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Quelles perspectives pour cette gauche française saisie du remord du pouvoir dans l’urgence de sa refondation systémique et d’ensemble ? par Xavier Dumoulin

Créé par le 11 mai 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, a2-Blog-notes politique de XD

 

Quelles perspectives pour cette gauche française saisie du remord du pouvoir dans l’urgence de sa refondation systémique et d’ensemble ? P1030266

Crédits photographiques du blog citoyen, socialiste et républicain Statues dans la rue à  La Havane

 

« Nous croyons à la force de nos idées … il faut rebattre le jeu, redistribuer les cartes et nous faisons confiance en nos idées pour – dans un cadre plus vaste – progresser, s’affirmer, devenir majoritaire. Donc, c’est un calcul stratégique qui fait fond sur l’analyse que nous faisons de la crise de la mondialisation, qui fait fond aussi sur les espaces qu’elle ouvre à une gauche digne de ce nom ! »  Extrait d’un entretien avec Jean-Pierre Chevènement pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« La vraie question s’est d’abord d’être au clair… pour construire ensemble une nouvelle dynamique… Moi, je plaide pour qu’on crée une université populaire et permanente de la gauche avec toutes les forces intellectuelles de gauche de ce pays pour qu’on se confronte, qu’on aille au bout des discussions pour savoir ce qui nous fédère et ce qui nous divise. »  Extrait d’un entretien avec Marie Noëlle Lienemann pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Ce qui a constitué le progrès de l’humanité, c’est le fait que les gains en efficacité obtenus par la raison, par la technique, par la science, ont permis aux êtres humains d’avoir plus de mieux être et moins de  mal être tout en ayant plus de libertés, plus de temps libre, plus de temps disponible pour autre chose que le travail, que l’affrontement à la nature.»   Extrait d’un entretien avec Jacques Généreux pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Pour moi, le parti communiste français, c’est comme une nappe phréatique. Il a subi, certes, beaucoup de défaites. Le communisme a été trahi ! Horriblement trahi  par certains dans le monde. Mais la nappe phréatique du communisme français, elle est toujours vivante… Et lorsque certains abandonnent les mots communiste et révolutionnaire, je pense qu’il est important pour nous de les conserver. Mais bien sûr, de les faire vivre avec les temps d’aujourd’hui et les temps de demain… »   Extrait d’une table ronde avec Claude Cabanes et d’autres militants lors de la fête des Pins à Tarnos en 2008

« Donc ce qui est important, aujourd’hui (… ) c’est de travailler à une vraie refondation et à quelque chose qui sera mieux qu’un rebond. C’est à dire faire ce que les hommes du mouvement ouvrier tentent depuis toujours de réaliser – enfin plus exactement depuis l’industrialisation de la France, fin 18° et au 19°siècle quand les ouvriers sont arrivés dans les villes, les métropoles régionales… avec des salaires très bas, les enfants dans les usines… Mais malgré le massacre de la commune, grâce à tout ce qui va se produire sous la Troisième république, il y aura un changement profond. Et puis ce sera l’école publique, gratuite ! Ce sera bien entendu, le droit du travail qui avancera- ce sera plus long – et puis ce sera un pays qui deviendra profondément républicain – c’est à dire un peuple  souverain qui ne s’en laisse pas conter ! »  Extrait d’un entretien avec Georges Sarre pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

« Mais la gauche, elle existe ! Elle travaille ! Elle est là ! Ce n’est pas parce qu’elle a des représentants qui ne la représentent pas qu’elle n’existe plus ! Je vous assure qu’elle travaille et elle travaille bien ! Pas seulement en France, mais dans le monde entier… Croyez-moi, le mouvement, il est parti ! Il est irréversible ! La seule inquiétude, c’est de savoir où en sont les dégâts. Et s’il n’y a pas une situation irréversible dans les dégâts et dans le processus de la destruction de l’humanité. Actuellement, le régime, le système actuel, il est à bout de souffle. Cet argent qui a étouffé tout le monde, il s’étouffe lui-même aujourd’hui. Et il ne faut pas le laisser mourir tout seul. Il faut l’aider à mourir et le combattre mais la relève est là et croyez-moi, l’alternative elle est prête, elle est là ! »  Extrait d’un entretien avec Danielle Mitterrand pour le blog citoyen, socialiste et républicain en 2008

Synthèse de l’article dédié à Jean-Marie, citoyen accompli.

