Bilan de la campagne présidentielle

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Selon l’Institut BVA, la France ne s’est pas « droitisée »

Créé par le 02 juin 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

Les résultats de la présidentielle seraient trompeurs pour BVA, qui continue de penser que le rapport de force idéologique penche du côté de la gauche. Ce que Nicolas Sarkozy aurait parfaitement intégré en proposant un gouvernement « d’ouverture ».

A quatre semaines des élections législatives, tous les instituts de sondage prédisent une nette victoire de l’UMP, voire un raz de marée. Et pourtant, « contrairement à l’impression que pourraient donner les résultats de l’élection présidentielle, la France ne s’est pas droitisée », affirme Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA Opinion, qui vient de passer au crible six mois de résultats et d’attentes des Français. Si l’on regarde les attentes des électeurs, leurs valeurs et même leurs affinités partisanes, « l’état des forces idéologiques dans le pays penchait même encore assez nettement à gauche avant le 1er tour », avance-t-il. En décembre dernier, quelque 54 % des électeurs se disaient « proches de la gauche », contre 46 % de la droite. Quand on leur demandait, mi-novembre, de qui ils « souhaitaient » la victoire, 41 % contre 30 % répondaient que c’était « celle du candidat de gauche ». Quand on faisait la liste de leurs préoccupations, les sujets sociaux – emploi, pouvoir d’achat, précarité, éducation – arrivaient devant la sécurité et l’immigration. Et ils faisaient alors nettement plus confiance au PS qu’à l’UMP pour y répondre.

Thèmes secondaires

Alors, que s’est il passé ? Une campagne électorale, tout simplement. En l’espace de trois mois, la donne a radicalement changé. Exemple ô combien symbolique : l’emploi. En décembre 2006, Ségolène Royal avait, dans la lutte contre le chômage, une avance de « crédibilité » de 5 points sur son rival UMP. Trois mois plus tard, c’est lui qui la devançait de 13 points. En réalité, c’est moins le positionnement de la candidate socialiste qui aurait déstabilisé les électeurs, avance BVA, que son choix de faire campagne sur des thèmes pour eux secondaires, et l’absence de cohérence d’ensemble de sa ligne économique et sociale. « Elle a eu tendance à aller sur des sujets périphériques (démocratie sociale…) ou à vouloir se positionner sur les lignes de force de son adversaire (sécurité, nation…) », observe Gaël Sliman, « sans fournir, jusqu’au soir du premier tour, d’éléments clairs sur sa ligne et sur ce qu’elle ferait en matière économique et sociale si elle était élue ». En face, Nicolas Sarkozy a certes mené une campagne très à droite, mais « il a au moins proposé des solutions sur des enjeux qui intéressaient les gens, notamment «travailler plus pour gagner plus» » , poursuit-il.Reste à savoir quelles conséquences en tirer. Pour le PS, ce sera très difficile de redresser la barre d’ici aux 10 et 17 juin, « parce qu’on ne bâtit pas une cohérence politique en quelques semaines » .

Des gages d’ouverture

En revanche, cette analyse du rapport de force idéologique expliquerait en grande partie le choix de Nicolas Sarkozy d’intégrer des personnalités de gauche dans son gouvernement. « Il a vilipendé Mai 68 et accueille dans son gouvernement Bernard Kouchner, incarnation vivante de Mai 68, au risque de déstabiliser son électorat », relève Gaël Sliman. Le président de la République ne chercherait pas uniquement à affaiblir le PS à l veille des élections législatives. Il aurait compris, lui le grand consommateur d’études d’opinion, que, pour mettre en oeuvre son programme de droite, il lui fallait donner des gages d’ouverture aux Français.

CÉCILE CORNUDET

Article paru dans Les Echos, le 22 mai 2007.

