Bilan de la campagne présidentielle

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VU D’ALGÉRIE • « Cette élection, c’est la victoire de la démagogie »

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Selon Akram Belkaïd, chroniqueur au Quotidien d’Oran, l’élection d’un candidat qui « a racolé dans les bas-fonds de l’extrême droite », promet des lendemains difficiles à la France et des relations âpres avec l’Algérie.

Courrier international : Comment analysez-vous cette victoire de Nicolas Sarkozy ?Akram Belkaïd : Ségolène Royal n’a pas réussi à convaincre les centristes. Alors que Nicolas Sarkozy a pu garder les électeurs qui avaient voté pour lui, y compris ceux du Front national. Les « histoires de rénovation » du Parti socialiste ne sont pas une recette-miracle, ça se fera peut-être un jour, mais ça ne pouvait pas se faire entre deux tours. Le Parti socialiste va peut-être avoir enfin le débat interne qu’il aurait dû connaître après la défaite de la présidentielle de 1995 ou après celle de 2002, si c’est un parti qui veut se mettre en ordre de marche pour 2012. Il doit accomplir des choix douloureux : il faudra qu’il se sépare d’une partie du PS qui n’est pas social-démocrate. Les jours difficiles sont là… Cette élection, c’est la victoire de la démagogie, du discours qui a racolé dans les bas-fonds de l’extrême droite et qui a été une espèce de rouleau compresseur. Avec le soutien évident des quatre cinquièmes des médias français, c’est ce qui m’interpelle le plus. Cette campagne médiatique était une opération d’artillerie lourde qui a très bien fonctionné : ça promet des jours difficiles à la France. Sarkozy va devoir livrer ce qu’il a promis : il n’est pas là pour faire plaisir aux classes populaires et aux démunis. Il y aura des frictions dans la société. J’espère que ses concessions à l’extrême droite n’étaient que tactiques. En tant que président, il va devoir garantir la paix sociale. C’est un gros pari pour lui, s’il est intelligent, il va devoir rassurer une partie de la France.Quelle influence cette élection aura-t-elle sur les relations entre la France et le monde arabe ?

La grande question, c’est « est-ce que Sarkozy va être celui qui va rompre avec la politique arabe de la France ? » Avec l’Algérie, on risque de grosses tensions sur les questions de mémoire coloniale, s’il met le traité d’amitié sous le boisseau, s’il fait un geste de réhabilitation de l’OAS (Organisation de l’Armée secrète), comme il l’a évoqué récemment, je crains le pire. Il pense qu’il peut normaliser les relations avec l’Algérie en faisant du business. En promettant d’échanger la technologie du nucléaire civil contre le gaz algérien, s’il pense que c’est suffisant pour normaliser les relations entre Alger et Paris, il se trompe. Il ne faut pas qu’il oublie l’aspect mémoriel. Sur le dossier du Sahara occidental, il va falloir qu’il donne enfin sa position. Il ne pourra pas éternellement rester muet. Alger et Rabat attendent sa position avec beaucoup d’impatience. Mais surtout, il est très attendu sur la question du Moyen-Orient. Il a un passif : Sarkozy a refusé de se rendre dans les territoires occupés. C’est l’un des rares hommes politiques français à avoir affiché son soutien à Israël pendant la guerre au Liban. S’il s’avère que Sarkozy est réellement le néo-conservateur qu’il semble être, la France sera hors-jeu au Moyen-Orient.

La campagne présidentielle a-t-elle intéressé les Algériens ?

