour 47% de ceux qui ont choisi Royal. La motivation du « refus de l’autre candidat » (50%) l’emporte dans l’électorat de cette dernière. Les employés et surtout les ouvriers, qui ont majoritairement voté à gauche, sont les catégories sociales qui ont le plus fréquemment émis un vote de refus et non d’adhésion.
    Les reports de voix montrent que la polarisation droite-gauche a pleinement fonctionné dimanche. La traditionnelle échelle d’auto-positionnement droite-gauche garde toute sa pertinence : 91% des électeurs qui se situent « au centre gauche » ont voté Royal tandis que 92% de ceux qui se placent « au centre droit » choisissaient Sarkozy. C’est ainsi que l’électorat de François Bayrou s’est divisé en deux parties égales. Les uns ont rejoint la gauche et les autres la droite, chacun tombant du côté où il penchait. Le centre n’apparaît alors que comme un lieu instable soumis en dernière analyse à la bipolarisation.
    Les extrêmes ne se sont pas plus évadés de la dialectique droite-gauche, n’en déplaise à Jean-Marie Pen. Dans une proportion équivalente de l’ordre des deux tiers, la grande majorité des électeurs d’extrême droite et d’extrême gauche a conforté le candidat de son camp.
    Les frontières traditionnelles se retrouvent dans l’analyse sociologique du vote. En dépit de ses efforts pour conquérir l’électorat populaire, particulièrement courtisé au cours de cette compétition présidentielle, Sarkozy n’a guère réussi à déborder du territoire classique de la droite. Le profil sociologique du vote en sa faveur est même nettement plus étroit que celui de Jacques Chirac en 1995. L’homme de la « fracture sociale » avait alors séduit une majorité de jeunes électeurs. Son successeur, pour sa part, ne devient majoritaire qu’à partir de 50 ans. Avec seulement 40% des suffrages des 18-24 ans, Sarkozy obtient quinze points de moins que Chirac dans cette tranche d’âge. Le candidat de l’UMP renforce, à l’inverse, ses positions chez les électeurs les plus âgés pour culminer à 64% chez les plus 65 ans. On note que les électeurs de plus de 50 ans constituent 52% de son électorat contre seulement 37% de celui de Royal.
    Sarkozy n’est majoritaire que chez les retraités et inactifs (58%) ainsi que dans la catégorie traditionnellement très marquée à droite des artisans, commerçants et chefs d’entreprises (82%). Royal domine dans l’ensemble des catégories salariées, des cadres aux ouvriers même si l’on remarque que la sous-catégorie des salariés du secteur privé à majoritairement voté à droite. Il n’empêche que Sarkozy a perdu du terrain, toujours par rapport à Chirac, chez les employés et les ouvriers où la gauche a respectivement recueilli 57% et 59% des suffrages. Royal est parvenue à garder le soutien des milieux populaires qui avaient massivement voté à gauche lors des régionales et des européennes de 2004.
    Le candidat de l’UMP a néanmoins marqué des points dans une fraction de cet électorat populaire. La droite progresse par rapport à 1995 parmi les électeurs du niveau d’éducation le plus modeste. On remarque aussi que Sarkozy, s’il obtient son meilleur score dans la tranche des plus hauts revenus, a été majoritaire parmi les Français aux ressources les plus limitées.
    Géographiquement, les territoires de chaque camp sont également respectés. Les zones de forces de Sarkozy ressemblent à celles de Chirac d’il y a douze ans, à l’exception des départements proches de la Corrèze où se situait le fief du président sortant. Le candidat de l’UMP obtient cependant des scores plus élevés que son prédécesseur dans le Nord-Est de la France où Le Pen avait enregistré ses meilleurs résultats le 22 avril. Ce sont généralement dans les départements où le FN reste le plus influent que Sarkozy progresse le plus d’un tour à l’autre.
    La carte du vote Royal de second tour trahit également l’influence des reports de voix. La candidate du PS a progressé à la fois dans les départements où la « gauche non socialiste » avait été la plus présente, comme l’Allier ou le Cher, mais aussi dans les zones de forces de Bayrou comme l’Ouest breton.
    Les événements des derniers jours de la campagne ont pesé sur le résultat final sans qu’ils aient profondément bousculé les rapports de forces. Le fameux débat du 2 mai semble avoir avantagé Sarkozy mais dans des proportions relativement équilibrées: il est cité comme un événement qui a compté dans le vote de 38% des électeurs de Sarkozy et dans 31% de ceux de Royal. De même, 15% de ceux qui ont voté pour le candidat de droite disent avoir fait leur choix « après le débat entre les deux candidats » contre 12% de ceux qui se sont prononcés en faveur de la candidate de gauche.
    Si Sarkozy a réussi à créer une dynamique d’adhésion en sa faveur, une hostilité personnelle à son endroit a limité l’ampleur de son succès. Les électeurs de Royal qui ont d’abord voté pour s’opposer à lui ne citent son « programme » qu’en troisième raison après « certains propos qu’il a tenus » et « sa personnalité ». La stratégie du « tout sauf Sarkozy » était insuffisante pour assurer la victoire de la gauche mais le nouveau président de la République devra tenir compte des réticences d’une partie importante de la population envers lui. Son élection ne suscite d’ailleurs pas un large enthousiasme dans l’opinion : seulement 50% des électeurs se disent « satisfaits » de sa victoire contre 41% de « mécontents ».
    Les limites du succès de Sarkozy se lisent encore au travers de son pourcentage par rapport aux votants. Les bulletins blancs et nuls ont représenté 4,2% des votants (soit à peu près autant qu’en 2002 et 1995). Le candidat victorieux a recueilli 50,8% des suffrages des électeurs qui se sont rendus aux urnes dimanche. C’est toutefois mieux que Chirac qui avait été élu, en 1995, sans obtenir la majorité absolue des votants…

