Bilan de la campagne présidentielle

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Communiqué de l’AGAUREPS-Prométhée

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

ASSOCIATION POUR LA GAUCHE REPUBLICAINE ET SOCIALE– Prométhée Courriel : contact@agaureps.net

Site internet : www.agaureps.net

            L’AGAUREPS-Prométhée prend acte de la victoire de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle. Sans minimiser pour autant cette dernière, incontestable, c’est aussi et surtout l’échec de la gauche dans son ensemble, parti socialiste comme mouvements de gauche antilibérale, qui doit nous interpeller.

            L’AGAUREPS-Prométhée appelle de ses voeux un processus de recomposition de la gauche, aussi bien de ses valeurs et de son projet que de sa stratégie et des alliances à bâtir. La direction est clairement indiquée : c’est par un rassemblement des composantes d’une gauche de transformation responsable que passe la nécessaire reconquête de l’électorat populaire, et non par des tentatives vouées par avance à l’échec de rapprochements incertains et illusoires en direction d’un centre fort éloigné des préoccupations de la gauche.

            Cette entreprise doit commencer dès à  présent, sans tarder. Dans cette optique, les idées républicaines et sociales doivent se trouver au coeur de l’élaboration de cette alternative à la vision libérale portée par le nouveau président de la République. L’AGAUREPS-Prométhée entend y contribuer pleinement à sa manière et se déclare disponible pour cette oeuvre.

Pour l’AGAUREPS-Prométhée,

Le président, François COCQ – Le secrétaire, Mathieu DUMOULIN – Le trésorier Francis DASPE

« Mourir ou changer ». Pour Z Laïdi, c’est en refusant de moderniser son mode de pensée que le PS a couru vers l’échec.

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

Vers une nouvelle gauche ? Le débat dans «Libération» Par Zaki LAIDI

QUOTIDIEN LIBERATION : mardi 8 mai 2007

Par Zaki Laïdi chercheur au Centre d’études et de recherches internationales.

La défaite de Ségolène Royal est indiscutable. Elle lui incombe donc forcément. L’imprécision de sa ligne stratégique globale et le flou de certaines de ses propositions y ont contribué. Mais à ceux qui voudraient instruire son procès en incompétence nous rappellerons ce fait élémentaire : avec tout le PS derrière lui et une expérience de plus de trente ans, Lionel Jospin n’avait même pas réussi à franchir le premier tour en 2002. Et en 1995, il n’avait guère fait mieux qu’elle aujourd’hui. Il faut donc chercher l’erreur ailleurs. Et cet ailleurs il se trouve dans un PS qui n’a su ni se moderniser avec Lionel Jospin ni après lui et, pis encore, s’engagea dans une spirale régressive après le référendum de 2005. La gauche française, qu’il faudra désormais appeler la «vieille gauche», celle qui, du PS à la LCR en passant par les Verts, vient pour la troisième fois consécutive d’échouer faute d’avoir accepté de se moderniser. Cette gauche qui, de manière pavlovienne, va chercher avant tout à diaboliser le nouveau maître de l’Elysée, dénoncer sa politique antisociale, reprocher à Ségolène Royal de n’avoir pas été «assez à gauche» alors que même l’extrême gauche est en miettes, le tout pour éviter de se remettre en cause.

Mais cette fois ne sera pas comme avant. Car si cette campagne a révélé quelque chose, c’est bien l’impossibilité de penser les enjeux du politique sur le mode idéologique et l’incapacité totale de la vieille gauche à apporter à Ségolène Royal des idées neuves susceptibles de l’aider à reprendre l’avantage.

Certes, cette vieille gauche en a rabattu de ses ambitions à changer le monde ou la vie. Mais, à force de se montrer incapable de proposer un autre chemin, elle en est graduellement revenue à revendiquer le retour au statu quo des Trente Glorieuses, ce temps où les emplois étaient stables et les frontières étanches. Les programmes de toutes les gauches de France sont devenus de purs et simples programmes de restauration justifiés par la nécessité de combattre les dégâts de la société libérale. Or, s’il suffisait mécaniquement de revenir sur les «politiques libérales» de la droite, on ne comprendrait pas pourquoi la gauche serait aujourd’hui aussi faible. On ne comprendrait pas non plus pourquoi, dans tout le reste de l’Europe, aucune coalition politique ne se soit construite sur la base d’une politique antilibérale, mais que a contrario tous les grands partis de gauche se soient convertis à des politiques réformistes, c’est-à-dire plus favorables aux logiques de marché et plus dubitatives quant à l’efficacité de politiques purement redistributives menées par l’Etat.