Elle a été très suivie en Algérie. Elle a bien plus passionné les Algériens, que celle des législatives qui se dérouleront le 17 mai dans leur pays. Ils avaient les résultats de la présidentielle française très tôt. Dès 17-18 heures sur la télé de Suisse romande. Ils se passionnent déjà pour les conjectures autour du nom du futur Premier ministre. Ils auraient préféré l’élection de Ségolène Royal parce que Sarkozy a repris à son compte une partie du discours lepéniste. C’est l’homme du durcissement de la politique des visas. Les Algériens se sentent proches de leurs cousins en France. Leur perception, c’est que les Français d’origine maghrébins vont vivre des temps difficiles. D’habitude, le PS n’est pas très apprécié en Algérie. Lors des présidentielles de 1995 et 2002, les Algériens soutenaient plutôt Chirac que Jospin. Mais Sarkozy ayant rompu avec l’héritage gaulliste, ils se sont éloignés de l’UMP. Il s’agit davantage d’un rejet de Sarkozy que d’une adhésion à Royal. Même si la personnalité de Ségolène Royal a impressionné dans le Maghreb. L’image de Sarkozy a changé : au début, il était bien perçu à cause de son discours sur la discrimination positive et du fait qu’il était fils d’un étranger. Mais les événements dans les banlieues et son discours sur l’identité nationale ont tout changé : aujourd’hui, il est stigmatisé.

Propos recueillis par Pierre Cherruau

EL PAÍS (MADRID) • Rassembler toutes les droites en une

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Il y a un peu de Berlusconi et d’Aznar en Nicolas Sarkozy, mais aussi beaucoup de gaullisme. Bref, le nouveau président a réussi à droite une synthèse étonnante.

Nicolas Sarkozy accède à la présidence au terme d’une mobilisation sans précédent dans la Ve République. La volonté de changement, déclinée dans deux projets opposés, a attiré les Français vers les urnes avec une intensité inouïe. La passion politique, généralement circonscrite au microcosme politique parisien et déclinante comme la France elle-même, s’est ranimée partout dans le pays, dans les banlieues comme dans les quartiers bourgeois, dans les grandes agglomérations comme dans la France rurale. Mais le lièvre qui a fait courir les Français aux urnes a été un projet fort et ambitieux, celui proposé par Nicolas Sarkozy, qui a appelé sans complexe à rétablir l’ordre, l’autorité, la fierté nationale. Face à ce projet, Ségolène Royal est toujours restée sur la défensive, avec un discours articulé autour de deux grands axes : protéger les défavorisés contre une politique qui peut les laisser sur le carreau et barrer la route à un projet qualifié de dur et d’autoritaire. Des arguments qui se sont avérés insuffisants.Quant à Sarkozy, il a fédéré les différentes droites françaises autour de son ambitieux programme de réformes, destiné à relancer la croissance économique et le leadership français en Europe. En termes classiques, il a su incarner les trois droites telles que les a définies René Rémond. La droite légitimiste, aujourd’hui métamorphosée en vote lepéniste, que Sarkozy a en grande partie récupéré. A l’instar de ce qu’avait fait Manuel Fraga en Espagne [le fondateur, à l'issue du franquisme, de l'Alliance populaire, parti conservateur et ancêtre de l'actuel Parti populaire], il ne devrait jamais être honteux de ramener dans le rang de la démocratie des voix qui étaient jusque-là hors système. La droite bonapartiste, celle qu’il préfère par tempérament et qui a pour caractéristiques la personnalisation du pouvoir, le pathos du discours et celui du patriotisme affiché. La droite orléaniste, enfin, pour ses idées libérales et pour la partie des voix centristes qu’il est parvenu à attirer, malgré la force du projet de François Bayrou.Mais la formule Sarkozy fédère aussi quelques-uns des concepts contemporains de la droite. Son idée de la présidence de la République appartient au courant dont il est issu et qui l’a porté au pouvoir : le gaullisme. Sarkozy veut changer beaucoup de choses, mais il ne cédera pas d’un pouce sur les pouvoirs présidentiels modelés autour de la figure du général de Gaulle. Du point de vue économique, il opte pour le protectionnisme dès lors que la souveraineté nationale est en jeu, et à cet égard il s’inscrit dans le droit fil du gaullisme. En politique internationale, il se fait fort de parler d’égal à égal avec les principaux leaders du monde. A cette notable différence près que si, depuis de Gaulle jusqu’à Chirac lui-même, les présidents français ont tenté de faire contrepoids à Washington, Sarkozy veut disputer à Londres sa relation d’amitié et de confiance avec les Etats-Unis, comme il l’a exprimé lors de son premier discours après l’annonce des résultats.Mais sa conception d’un Etat plus léger, moins interventionniste dans la vie économique des citoyens, est d’inspiration thatchérienne. Son attitude face aux syndicats et aux fonctionnaires devrait s’apparenter à celle de la Dame de fer. Sarkozy sera le premier politique français à triompher en agitant des bannières libérales et proaméricaines, ce dont s’étaient bien gardées les générations antérieures de sa famille politique. On retrouve aussi un peu de José María Aznar dans l’idée que Sarkozy se fait d’une force conservatrice moderne, capable de rassembler toutes les droites, grâce à l’énorme aimant fédérateur du pouvoir et de ses prébendes, et aussi grâce à son art consommé de la contorsion, qui lui permet de séduire l’électorat depuis le centre jusqu’à l’extrême droite. Enfin, il y a chez lui une veine de modernité populiste, désinhibée et politiquement incorrecte, qui le rapproche de Silvio Berlusconi. Appartient aussi à ce registre l’aisance avec laquelle Sarkozy évolue dans le monde du spectacle et parmi les millionnaires, ce qui lui permettra de projeter sa personnalité tant dans les revues de sciences politiques les plus austères que dans la presse du cœur.