Article publié dans Le Figaro du 8 mai 2007.

Jean-Pierre Chevènement souhaite voir naître un grand parti qui récupère les valeurs républicaines : «La gauche doit savoir où elle habite»

Créé par le 08 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Blog du Che, Débats autour de la refondation de la gauche, Le Che, Projet politique

Présidentielle La bataille à gauche Jean-Pierre Chevènement souhaite voir naître un grand parti qui récupère les valeurs républicaines :

«La gauche doit savoir où elle habite»

Par Renaud DELY

QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 8 mai 2007

      

Pilier de la campagne de Royal, Jean-Pierre Chevènement plaide pur un nouveau «grand parti de gauche rassembleur» qui n’exclue pas de nouer des alliances au centre.

Cette défaite, c’est la faute de la candidate, de la stratégie, du projet ? 

Très clairement, ce n’est pas de la faute de la candidate, qui a donné le meilleur d’elle-même. C’est le résultat de l’état relatif de la gauche et de la droite. Nicolas Sarkozy a su, depuis des années, détourner un certain nombre de valeurs républicaines : le travail ­ c’est un comble ! ­ l’effort, le mérite, la nation même, valeurs que la gauche n’aurait jamais dû laisser choir. Notre candidate a cherché à les récupérer. Elle a insisté sur l’indissociabilité des droits et des devoirs, le «gagnant-gagnant», le refus de l’assistanat. Mais elle ne pouvait, à elle seule, pallier en peu de mois l’insuffisance d’une réflexion et d’une action collectives.

Une panne qui remonte au désastre du 21 avril 2002 ? 

Bien avant. Depuis la fin des années 80, le PS n’a pris aucune distance avec son tournant social-libéral. Il ne l’a ni critiqué, ni assumé. Il n’a pas fait sa conversion républicaine, il a fait, sans le dire, sa conversion libérale. Les socialistes auraient pu prendre le temps de trier le bon grain de l’ivraie. Mais, sous François Mitterrand, c’était le règne des «Commandements de Dieu». Puis vint l’époque d’un «droit d’inventaire» qui, de fait, n’a jamais été exercé. Enfin, depuis le 21 avril 2002, la gauche s’est tétanisée. Il n’y a pas eu de critique réfléchie des années 1997- 2002. Cette période est devenue taboue. Ségolène Royal a été amenée à faire des avancées qui étaient plutôt des échappés belles mais solitaires, sur des questions comme la République, la nation, dont on ne parlait plus beaucoup à gauche depuis longtemps, la sécurité ou l’Education.