Cet enkystement remonte au début du XXe siècle et aux conditions dans lesquelles s’est construit le socialisme français, qui n’a aucune culture social-démocrate. Son caporalisme social en témoigne. Mais ce qui est impressionnant, c’est de voir combien l’emprise du marxisme vulgaire, l’identification du raisonnement économique au complot social, la diabolisation de l’adversaire, la vénération de l’Etat, le mépris profond pour les expériences étrangères ont pour ainsi dire pénétré l’ensemble de la gauche française, qui s’est trouvée systématiquement tirée par le bas. La dégénérescence des Verts est de ce point de vue emblématique, surtout quand on compare ­ mais qui oserait le faire ? ­ les Verts français aux Verts allemands.

Certes, pour contrer sur un mode purement défensif le blairisme auquel la gauche européenne finira bien par rendre hommage, la vieille gauche française a cru s’en sortir par une habile référence au modèle scandinave. Mais cette identification formelle à la social-démocratie du Nord a quelque chose d’indécent. Car sur la quasi-totalité des sujets sur lesquels la vieille gauche française se veut intransigeante, les sociaux-démocrates du Nord ont tranché dans un sens généralement opposé. Sur la question du temps de travail, les Scandinaves, après une phase allant dans le sens du partage du temps de travail, ont commencé à effectuer le chemin inverse. L’allongement de la durée des cotisations retraite ne fait non seulement pas débat mais est indexée sur l’espérance de vie. L’idée qu’il puisse exister des régimes spéciaux ou des statuts protecteurs est profondément étrangère à l’égalitarisme scandinave. La responsabilité des administrations, symboliquement converties en agences publiques fortement décentralisée et soumises à une forte culture de l’évaluation, le développement des mécanismes d’incitations destinées à compléter les logiques de redistribution passive, la distinction entre la défense des services publics et celle des statuts des personnels, la priorité donnée à la défense des personnes et non des emplois sont autant de thèmes sur lesquels la vieille gauche française n’a pas de position claire de crainte de s’aliéner des soutiens. Car la gauche française est aujourd’hui une des plus archaïques d’Europe.

Aujourd’hui, elle n’a donc que le choix entre mourir ou changer, même si certains de ses politiques vont, dans un souci évident de survie, tenter d’imaginer, comme après 2002, la renaissance par le statu quo.

Pour autant, si le changement doit avoir lieu, il ne sera pas facile. L’hypothèse d’un «big bang» idéologique peut paraître séduisante. Mais elle risque fort d’être plus spectaculaire qu’effective. Car l’enjeu n’est pas seulement de se dire moderne mais de décliner cette modernité en faisant un travail de fond que le PS n’a jamais effectué. Pour autant, se dire social-démocrate ne saurait suffire dans un parti qui n’a pas cette tradition et dans un contexte où la social-démocratie est en crise. Il est aussi important de montrer et de prouver, notamment au noyau dur de l’électoral de gauche issu largement de la fonction publique, que le changement n’est pas qu’une nécessité inquiétante mais une source d’opportunités. Car tout le problème est là. Il est dans le renversement de perspective, dans le passage du pessimisme social ­ lui-même issu d’un marxisme périmé ­ à une vision plus ouverte et plus optimiste du changement social. La gauche ne peut pas être que le cartel de ceux qui ont peur de perdre leur statut.

Pour cela, il faut que la gauche moderne se saisisse des leviers de commande, congédie les responsables de sa stagnation décennale et commence enfin à travailler pour trouver un nouvel équilibre. Le New Labour a méticuleusement observé les bienfaits et les méfaits du thatchérisme pour se construire. La nouvelle gauche serait bien inspirée d’en faire autant avec le sarkozysme pour pouvoir un jour le détrôner, plutôt que de se lancer dans une diabolisation non seulement futile mais tout simplement mortelle. Dans cette nouvelle donne, Ségolène Royal peut, si elle s’en donne les moyens intellectuels et politiques, faire partie de la solution. Les a-t-elle ?