La rénovation et l’unité de la droite réalisées par Sarkozy, par opposition à la fragmentation de la gauche et aux divisions au sein du Parti socialiste, constituent à elles seules une explication de sa victoire.

Lluís Bassets
El País

 

EL PAÍS (MADRID) •  Rassembler toutes les droites en une  dans Bilan de la campagne présidentielle espaceur

DIE TAGESZEITUNG (BERLIN) • Sarkozy a réussi à faire oublier son bilan

Créé par le 09 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Pour le journal de gauche berlinois, le nouveau président a certes un programme de rupture, mais il devra l’appliquer avec la bonne vieille droite française qui est au gouvernement depuis des années.

Impossible de trouver quoi que ce soit à redire au résultat. Nicolas Sarkozy a convaincu les électrices et les électeurs français. Ceux-ci se sont prononcés sans ambiguïté en faveur de l’homme fort, ainsi qu’il s’est présenté. Ils ont élu le dur de la droite, à côté duquel même le président sortant fait figure de gauchiste. Pour un programme axé sur des solutions radicales. On pressent des coupes sombres dans le droit du travail, dans la protection contre le licenciement et le droit de grève, ainsi qu’un dégraissage du service public.Sarkozy a réussi à attiser les peurs de ses concitoyens et à les utiliser à ses propres fins. Il a su jouer aussi bien avec les angoisses très répandues que suscite la menace de l’appauvrissement individuel, de la perte de son emploi et de son domicile, qu’avec celle liée à une déchéance présumée de la France dans le monde, et avec celle, brandie par l’extrême droite, d’un « trop-plein d’étrangers », conséquence de l’immigration musulmane. Il s’est expressément adressé à « tous ceux qui ont peur ». Et il leur a promis : « Je vais résoudre vos problèmes. »Paradoxalement, en dépit du plébiscite de dimanche, il n’est pas sûr du tout que Sarkozy fasse prendre à la France ce fameux grand tournant politique. Car il compte appliquer cette nouvelle politique qu’il promet avec la même équipe, les mêmes politiciens que ceux avec lesquels il dispose depuis cinq ans de la majorité absolue à l’Assemblée.

Le propre bilan de Sarkozy au ministère de l’Intérieur est le reflet de cette contradiction entre promesses et réalisme politique. Son succès n’est incontestable que dans le domaine de la lutte contre les accidents de la route mortels. Dans le domaine essentiel de la sécurité, on a recensé davantage de voitures incendiées et d’émeutes en banlieue que jamais encore auparavant. Sa victoire s’explique en partie par le fait qu’il a pu réussir à faire oublier ce bilan.