A Duhamel voit « la gauche en miettes »

Créé par le 30 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Elections

 La gauche en miettesPar Alain DUHAMEL

QUOTIDIEN LIBERATION : mercredi 30 mai 2007

L’élection présidentielle a posé cruellement la question du leadership du PS. Les élections législatives vont déchirer le voile qui recouvrait l’ensemble de la gauche. Ce printemps 2007 va tourner à la leçon d’anatomie. La gauche française, victorieuse en 1981, sauvée en 1988 par le talent unique de François Mitterrand, ressuscitée en 1997 par les soins de Lionel Jospin, misérablement fragmentée en 2002 malgré cinq ans d’un gouvernement plus qu’honorable, déchirée au grand jour lors du référendum européen de 2005, la gauche française va soudain apparaître les 10 et 17 juin sans masque ni domino : en miettes. Sur cette rive-là du paysage politique, tout est à reconstruire. A la gauche du PS, c’est le triomphe de la scissiparité. Lors de l’élection présidentielle, les trotskistes ont comme à leur habitude voulu combattre en ordre dispersé. Il ne leur faut pas moins de trois visages pour incarner ce qui devient leur sainte trinité. Bilan de l’épisode, aucun des trois candidats n’a atteint les 5 %, la vaillante Arlette Laguiller a été humiliée, le fringant Olivier Besancenot n’a pas réussi la percée espérée, et l’incompréhensible Schivardi n’a pu jouer que les figurants rocailleux. Le trotskisme, qui fut un internationalisme révolutionnaire, n’est plus qu’un résidu protestataire. Il y a cinq ans, Marie-George Buffet avait enseveli sans pitié le chaleureux et malheureux Robert Hue. Cette fois-ci, c’est elle qui est portée en terre, entraînant avec elle le Parti communiste, trop antique et perclus désormais pour se mouvoir sans aide. Le PC n’a plus de projet ni d’électeurs. Il ne peut subsister qu’en auxiliaire des socialistes, l’humiliation suprême pour celui qui, jadis, se proclamait fièrement «le premier parti de France». José Bové voulait incarner l’altermondialisme gaulois, l’antilibéralisme moustachu et en braies. Il escomptait ressusciter et fédérer ce non de gauche qui, en 2005, s’était cru majoritaire, occultant le renfort borné des souverainistes, les tonnes de ciment de l’extrême droite, l’impressionnante médiocrité de la campagne du oui et le défoulement traditionnel propre aux référendums français. L’idéologue du Larzac a dû déchanter : il n’a pu qu’émietter un peu plus une gauche déjà pathologiquement fragmentée. Il a agi en diviseur égotiste. Quant aux Verts, incurablement pétrifiés par leurs obscures querelles, par leurs statuts morbides et par leur indécrottable amateurisme, ils ont touché le fond malgré la vigueur et la compétence de Dominique Voynet. Nicolas Sarkozy va s’employer à leur chiper quelques-uns de leurs thèmes de prédilection. Comme force autonome, leur avenir est derrière eux. Après les législatives, ils auront le choix entre rétrograder en groupe de pression ou se marier avec les socialistes : se fédérer ou s’effacer.

Cela risque d’ailleurs de devenir l’alternative de l’ensemble de la gauche durant les cinq, voire les dix années à venir si elle ne réagit pas. Durant l’interminable campagne présidentielle ­ la plus longue qu’ait jamais connue la Ve République ­, la droite avançait en bon ordre, l’UMP tout entière mobilisée derrière un leader charismatique brandissant un projet parfois fluctuant mais toujours offensif. En regard, la gauche ressemblait à un essaim bourdonnant en tous sens autour d’une reine contestée et d’un pacte présidentiel en accordéon. Avoir presque atteint 47 % des suffrages dans ces circonstances témoignait de l’usure du pouvoir de la majorité sortante, de l’insatisfaction profonde d’une moitié de la France et des dons manifestes de Ségolène Royal pour prétendre au trône, sinon pour l’occuper. Tout cela se trouve désormais derrière nous. Une autre phase commence et, pour l’ensemble de la gauche, c’est une reconstruction entière qui s’impose. Le PS ne peut pas, ne peut plus en être seulement la composante centrale, l’ossature obligée. Il lui faut soit devenir à lui seul en quelques années la gauche tout entière comme c’est la logique d’un régime présidentiel, soit se donner de nouveaux alliés susceptibles de lui faire atteindre de nouveau la majorité, comme c’est la pente des régimes parlementaires. Il doit en somme ou fortifier son hégémonie sur l’ensemble de la gauche (comme Nicolas Sarkozy est en passe de le faire rive droite), ou mettre sur pied avant les élections locales de l’an prochain une coalition avec le centre d’opposition : régner à gauche ou séduire le centre, pousser plus loin la logique d’Epinay en vampirisant ce qui subsiste sur sa gauche comme François Mitterrand l’a fait avec le PC, ou au contraire rompre avec la logique d’Epinay, la dépasser et l’oublier pour conclure un mariage morganatique avec le centre. Une alternative plus facile à dessiner qu’à trancher.