Coauteur avec Gérard Grunberg de Sortir du pessimisme social. Essai sur l’identité de la gauche , Hachette-Telos, 2007.

Le complexe de Janus par M Onfray : le discours schizophrénique du Parti socialiste lui fait perdre du sens et… l’élection.

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Vers une nouvelle gauche ? le débat dans «Libération»

Par Michel ONFRAY

QUOTIDIEN LIBRATION : mercredi 9 mai 2007

Michel Onfray philosophe.

Le Parti socialiste souffre du complexe de Janus, le dieu romain aux deux visages, un mal contracté il y a un quart de siècle au contact de François Mitterrand, qui fut, dans sa vie privée comme dans sa vie publique et politique, l’homme à double face : vichyste et résistant, décoré de la francisque et dévot du tombeau de Jaurès, mari de Danièle et père de Mazarine, militant de la rupture avec le capitalisme et président entiché de Bernard Tapie, amateur des romans de Chardonne le collaborationniste et promoteur des colonnes de Buren, leader laïc socialiste et sauveur de l’école confessionnelle, etc.

Depuis la conversion du militant de gauche en président de la République rattrapé par la rudesse de l’économie de marché en 1983, le Parti socialiste effectue le grand écart entre un «verbe de gauche»  qui l’oppose à la droite et une «geste libérale»  très proche de celle des adversaires déclarés… Pour les besoins de la cause, on entretient l’illusion d’une bipartition factice entre droite et gauche quand la réelle ligne de partage se trace entre libéraux et antilibéraux, un trait qui coupe en deux la droite et la gauche.

Ainsi, le changement qu’on nous propose depuis la fin politique de Mitterrand, douze ans donc, entre Chirac et Jospin deux fois, Sarkozy et Royal une fois, met en présence deux modalités assez semblables de la gestion libérale du capitalisme européen. Sur l’essentiel, pas de grosses différences, la séparation s’effectue sur le style, le symbolique et la pensée magique qui affirme de gauche un parti qui le dit, mais le montre peu. Cette schizophrénie fatigue le peuple de gauche et réjouit les libéraux de tout poil, autrement dit elle blesse et désespère les plus exposés à la brutalité libérale et ravit les élites. Ce mal socialiste travaille le PS avec une aile droite ­ DSK, Fabius avant 2002 ­ et une aile gauche ­ Emmanuelli, Fabius après 2002… Le parti parle avec la voix d’un François Hollande qui a le «Verbe de gauche», mais à chaque fois légitime la «geste libérale» ­ de droite donc. Ainsi avec Jospin, grand privatiseur devant Blum, qui a tourné l’arme vers sa tempe présidentielle en affirmant : «Mon programme n’est pas socialiste.» Cet homme fut le symptôme trop visible de ce mal socialiste que, pour cette raison, les électeurs ont écarté du second tour.

Le même complexe de Janus a travaillé le parti lors du choix de la candidature avec une cristallisation sur trois noms : DSK, qui veut réconcilier la «parole de gauche» et la «geste libérale » au profit d’une franche social-démocratie : parole libérale, geste libérale, donc politique de droite ; Fabius nouvelle manière, qui souhaite résoudre la fracture ontologique du parti au profit de l’aile gauche, un projet dans lequel il est le moins crédible des hommes, tout son passé politique témoignant de son rôle majeur dans le creusement de ce sillon schizophrénique pendant plus de vingt ans ; et Ségolène Royal, qui se proposait d’amplifier la fracture, de creuser encore l’abîme et d’être à la fois la «parole» et la «geste de gauche» avec Chevènement à ses côtés, et en même temps et la «parole de gauche» et la «geste libérale» avec Cohn-Bendit en héros, aux côtés des Kouchner, Rocard et autres vieux briscards de la gauche de droite.

Cette schizophrénie affichée de Ségolène Royal a donc donné, pendant le seul premier tour, un éloge de la Marseillaise, du drapeau tricolore, de l’ordre juste, de la maison de correction comme traitement des questions sociales, de la trilogie Travail, Famille, Patrie pour séduire les tenants de Chevènement et, simultanément, un éloge de Blair, un désir affiché de supprimer la carte scolaire, une panoplie faite pour séduire les bobos ­ féminitude, écologitude, modernitude, centritude… ­ pour disposer dans son escarcelle des dévots de Cohn-Bendit.