Gauche : les divisions de la rénovation, par Michel Noblecourt

Créé par le 08 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche, Projet politique

L’histoire se répète. A chaque échec, le PS se divise. Ce fut le cas en 1993, après sa déroute aux élections législatives, quand Michel Rocard ne parvint pas à imposer son « big bang ». Ce fut le cas en 2002, après l’élimination de Lionel Jospin lors du premier tour de la présidentielle, quand M. Hollande ne réussit pas à asseoir une autorité suffisante pour relancer la rénovation. Ce fut encore le cas en 2005, après la victoire du « non » au référendum sur l’Europe, quand le PS s’enfonça dans la crise qu’il avait lui-même générée en faisant précéder le scrutin national d’un référendum interne qui porta à leur paroxysme ses divisions.

Il n’y a qu’en 1995 que le PS évita de se déchirer après l’échec de M. Jospin à l’élection présidentielle. Un échec qui offre bien des similitudes avec celui de Mme Royal aujourd’hui. Comme elle, M. Jospin se présenta contre l’appareil du PS. Et leurs scores sont comparables : 47,4 % pour M. Jospin qui, à la surprise générale, était arrivé en tête au premier tour ; 46,94 % pour Mme Royal qui, au passage, a évité un nouveau 21 avril. Mais il y a une différence de taille : grâce à l’exceptionnelle envolée des électeurs inscrits et à la très forte participation, la présidente de Poitou-Charentes, avec 16 790 611 voix, réunit 2,6 millions de voix de plus que l’ancien premier ministre. Elle signe la troisième défaite consécutive de la gauche à une élection présidentielle, mais elle est aussi la candidate qui a battu tous les records en voix de ses prédécesseurs socialistes. Elle comptabilise 1 082 349 suffrages de plus que François Mitterrand lors de sa première élection de 1981 et elle le coiffe de justesse, sur le fil, avec 86 332 voix de plus, pour sa réélection en 1988.

Ainsi, si la défaite de Ségolène Royal est sévère, elle n’est pas disqualifiante. C’est ce qui a permis à la candidate de s’arroger, au soir du 6 mai, le statut de leader de l’opposition en mettant en avant le combat qu’elle a engagé pour « un renouvellement profond de la vie politique, de ses méthodes et de la gauche ». Là encore, Mme Royal inscrit ses pas dans ceux de M. Jospin. Cinq mois après son échec à la présidentielle, le conseiller général de Haute-Garonne, qui n’était plus député, avait ravi le poste de premier secrétaire du PS qu’Henri Emmanuelli lui avait laissé. Revenu à la barre, M. Jospin avait remis le PS au travail, entrepris, à travers trois conventions thématiques, une révision de son logiciel idéologique. Il avait, comme l’a fait Nicolas Sarkozy à l’UMP à partir d’une méthode voisine, mis son parti « en cohérence » en vue des élections législatives de 1998. Ainsi, quand Jacques Chirac avait anticipé les échéances, par la dissolution de 1997, le PS était prêt – contrairement à ce que croyaient le chef de l’Etat et… Dominique de Villepin – et il avait emporté les législatives.

En définitive, 2007 offre donc une situation inverse à celle de 1995. L’échec de Mme Royal est aussi la sanction de l’immobilisme idéologique du PS depuis la « parenthèse Jospin ». La campagne de la candidate, qui s’est affranchie, en pleine liberté, d’un appareil avec lequel elle était en méfiance réciproque, y a perdu en cohérence. Si la rénovation du PS est inéluctable, elle va se produire dans la pire des situations, celle d’une crise, surtout si, comme c’est probable, les élections législatives des 10 et 17 juin confirment son insuccès électoral. C’est lors d’un prochain congrès extraordinaire, probablement dès l’automne, qu’il devra résoudre l’équation à trois inconnues de sa rénovation, en réglant ses problèmes de leadership, de doctrine et d’alliances.