En tout état de cause, la stratégie électorale du PS ne saurait exorciser l’émiettement de la gauche qu’à condition de résoudre deux préalables : celui de son projet puis celui de son leader. Depuis la fin du mitterrandisme, tout a changé, le communisme s’est effondré, la mondialisation s’est imposée, le marché a gagné, l’environnement est naufragé, les régulations rêvées par la gauche demeurent introuvables et, cependant, le PS s’est dispensé de tout nouveau projet. Il a escamoté, occulté son invivable dédoublement de personnalité entre théorie et pratique, entre idéologie et choix de gouvernement. Il est, seul de son espèce en Europe, sans référence contemporaine, sans nouvelles valeurs, sans nouvelles orientations assumées, se battant stoïquement derrière un étendard aveugle et sans leader consacré. Orphelin.

Peillon: « Ne pas baisser la tête »

Créé par le 26 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Débats autour de la refondation de la gauche

Propos recueillis par Maud PIERRON
leJDD.fr

Co-fondateur du Nouveau Parti socialiste (NPS) en 2002, Vincent Peillon est l’un des « quadra » avide d’avenir au PS. Lors de la campagne présidentielle, le député européen a été un des porte-parole de Ségolène Royal. Candidat dans la Somme, poste qu’il a perdu en 2002, il souhaite que le PS mène une campagne offensive, avant de se poser la question de la rénovation.

Vincent Peillon tentera de reconquérir son siège de député, perdu en 2002. (MaxPPP)

Comment le PS va-t-il mener la campagne législative, alors que Nicolas Sarkozy et François Fillon ont nommé un gouvernement d’ouverture, largement soutenu par l’opinion?
Le PS ne se laisse pas intimider même si l’installation du gouvernement occupe tout l’espace. Les gens n’ont pas envie de cracher sur ce qui est neuf, sur ce qui a été choisi, donc ils expriment un avis favorable. Malgré tout, 47% des Français ont voté pour la gauche. On le voit dans nos circonscriptions, les gens veulent un contre-pouvoir. On peut être satisfait sur la forme de ce gouvernement tout en craignant un certain nombre de ses propositions. Le PS va continuer à défendre ses idées et le faire avec le plus d’énergie possible, autour de l’idée qui est celle d’une gauche qui puisse à la fois agir mais qui puisse aussi défendre contre ce qui pourraient être les atteintes du gouvernement Sarkozy/Fillon.
En ce début de campagne, comme durant l’élection présidentielle, les ténors du PS utilisent les termes de danger, de péril, pour qualifier la politique proposée par l’UMP, voire pour qualifier Nicolas Sarkozy. Or il ne semble pas que cet argument ait porté. Pourquoi continuer sur ce registre ?
Je ne sais pas si cet argument est suffisant mais quand on pense dire quelque chose de vrai, il faut continuer de le dire. Ce n’est pas seulement opportuniste. On voit bien dans le gouvernement « d’ouverture » de Nicolas Sarkozy ce qu’il y a d’opportunité, on voit bien que c’est un gouvernement qui est en campagne législative, qui veut un maximum de sièges possible et concentrer le maximum de pouvoirs. Est-ce une bonne chose en démocratie ? Sans doute non. On a donc raison de le dire. Par ailleurs est-ce que Nicolas Sarkozy a brusquement changé le soir de son élection ? Il n’y a pas de raison non plus de penser qu’il y a eu un coup de baguette magique. Un certain nombre de ses projets nous semblent dangereux. La concentration des pouvoirs politiques, financiers et médiatiques est une chose sur laquelle François Hollande a raison d’avertir les Français.