Et puis, entre les deux tours, il y eut par pur opportunisme politique, et au vu de l’arithmétique du premier tour, un véritable ralliement de Ségolène Royal à François Bayrou, homme de droite s’il en est un depuis trente ans, mais qui, par tactique électorale et personnelle, avait joué la carte du ni droite ni gauche : proposition de partager son temps de parole avec lui, médiatisation d’une réconciliation faite sur le seul programme «Tout sauf Sarkozy», annonce qu’il pourrait être son Premier ministre, qu’elle envisageait de gouverner avec le centre et même de nommer des ministres UDF… Vérités cyniques, mais fautes politiques majeures pour un véritable électeur de gauche.

Ce ralliement fut un coup de couteau dans le dos de ceux qui portent la parole de gauche et se réclament de sa geste, au PS comme ailleurs dans toute la gauche, y compris antilibérale. Dès lors, aux abois, le PS, par la seule voix de Royal, annonçait une nécessaire refondation, mais avec le centre et la droite. La gauche du PS et la gauche de gauche, ne pesant rien électoralement, étaient ainsi purement et simplement jetées aux poubelles de l’histoire. Royal paya sa dette dans la monnaie symbolique du «verbe de gauche» en meeting ­ merci Arlette, merci Olivier, merci Dominique, etc. ­, offrit des missions ­ à Bové par exemple ­ et tourna le dos aux électeurs de ceux-là en croyant que flatter dans le sens du poil les leaders de ces courants suffirait pour se mettre dans la poche la voix de leurs électeurs… Puis elle avoue sans fausse honte son ralliement à la «geste libérale» de Bayrou. Mauvais calculs… On connaît la suite.

La solution passe par la refondation des gauches : une parole et une geste réconciliées, la fin de la schizophrénie. Ce qui suppose une gauche gouvernementale plus soucieuse d’idéaux socialistes, de visions du monde nouvelles, d’utopies alternatives, de pensées libertaires inédites, en même temps qu’une gauche contestataire plus soucieuse de gestion, de travail en commun ­ une démarche que Foucault, Derrida et Bourdieu en leurs temps n’avaient pas exclue.

Le PCF, qui dans cette perspective tient la meilleure place par son souci des idéaux et sa capacité à gérer, gagnerait à changer de génération, à mettre à la retraite idéologique les cadres qui travaillaient déjà avec Georges Marchais, et en ont conservé quelques mauvaises habitudes, pour pousser en avant une jeune génération et un programme moderne, puis peser à gauche sur un Parti socialiste très tenté par une résolution de sa schizophrénie au seul profit d’un centre social-démocrate. Au travail !

Une droite dure s’installe à l’Élysée titrait l’Huma du 7 mai

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

(2eme édition)

Présidentielle . Avec une participation électorale record (85 %), les Français ont donné une majorité au candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy (53 %).

L’information n’était pas tout à fait inattendue, elle n’en constitue pas moins un choc pour des millions de Français, pour les électeurs de gauche, pour la majorité de la jeunesse, qui ont appris hier à 20 heures l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, par 53 % des voix contre 47 % à Ségolène Royal, selon les premières estimations. Ce résultat est obtenu dans un contexte de participation électorale extrêmement élevée. Les électeurs ont été plus nombreux encore qu’au premier tour (85 % à 86 %, selon les instituts de sondage). Si ce second tour a bien donné lieu à une mobilisation accrue des électeurs, nous n’avons pas assisté au sursaut démocratique espéré, capable de barrer la route à une droite dure et sans complexe qui a recyclé les idées de l’extrême droite. En 2002, ces mêmes idées incarnées par Le Pen avaient été rejetées par 82 % des Français, qui s’étaient résolus, pour cette raison précise, à voter Chirac.

démagogie et populisme

Une situation politique particulièrement grave s’ouvre donc aujourd’hui. Nicolas Sarkozy s’est senti légitimé pour mettre en oeuvre un projet ultralibéral, répressif envers les syndicats, généreux pour les riches, stigmatisant envers les pauvres, les chômeurs, les immigrés. De son côté, la gauche, dans toutes ses composantes, sort de cette épreuve fortement affaiblie. Le parti socialiste échoue une deuxième fois consécutive (après Jospin en 2002) à une élection présidentielle. Fait rarissime dans l’histoire politique de la France des 25 dernières années : une élection majeure n’a pas débouché sur une alternance au pouvoir.