AMBIGUÏTÉ

Il est peu probable que Mme Royal cherche à fomenter un pronunciamiento contre son compagnon pour le chasser de la direction du parti afin de prendre sa place. Le conseil national du 12 mai va mettre en place un « collectif » pour la bataille législative mais sous la houlette de M. Hollande. Ce dernier joue l’ambiguïté, affirmant que « Ségolène Royal a pris une force qui sera utile à la gauche » tout en affichant sa légitimité pour « rénover autant qu’il sera possible la gauche, la refonder, la rassembler, l’élargir, l’ouvrir, bref la mettre dans la perspective de 2012″. Premier secrétaire depuis dix ans, M. Hollande, qui avait annoncé, au congrès du Mans en novembre 2005, qu’il s’agissait de son dernier mandat, aura bien du mal à se maintenir. Et Mme Royal, qui devra se représenter à la députation si elle veut rester dans le jeu parlementaire, sera probablement en situation de favoriser la candidature d’un de ses fidèles à la direction du PS, comme François Rebsamen, actuel numéro deux, maire de Dijon et codirecteur de son équipe de campagne.

Sur le plan doctrinal, le PS a le choix entre une social-démocratisation assumée et une fuite en avant à gauche. M. Strauss-Kahn incarne la ligne social-démocrate mais Mme Royal, qui a nourri son pacte présidentiel d’exemples du nord de l’Europe, l’a en partie rejoint. Il reste qu’une rénovation social-démocrate peut faire resurgir un risque de scission, l’aile gauche – jusqu’à M. Fabius ?- privilégiant un « parti progressiste » sur le modèle de ce qu’a créée Oskar Lafontaine en Allemagne à la gauche du SPD. Visiblement, l’ambition de Mme Royal, propre à régler simultanément les questions du leadership, de la doctrine et des alliances, va bien au-delà. Le 6 mai, elle a parlé d’« approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles ». Nul doute qu’elle se verrait bien à la tête d’une coalition de troisième type, comme celle qui, en Italie et sous la houlette de Romano Prodi, va du centre à l’extrême gauche. L’idée de voir Olivier Besancenot et François Bayrou cohabiter dans un nouvel arc-en-ciel politique est totalement chimérique. Mais le PS n’a plus d’alliés à sa gauche, le PCF et les Verts ayant été laminés le 22 avril. Ce vide lui interdit de juger tout rapprochement avec le Mouvement démocrate de M. Bayrou définitivement tabou.

Le Monde

Michel Noblecourt

Présentation du livre d’Eric Dupin

Créé par le 08 mai 2007 | Dans : Articles de fond, Bilan de la campagne présidentielle, Non classé

En librairie depuis le 17 janvier 2007: « A droite toute » donne des clefs intéressantes pour comprendre la situation politique au lendemain de ce second tour. Le constat d’une droitisation du pays et de l’Europe est pertinent. Il est étayé par une approche du néolibéralisme et de ses processus économiques, politiques, sociaux et idéologiques. La critique de la gauche européenne devrait nous interroger quand certains, à gauche, prêchent un nouvel aggiornamento. Néanmoins sa thèse sur la posture de Ségolène Royal nous paraît critiquable et, peut être, en contre-sens. Ce livre est à recommander en ce qu’il alimente une réflexion bien actuelle.

XD

Quatrième de couverture et extraits de l’introduction

Et si la France de 2007 était à droite comme rarement dans son histoire ? Le sens de l’histoire s’est retourné. La droite ne se bat plus dos au mur face à un progressisme conquérant. Portée par le dogme libéral et la vague de la mondialisation, elle cherche à remodeler la société. Nicolas Sarkozy incarne cette nouvelle droite française, post-nationale et débarrassée de ses anciens complexes. La force du candidat de l’UMP est de se situer au croisement des trois traditions de la droite distinguées par l’historien René Rémond. Sarkozy est « orléaniste » par ses convictions libérales, « bonapartiste » par son autoritarisme et « réactionnaire » dans son approche de la société. Ce livre analyse les différentes facettes de cette mutation de la droite française en la comparant aux évolutions internationales. Aux Etats-Unis comme en France, les conservateurs réussissent à séduire une large partie des couches populaires en exploitant le besoin d’autorité stimulé par l’instabilité économique. L’acceptation des inégalités sociales, compensée par un discours hypocrite sur le mérite individuel, traverse l’ensemble du monde occidental. L’idéologie de droite s’appuie encore sur l’hyper-individualisme contemporain. Elle impressionne jusqu’à ses adversaires historiques. La percée de Ségolène Royal s’inscrit dans le mouvement de droitisation des gauches dans les pays riches et vieillissants.