« Nous avons besoin d’ouvrir un nouveau cycle politique à gauche« 

Quels autres arguments mettez-vous en avant ?
Le projet de Nicolas Sarkozy est le même après l’élection qu’avant. Il est de démanteler les éléments fondamentaux du pacte républicain et social. Il est d’avoir une majorité pléthorique pour pouvoir remettre en cause le contrat de travail, pour continuer à faire des cadeaux fiscaux à ceux qui n’en ont pas besoin, pour progressivement mettre en place une franchise sur les soins et faire en sorte que les assurances privées viennent se substituer à la solidarité nationale. Pour tout cela il a besoin, car pour le coup c’est un programme audacieux, d’une très forte majorité. Des pleins pouvoirs quasiment, d’une opposition très faible en tout cas. C’est cela l’enjeu politique pour lui. Il va falloir mieux expliquer ces réformes aux Français parce qu’on n’a pas été assez convaincants jusque là.

Au lieu de s’unir contre ce danger supposé, pourquoi le PS donne-t-il l’impression de partir au combat désuni, tiraillé par les querelles internes ?
Ceux qui ont voulu ouvrir des débats juste après la défaite ont eu tort de le faire. Il est évident que la gauche aura à réfléchir à son échec, à faire de nouvelles propositions aux Français. Mais il y a un temps pour tout. Là on est dans un bagarre frontale qui est celle des législatives. Evidemment, toute désunion est extrêmement préjudiciable, c’est une règle élémentaire de la vie politique. Certains l’ont oublié et c’est dommage mais je pense que maintenant les choses sont rentrées dans l’ordre. Il ne faut pas baisser la tête. Les gens attendent de nous qu’on continue de dire un certain nombre de choses sur les propos de Sarkozy et sur le comportement qui est le sien depuis huit jours. Il faut mener le combat et ne pas rester chez soi, poser les armes et attendre la catastrophe.

« Ceux qui contestent la légitimité de Ségolène Royal se tirent une balle dans le pied« 

Quel sera le rôle de Ségolène Royal dans cette campagne, alors qu’elle ne se présente pas à la députation ?
Elle ne se présente pas car elle s’applique un principe, c’est tout à son honneur, qui est celui du non cumul des mandats. Elle a déjà été députée 15 ans et elle a pris des engagements à la région Poitou-Charentes. De plus, il n’y a absolument pas besoin de se présenter aux législatives pour mener une campagne nationale quand on sort d’une présidentielle. Comment peut on imaginer une seconde qu’elle ne soit pas légitime? Elle vient de représenter toute la gauche au second tour, avec 17 millions de voix. Les gens qui la contestent se tirent une balle dans le pied. Elle va faire de l’expression nationale à travers les médias, puis elle ira soutenir des candidats sur le terrain.

Si on se projette dans l’avenir, après les législatives, faites-vous partie de ceux qui plaident pour la tenue d’un congrès pour entamer la rénovation du PS et désigner le candidat pour la prochaine présidentielle?
Dans l’immédiat je crois qu’on n’est pas dans l’idée de désigner des candidats ou de faire des congrès. Pour avoir été un des principaux animateurs des deux derniers, je n’ai pas trouvé que les congrès étaient des choses utiles. Ça a plutôt figé les positions et on a perdu du temps. On se parlera les uns et les autres après les législatives, mais il faut, me semble-t-il, une démarche beaucoup plus profonde, beaucoup plus longue. Qui ne soit pas une démarche où l’on mélange le travail sur les idées et le travail sur les positions de pouvoir. Je pense enfin que dans cette démarche, il faut associer très au delà du PS, notamment les autres partis de gauche qui sont eux-mêmes en demande de rénovation mais aussi beaucoup de citoyens à l’extérieur du parti, qui comprennent que nous avons besoin d’ouvrir un nouveau cycle politique à gauche. Il faut vraiment un travail en profondeur et un travail qui ne soit pas l’otage de formes de partis qui existent déjà, y compris au PS. On a vraiment besoin d’inventer un processus de refondation nouveau.