Avec «l’ordre juste», ou l’autorité, certains reprochent à Royal de s’être placée sur le terrain de l’adversaire… 

C’est une erreur fondamentale. Historiquement, ce sont des valeurs républicaines. Mai 68 a été un moment de l’Histoire mais il serait absurde de lui opposer Jules Ferry. Moi-même, j’ai souhaité que l’école de la République relève les défis de la modernité dès que je suis devenu ministre de l’Education en 1984. L’habileté de Sarkozy a été d’enfermer la gauche dans cette caricature de laxisme et d’esprit soixante-huitard. La gauche n’avait pourtant aucune raison de se laisser ainsi «encager». Sarkozy a exploité abusivement les incidents de la gare du Nord en rejetant Ségolène Royal du côté des délinquants. Sarkozy a amalgamé dans une sorte d’enclos les immigrés, les «assistés» et les délinquants, en dressant contre eux la masse des «honnêtes gens», comme on disait au XIXe siècle. C’est la technique classique du bonapartisme : «Que les méchants tremblent et que les bons se rassurent !» 

Alors, sur quelles bases refonder la gauche ? 

Il faut que la gauche récupère la République, dont les valeurs sont aussi le travail, la liberté, la laïcité, le refus des communautarismes, le patriotisme, etc. Elle doit se réapproprier le regard républicain, qui s’oppose au regard ethnique et voit dans l’autre ses qualités avant de voir s’il a le cheveu crépu ou la tignasse blonde. Il est nécessaire de trouver ces «points justes» qui permettront à la gauche de reconquérir une hégémonie culturelle.

Redoutez-vous que les dirigeants du PS veuillent «rénover» la gauche en s’inspirant de Tony Blair ? 

Sur beaucoup de choses, Tony Blair n’a pas eu tout faux, par exemple sur les services publics. Et je l’ai moi aussi souvent cité : «Dur avec le crime, dur avec les causes du crime.» Mais on ne peut pas importer en France le modèle britannique. Depuis deux siècles, le modèle français, c’est le modèle républicain. La gauche doit se doter d’un projet ouvert à ceux qui se disent sociaux-démocrates, communistes, radicaux, démocrates, chrétiens progressistes et, bien sûr, aux républicains de tradition socialiste, qui sont beaucoup plus nombreux que les adhérents du MRC.

Vous souhaitez un nouvel Epinay ? 

A terme, oui. Le cycle inauguré en 1971 s’est achevé. Il n’y a plus de bipolarité du monde. L’influence du PCF est résiduelle. Cela ne veut pas dire qu’il faille plier devant la globalisation, la dictature de l’actionnariat, le capitalisme financier sans frontières. Il faut comprendre le monde pour le transformer. La gauche française manquerait à sa vocation si elle n’était que gestionnaire. Il faut trouver le centre de gravité d’un grand parti de gauche, rassembleur, qui renoue avec un débat d’idées qui nous a beaucoup manqué depuis une vingtaine d’années.

Ce parti pourrait-il se tourner vers le centre ? 

Il ne doit exclure aucune stratégie d’alliances, mais les alliances ne viennent qu’après. Avant de pratiquer l’ouverture, il faut savoir où l’on habite, sinon l’on n’est qu’un camp volant. Je suis contre une gauche sans domicile fixe. Bâtir un nouveau parti réformiste ? Pourquoi pas. Mais avec une grille de lecture du monde et la volonté de le changer.

Quel rôle doit jouer Royal ? 

Elle a un rôle évident. On ne rassemble pas impunément 17 millions d’électeurs. Mais je crois à la force de l’élaboration collective.

Vous souhaitez des états généraux de la gauche ? 

Pourquoi pas ? Mais il faut que ce genre de rendez-vous soit bien préparé. Quelle perspective pour la France dans la mondialisation ? Telle est la question à laquelle la gauche doit répondre. Il y a dans la société française un bouillonnement qu’il faut savoir capter. Nous avons su le faire, sur un projet, lors du congrès d’Epinay. Il faut le refaire. Pour ma part, j’y consacrerai mes efforts.

On peut être fiers …

Créé par le 02 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Battre campagne, Contre le candidat du capitalisme mondialisé, Economie, Education, Projet politique, Ségolène Royal

….de la manière avec laquelle Ségolène Royal a démontré aux yeux de tous, sa compétence et sa maîtrise des sujets fondamentaux qui vont structurer notre quotidien. Clarté, technicité, valeurs éducatives et de justice, d’égalité et d’efficacité économique, rôle de l’école et traitement humain des problèmes, Ségolène Royal n’a rien cédé, rien perdu et a gagné le combat des idées face aux slogans simplistes et maintes fois entendus depuis 3 mois. Sa vision des choses nous autorise tous les espoirs …..

Elle n’a rien perdu ce soir et a gagné le respect, l’estime et certainement la confiance de ceux qui encore hésitent.

Une femme d’Etat s’est affirmée ……

Eric FRICOT 

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