Une mutation historique

Une victoire de Sarkozy, puis de l’UMP, en 2007 marquerait sans doute une étape historique majeure. Pour la première fois, une droite d’inspiration clairement libérale aurait devant elle cinq années pour appliquer son programme. Elle ne s’en priverait certainement pas, profitant d’un contexte porteur. Car son projet s’inscrit dans des évolutions sociologiques et idéologiques des sociétés occidentales favorables à ses valeurs. Ce livre entend pointer certains éléments de cette droitisation qui n’épargne pas la France.

Nous commencerons par resituer les mutations de la droite française dans son contexte historique. Celle-ci revient de loin. Portant le péché originel de son opposition à la Révolution, le camp conservateur a longtemps été victime d’un complexe d’infériorité. La droite était honteuse et se laissait facilement culpabiliser par la gauche. Tout cela a changé dans les dernières décennies. La droite s’est progressivement affirmée par elle-même. Se dépouillant de l’héritage gaulliste, elle est insensiblement passée sous hégémonie libérale. Jacques Chirac a joué un rôle dans cette conversion, mais c’est Nicolas Sarkozy qui l’a porté jusqu’au bout. On verra que le candidat de l’UMP a réussi à être le fédérateur de son camp en synthétisant les héritages des trois droites françaises (légitimiste, orléaniste et bonapartiste) distinguées par l’historien René Rémond.

On mettra aussi ces évolutions en relations avec les nouveaux équilibres idéologiques d’un monde occidental entraîné par la révolution néolibérale. Le discours sarkozien s’éclaire à la lumière des expériences de la droite américaine. Le candidat de l’UMP s’en inspire lorsqu’il mêle libéralisme économique et autoritarisme sociétal ou encore dans sa manière de se saisir de la question religieuse. Des deux côtés de l’Atlantique, les droites ont entrepris une reconquête des couches populaires aux prises avec de multiples insécurités. Elles marquent des points dans les milieux intellectuels où la pensée de gauche est en crise profonde. Le conservatisme profite aussi du pessimisme qui considère comme naturelles les inégalités sociales. On s’interrogera aussi sur l’inversion du rapport à la nation d’une droite française essentiellement convertie aux thèses mondialistes.

La droitisation des pays riches balaie enfin la totalité du spectre politique. Nombre d’idées de droite ont pénétré ses adversaires historiques. Les gauches occidentales sont engagée depuis plusieurs années dans un recentrage spectaculaire. C’est désormais la gauche, et non la droite, qui n’a plus confiance en elle-même. S’inscrivant dans le cadre mental du camp opposé, elle peine à marier ses anciennes valeurs avec des choix politiques contraints. Le PS n’est pas imperméable à ces évolutions, comme en témoigne l’investiture de Ségolène Royal. Dans sa tentative de reconquête des couches populaires, celle-ci a multiplié les clins d’œil à droite. Il est vrai que la France ne s’est toujours pas remise du traumatisme du 21 avril 2002. L’extrême droite continue à focaliser l’attention de l’ensemble des forces politiques. C’est une France à droite comme rarement qui risque de sortir des urnes au printemps 2007.

 

Eric Dupin est journaliste. Ancien éditorialiste à Libération, il a collaboré à de nombreux titres de la presse française. Auteur de plusieurs essais, il enseigne l’analyse des médias à l’Institut d’études politiques de Paris et publie un blog (http://ericdupin.blogs.com).

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