Que serait un grand parti qui rassemblerait toute la gauche ?
Je ne veux pas préjuger de la forme que les uns et les autres souhaiteront. Personnellement, j’ai parlé d’assises de la gauche. Il ne faut pas rester entre nous, il faut que les boutiques se décloisonnent, que les partis parlent avec les citoyens, avec les syndicats, et on décidera ensemble si on fait un grand parti de gauche ou si ce n’est pas la bonne formule. Mais il ne faut pas commencer par être obsédés par la question des formes, parti unique ou pas parti unique, ni par celle des personnes. Il faudrait qu’on le soit un peu plus par la question du projet.

Dans l’Huma une enquête sur le vote dans le Nord : « pourquoi Sarkozy a mordu sur l’électorat populaire ?  »

Créé par le 26 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle

REPORTAGE .Pour la première fois depuis quarante-deux ans un candidat de droite a été majoritaire au second tour dans ce département. La gauche est menacée dans cinq circonscriptions.

Nord Envoyé spécial C’est peut-être un symbole. En tout cas, c’est un événement. Le 6 mai dernier, les électeurs du Nord ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy. Avec 51,75 % des suffrages, il a devancé Ségolène Royal. Dans ce département, depuis la Libération, une seule fois un candidat de droite l’a emporté face à la gauche au second tour d’une élection présidentielle. C’était en 1965, Charles de Gaulle avait alors battu François Mitterrand. Le premier tour, le 22 avril dernier, fut déjà une sérieuse alerte pour la gauche. Avec 27,92 % des voix, le candidat de l’UMP est arrivé en tête alors que les candidats de gauche n’ont rassemblé que 38,95 % des suffrages exprimés et que la participation atteignait 80,83 % des inscrits. Nicolas Sarkozy l’a emporté parce qu’il a rassemblé audelà de l’électorat naturel de la droite. Au premier tour, il améliore ainsi de 141 000 voix le total réalisé par Jacques Chirac, Alain Madelin et Christine Boutin en 2002. Une progression que la perte de 65 000 suffrages enregistrée par Jean-Marie Le Pen par rapport à ce que Bruno Mégret et lui avaient recueilli au premier tour de la précédente élection ne suffit pas à expliquer. Au second tour, le candidat UMP a confirmé sa percée. Non seulement il triomphe dans les communes cossues gérées par la droite comme Bondues et Mouvaux, où il rafle respectivement 82,52 % et 75,51 % des suffrages mais, en plus, il se paie le luxe de devancer la gauche dans plusieurs de ses fiefs. En tête dans seize circonscriptions sur vingt-quatre, il est majoritaire dans celles des députés socialistes Michel Delebarre, Jean Delobel, Marcel Dehoux et Yves Durand. Ainsi que dans celle du président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, Alain Bocquet. Des municipalités socialistes n’échappent pas à la vague bleue. Le candidat UMP obtient 52,3 % à Dunkerque, 51,5 % à Tourcoing, et l’emporte même de dixneuf voix dans le fief historique de Wattrelos. Fait encore plus remarquable : alors que Ségolène Royal établit ses meilleurs scores dans les villes à direction communiste, deux d’entre elles, Vieux-Condé et Seclin, placent Nicolas Sarkozy en tête. À Seclin, le candidat de droite a obtenu 51,65 % des voix. Un résultat que la mairie explique pour l’essentiel par les changements intervenus dans la composition sociologique d’une population à l’origine très populaire. Depuis quelques années, la ville accueille un flot grandissant de nouveaux habitants originaires du centre de la métropole lilloise. Ces nouveaux arrivés, issus des classes moyennes et en quête de l’achat d’un logement, ont souvent choisi Seclin parce que la ville subit un peu moins que d’autres l’inflation des prix de l’immobilier. Nicolas Sarkozy fait une percée dans