Dans sa première déclaration, sitôt élu Nicolas Sarkozy a égrené une nouvelle fois sa devise : « Travail, autorité, respect, mérite… », a défendu « l’identité nationale » et rejeté « la repentance ». Tout au long de ces dernières semaines, Nicolas Sarkozy avait usé de tous les ressorts de la démagogie et du populisme : « Je suis le candidat du peuple », avait répété l’homme de Neuilly, le favori du MEDEF, déjà ministre avec Édouard Balladur en 1993. Tout en préconisant un programme ouvertement libéral, qui fragilisera encore le monde du travail, il n’a pas été avare de déclarations enflammées, se posant en sauveur suprême contre les délocalisations, la politique de la BCE, les bas salaires… Dans le même temps, afin de rallier à lui toute la droite la plus rétrograde, et d’attirer les voix du FN (qui se sont effectivement largement reportées sur sa candidature), il a revêtu l’armure du croisé contre l’héritage de Mai 68, et flatté les nostalgiques du colonialisme. Après cinq années de droite au pouvoir (délocalisations, licenciements, privatisations, extension de la pauvreté et de la précarité, mais aussi défaites aux élections régionales de 2004 et au référendum sur la constitution européenne, victoire des jeunes contre le CPE…), il y avait tous les ingrédients d’une défaite du chef de l’UMP, qui fut le ministre le plus influent des gouvernements Raffarin et Villepin. Sarkozy est parvenu à s’affranchir du bilan.

l’échec de la campagne du ps

Le premier tour avait établi un rapport de forces défavorable à la candidate socialiste. Avec 25,8 % des voix, elle abordait la compétition finale avec un retard de 5 points derrière le patron de l’UMP (31 %). La montée de François Bayrou (18,5 %, contre 6,8 % en 2002) est imputable, pour une part, à la désaffection d’électeurs socialistes peu convaincus par la campagne de leur candidate, ayant émis un vote « tactique » en faveur de celui qui, pensaient-ils, était le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy. Les autres candidats de gauche ne totalisant qu’un peu plus de 10 %, la postulante à l’Élysée engageait la campagne du second tour avec moins de 40 % des suffrages exprimés.

François Bayrou a profité de cette faiblesse pour rester dans le jeu du second tour, allant jusqu’à participer à un débat radiotélévisé avec Ségolène Royal. La conquête des 6,5 millions voix du centre n’allait pas tarder à devenir l’objectif principal de la candidate socialiste. Jeudi dernier à Lille, Ségolène Royal affirmait : « Si je suis élue, je travaillerai avec le centre et avec François Bayrou en particulier. ». Elle relançait ainsi le débat sur une alliance entre le PS et les centristes, que plusieurs figures du PS, dont Michel Rocard, appellent de leurs voeux. Le rapprochement avec François Bayrou a brouillé les repères dans l’électorat de gauche, pour un résultat médiocre : 40 % des électeurs de François Bayrou auraient voté Royal, autant que pour Sarkozy. Dans la toute dernière phase de sa campagne, la candidate s’est montrée plus combative, notamment dans le débat télévisé avec Nicolas Sarkozy, sans effet sur l’opinion. Le rassemblement de Charléty était un succès incontestable. Mais il était trop tard pour relancer une dynamique de gauche victorieuse.

La ripostedes législatives

Hier soir, dans sa première déclaration, Ségolène Royal, discrète sur les conséquences de l’élection de Nicolas Sarkozy, a implicitement suggéré que la recomposition politique en direction des amis de François Bayrou restait d’actualité. Elle entend travailler, a-t-elle dit, « au renouvellement de la gauche, aux nouvelles convergences au-delà de nos frontières actuelles ». Quelle leçon le PS va-t-il tirer de cet échec ? Dès hier soir de premières critiques se sont fait entendre de la part des deux ex-concurrents de Ségolène Royal pour l’investi ture socialiste. Laurent Fabius observe que « le drapeau de la gauche est à terre » et met en garde la direction du PS pour que la campagne des législatives soit menée « collégialement ». Fabius prône « une gauche décomplexée, qui assume ses valeurs ». Critique « sociale-démocrate » pour DSK visant implicitement François Hollande. « Nous venons de passer cinq ans sans nous renouveler. C’est un jugement assez sévère sur la façon dont le PS a fonctionné. » François Hollande lui-même reconnaissait hier soir des « erreurs » dans la campagne menée par Ségolène Royal qui n’avait « sans doute pas assez parlé de propositions concrètes ».