les fiefs de la gauche L’évolution du vote dans les quartiers où ils s’installent montre qu’ils votent sans doute un peu plus à droite qu’eux. L’analyse du scrutin, bureau par bureau, fait apparaître que Ségolène Royal est en effet en tête dans tous les quartiers populaires comme celui de la Mouchonnière où elle a recueilli 59,95 % des suffrages. Laetitia, vingt-cinq ans, aide-scolaire à l’école primaire Dutoit, est seclinoise depuis deux ans. Avec son compagnon, elle habite le centre-ville. La jeune femme, « électrice de droite depuis toujours », a voté pour Nicolas Sarkozy. « Son discours sur les assistés m’a plu. Il y a trop de gens qui vivent des allocations financées par notre travail. C’est toujours ça en moins sur notre paie, explique-t-elle. Mon copain gagne 1 100 euros par mois, moi, 600 euros pour vingt heures de travail par semaine. Notre préoccupation numéro un, c’est le pouvoir d’achat. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir fait une proposition pour nous permettre de gagner plus », poursuit-elle. Jérôme, quarante- sept ans, divorcé avec un enfant à charge, a voté également pour Nicolas Sarkozy. Il juge le candidat UMP « plus apte, plus précis dans ses propositions ». Il a été particulièrement séduit par sa volonté affichée « de ramener l’ordre et la discipline ». Maître-nageur de profession, il dit constater quotidiennement « la disparition de la discipline et la montée des incivilités ». Georgette, quarante-trois ans, est aide-soignante. Jusqu’à cette élection présidentielle, elle votait pour le Front national. « Cette fois-ci, j’ai voté pour Sarkozy. Il dit la même chose que Le Pen mais il est moins sulfureux. Ça passe mieux. Et surtout, il gagne les élections  », explique cette mère de famille de quatre enfants. Comme Laetitia et Jérôme, elle a voté « non » à la constitution européenne. Elle exprime les mêmes craintes vis-à-vis de la mondialisation. Sa priorité, c’est « la fermeture des frontières pour empêcher les délocalisations mais aussi parce que la France, qui a déjà du mal à donner du travail aux siens, ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Patrick, trente-six ans, avait jusqu’à présent toujours voté à gauche. « Tantôt socialiste, tantôt communiste. » Mais cette fois-ci, l’employé de La Poste a voté à droite car « le discours de Ségolène Royal était trop flou et que, surtout, elle n’avait pas d’autre projet que de critiquer Sarkozy, explique-t-il. La gauche fait trop de social. Elle aide toujours les mêmes. » Marié, père d’un enfant, il gagne, comme son épouse, 1500euros par mois et estime que « la gauche ne fait rien pour les classes moyennes, alors que Nicolas Sarkozy propose des choses concrètes comme, par exemple, favoriser l’accès à la propriété ». Le début du mandat de Nicolas Sarkozy est jugé plutôt positivement. Laetitia, Jérôme, Georgette et Patrick ne sont pas choqués par la croisière du nouveau résident de l’Élysée sur le yacht de l’homme d’affaires Vincent Bolloré. « Il a bien le droit de prendre des vacances », répondent-ils. Les premières gestes du nouveau président recueillent également leur approbation. « L’ouverture du gouvernement à des ministres de gauche comme les rencontres avec les syndicats alors qu’il n’a pas encore pris ses fonctions démontrent qu’il n’est pas “le méchant loup”, l’homme dangereux que la gauche a dépeint », s’avance Patrick. Le statut de numéro 2 de Nicolas Sarkozy des gouvernements de Jean-Pierre Raffarin et de Dominique de Villepin ne leur pose pas plus question. Même si Patrick et Jérôme jugent négatif le bilan des cinq dernières années, ils n’en tiennent pas pour responsable le nouveau président. « C’est Chirac qui décidait et pas lui », justifient-ils. Cette même raison explique aussi, selon eux, que le candidat n’ait pas mis en oeuvre ces cinq dernières années « la politique nouvelle » et « la rupture » dont il s’est fait le chantre tout au long de la campagne. Tous les quatre n’ont pas arrêté leur choix pour les législatives du mois de juin. Laetitia et Patrick pensent néanmoins qu’ils iront voter pour le candidat que présentera l’UMP dans leur circonscription car « il faut donner à Nicolas Sarkozy les moyens de réaliser ses projets ». Jérôme et Georgette sont plus hésitants et pourraient peut-être, au bout du compte, porter leur suffrage sur le maire communiste, Bernard Debreu. « C’est un bon maire. Il est de notre côté », explique Georgette, qui souligne « la qualité de l’action sociale de la municipalité  ». Jérôme estime que « la ville est bien gérée » et que « la mairie fait beaucoup pour le développement économique et social ». Il se dit aussi « satisfait des équipements municipaux ». Laetitia et Patrick jugent aussi « positive » l’action de leur maire et affirment que, s’il se représente aux prochaines municipales, ils voteront pour lui. La montée de l’individualisme Dans une salle du comité d’entreprise d’Arcelor-Mitall Mardyck, près de Dunkerque, les militants CGT achèvent l’assemblée générale mensuelle de leur syndicat autour d’un barbecue. Quand on les interroge sur la victoire de Nicolas Sarkozy et plus précisément sur le fait que le candidat UMP a recueilli une majorité de voix dans la ville de Dunkerque et la circonscription détenue par le socialiste Michel Delebarre, les syndicalistes se montrent inquiets du succès rencontré par le « candidat du MEDEF » auprès de leurs collègues de travail. « Je connais des ouvriers qui, dans la boîte, votent CGT, et ont choisi Sarkozy », déplore Dominique. Une contradiction que l’ouvrier explique par « l’incapacité de la gauche à proposer un programme crédible et les changements qu’attendent les salariés, en particulier en matière d’augmentation du pouvoir d’achat ». « Quand la paie n’augmente que faiblement, on se résout à faire des heures supplémentaires, à “travailler plus pour gagner plus”. Il faut bien honorer les crédits de la voiture ou de l’appartement. » Une attitude qui inquiète Philippe, le délégué syndical central. « Travailler plus, c’est permettre au patron d’atteindre ses objectifs de gain de productivité », analyse- t-il. Au bout du compte, « ceux qui font des heures supplémentaires jouent contre l’emploi et l’embauche des jeunes ». Et de rappeler que « la direction du groupe ne veut remplacer qu’un départ en retraite sur trois alors que 1 400 des 4 000 salariés des sites de Dunkerque et de Mardyck mettront fin à leur carrière professionnelle d’ici à 2013 ». « La solidarité de classe est en train de disparaître. Le système pousse ceux qui ont un emploi à en priver ceux qui en recherchent un », constate Dany Wallyn, secrétaire du syndicat. Comme Dominique, il estime que « l’incapacité de la gauche à proposer des solutions politiques collectives et satisfaisantes aux problèmes que rencontrent les salariés, en particulier en termes de pouvoir d’achat, pousse à la recherche de solutions individuelles  ». « Cette montée de l’individualisme explique le succès de Sarkozy, y compris parmi des populations qui ne lui sont pas naturellement acquises », avance celui qui est aussi conseiller régional communiste du Nord-Pas-de-Calais. « La gauche n’a pas su combattre l’individualisme et n’a pas su démontrer que s’en sortir seul est une illusion, que les ouvriers n’ont jamais rien gagné sans se rassembler  », lance Renaud, syndiqué retraité. « Pour beaucoup, la vie se résume ainsi : après moi le déluge », s’énerve-t-il. Et de lâcher, amer : « Sarkozy a réussi à opposer les pauvres aux pauvres. » Pierre-Henri Lab