Jean-Paul Piérot

EL PAÍS (MADRID) • Sarkozy ou la soif de pouvoir

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Le leader conservateur assouplira le système des 35 heures et durcira les lois d’immigration, estime le quotidien espagnol.

Les banlieues françaises brûleront-elles ? Ou au contraire, Sarkozy est-il la seule personne capable de mener à bien les réformes dont le pays a un besoin urgent pour renouer avec la croissance économique ? Jamais un candidat n’avait suscité un mouvement d’adhésion et de rejet aussi fort, et jamais un candidat n’avait déclaré si clairement son ambition : changer radicalement le pays.Nicolas Sarkozy, 52 ans dont 30 en politique, n’a pas caché sa volonté de mettre fin au système que la France a élaboré tout au long de ces dernières décennies : il assouplira les 35 heures, retirera les allocations chômage à ceux qui refusent deux fois de suite une proposition d’emploi, bouclera à double tour les récidivistes, supprimera presque totalement les droits de succession et réduira les impôts, créera un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, il limitera à deux mandats la fonction présidentielle, il prônera un mini-traité pour l’Union européenne, obligera les élèves à se lever quand le maître entrera en classe, instaurera un service minimum dans les transports et durcira les lois d’immigration pour le regroupement familial… »Ensemble tout est possible » proclamait son slogan de campagne – une campagne au cours de laquelle il a fait des concessions à l’extrême droite pour le premier tour et au centre pour le second tour ; s’il reflète l’ambition de quelqu’un qui souhaite changer la France de fond en comble, ce slogan tient également compte du rejet de la mondialisation et d’un sentiment de protectionnisme économique que partage la majorité des citoyens (les critiques contre la Banque centrale européenne pour maintenir l’euro à un niveau aussi élevé figure parmi ses thèmes favoris).

« Ils nous reste deux jours pour dire adieu à l’héritage de Mai 68″, s’exclamait-il à la fin de son dernier meeting de campagne, à Montpellier, reprenant ainsi une autre de ses obsessions : effacer de la conscience collective française le souvenir de ce printemps où l’on trouvait la plage sous les pavés. Son projet de seize pages est résumé en 15 points, qui vont de « la fierté d’être Français » à « la réhabilitation du travail », en passant par « l’Europe comme résistance à la mondialisation » ou « vaincre le chômage ».

« Sarkozy est quelqu’un qui maîtrise parfaitement les moyens de communication publique et le langage politique », explique la politologue Fiammetta Venner. Cette habileté l’aidera à vendre ses premières mesures – en France on dit qu’un président fraîchement élu doit prendre les décisions les plus importantes de son mandat dans les premières semaines ; mais elle lui a également permis de se démarquer de l’action d’un gouvernement dont il a fait partie, détenant deux portefeuilles aussi essentiels que les Finances et l’Intérieur, et de survivre à une campagne qui a été centrée sur les attaques à son encontre.

« Elire Nicolas Sarkozy serait dangereux », déclarait Ségolène Royal le dernier jour de la campagne. « Je crains que des émeutes puissent éclater après son élection ; c’est d’ailleurs quelque chose dont tout le monde parle dans les banlieues », souligne l’écrivain Mohamed Razane, travailleur social spécialiste des jeunes contestataires et auteur du roman Dit Violent (Gallimard), qui vit en Seine-Saint-Denis, département qui concentre une grande part des quartiers les plus chauds. « C’est le département qui a enregistré le plus grand nombre d’inscrits en France, et ce n’est pas parce que les jeunes recommencent à croire à la politique ; cela s’explique davantage par le mouvement anti-Sarkozy », poursuit Razane.

Guillermo Altares
El País

EL PAÍS (MADRID) •  Sarkozy ou la soif de pouvoir  dans Bilan de la campagne présidentielle espaceur

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