Le PCF se projette dans l’après-Buffet

Créé par le 26 mai 2007 | Dans : Bilan de la campagne présidentielle, Non classé

La secrétaire nationale du parti est brisée par sa défaite cuisante à la présidentielle.

Par Matthieu ECOIFFIER

QUOTIDIEN LIBERATION : samedi 26 mai 2007

Marie-George Buffet a le blues. A l’instar de François Hollande, la secrétaire nationale du PCF songe à passer la main plus vite que prévu. Sauf que contrairement au numéro 1 socialiste, Marie-George Buffet était aussi la candidate de son parti à la présidentielle. Elle a donc dû encaisser le score historiquement bas de 1,92 % obtenu au premier tour. Et a subi personnellement le contrecoup de cette «terrible défaite», selon plusieurs proches. «C’est très dur. Marie-George est au bout du rouleau, elle expédie les affaires courantes», note l’un d’eux. Une dirigeante la décrit «repliée sur sa circo», sa circonscription de Seine-Saint-Denis. «Buffet est out of order et souhaite abandonner les rênes du parti dès la fin de l’année. Mais elle veut impulser un renouvellement générationnel, relève un autre responsable du PCF, et autour d’elle, la direction ne sait plus où elle habite.» A la tête du PCF depuis 2001, Buffet avait abandonné ses fonctions le temps de la campagne avant de les reprendre après le premier tour. Mais elle désirerait s’en aller au moment du congrès extraordinaire qui aura lieu en décembre sur les questions politiques de fond et non pas lors du congrès ordinaire destiné à désigner une nouvelle direction : fixé au printemps 2009, il pourrait être avancé à l’automne 2008.

«Gros lot». Résultat, place du Colonel-Fabien, une poignée de noms circulent, qui pourraient incarner ce renouveau. Dont trois jeunes : Patrice Bessac, conseiller régional d’Ile-de-France, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, et Marie-Pierre Vieu, conseillère régionale de Midi-Pyrénées. «Ils sont en vogue dans les hautes sphères du PC. Lequel tirera le gros lot ? On n’est plus à l’époque des grands hommes, tout le monde ne peut pas s’appeler Lénine, mais il y a de la marge», ironise un cadre du parti.

A 28 ans, Bessac, décrit par certains comme le «chouchou de Marie-George», est le plus jeune. Patron de la fédération de Paris, monté en graine dans le fief communiste d’Henri Malberg dans le XXe arrondissement, il défend une ligne identitaire : «Il a bossé avec Marie-George quand elle était ministre des Sports. Il est le tenant d’une ligne de fermeture du parti et d’une alliance avec les « rouges vifs » (les orthodoxes du PCF)», analyse un élu communiste parisien. L’intéressé confirme son peu de goût pour la dynamique antilibérale issue de la victoire du non à la Constitution européenne : «Pour faire vivre le rassemblement, mieux vaut un accord entre forces politiques avec des gens comme Jean-Luc Mélenchon [sénateur PS, ndlr], plutôt que de se réembringuer dans un machin où l’on fait semblant d’être d’accord pendant des mois.» 

«Logiciel communiste». Ses deux rivaux ­ Marie-Pierre Vieu, 39 ans, vice-présidente de Midi-Pyrénées, un temps proche de Robert Hue, et Olivier Dartigolles, 36 ans, enseignant à Pau ­ ont un profil plus «unitaire». Dartigolles lorgne notamment sur le Linkspartei allemand, une alliance de la gauche radicale et du mouvement social. Officiellement, évidemment, la question de la succession de Buffet «n’est pas d’actualité. Marie-George est notre secrétaire nationale. Elle a la confiance des communistes , martèle Olivier Dartigolles. Notre volonté, et celle de toutes les fédérations que je visite, est de mener la campagne des législatives». Ensuite, viendra le temps de reprogrammer «le logiciel communiste et de désigner une direction pour l’animer». 

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