Douze ans après la crise financière, la période présente agit comme un révélateur et ouvre un regard nouveau sur un monde en proie au coronavirus. En France, les sous-capacités hospitalières en réanimation, l’absence de masques, de tests et de matériels médicaux jettent un trouble profond dans une opinion médiatisée et retournée qui retrouve les vertus des « premiers de corvée », soignants, caissières, livreurs, les plus exposés, dans une insécurité certaine en début de pandémie.

« C’est le kairos, le moment où il faut saisir le retournement idéologique » selon le politologue Rémi Lefebvre.

Les développements contenus dans l’article proposé ci-dessous bénéficient d’un éclairage concret au travers de l’authenticité de nos humbles engagements dans les courants socialistes et républicains, de l’exercice de nos responsabilités professionnelles au sein du service public de l’emploi et de la santé et, plus largement, de nos pratiques et questionnements éthiques et politiques de « citoyen ordinaire » et « spectateur engagé ».  On trouvera dans la rubrique « à propos du blog citoyen » nos éléments de présentation.

Sur les thèmes développés, nous assumons une posture idéologique apparentée à un « réformisme révolutionnaire » sans doute plus révolutionnaire que réformiste, même dans son acception traditionnelle, le terme étant à présent totalement dévoyé par les réformes néolibérales. Nous nous  interrogeons sur les perspectives d’une gauche à refonder pour donner sens à son retour aux responsabilités nationales et nous situons résolument dans une optique de changement complet de paradigme dans une visée de reconquête démocratique des souverainetés élémentaires et nécessaires à la vie intellectuelle, politique, économique et sociale de la nation, à commencer par la première de toutes, la souveraineté populaire. Ce mouvement n’a de réelles chances d’amorcer une révolution dans les modes de production de richesses au service d’une humanité réconciliée avec son environnement qu’à la condition de s’émanciper de la doxa néolibérale. L’audace de nos « pistes » programmatiques et projectives à court, moyen, voire très long terme (il ne s’agit pas, ici, dans ce mode libre, purement exploratoire que nous livrons en débat, du niveau de précision d’un programme électoral d’élaboration collective soumis aux électeurs : calendrier, financement, détail dans l’articulation des mesures, etc.,), vient ainsi à point pour secouer les réflexes pavloviens d’une gauche frileuse et repliée, idéologiquement défaite ou confuse, et qui « s’éclate » ainsi malgré tout.  Cette contribution citoyenne en croise des milliers d’autres aujourd’hui dans un débat public dé confiné, souvent informel et spontané, qui concerne citoyens, militants et traverse les formations associatives, syndicales et politiques. Les développements sont articulés autour des points et résumés suivants : Lire la suite »

Changer de ton ou changer de cap?

Créé par le 14 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, a2-Blog-notes politique de XD

On en conviendra tous : le président Macron a changé de ton et ce n’est plus le chef de guerre qui parle. Ce registre martial jugé trop théâtral avait suscité beaucoup d’interpellations quant à l’appui concret apporté aux troupes en luttes : moyens des soignants, sécurité des travailleurs, etc. On ne s’auto-désigne pas « Père la victoire », et n’est pas Clemenceau qui veut!

Le président mieux inspiré s’est donc efforcé, dans sa dernière allocution, de donner des gages de volonté de résistance au coronavirus, amorçant même un début d’autocritique de sa gestion de crise. 

Ce « macromanagement » de la crise sanitaire a indubitablement souffert d’un manque d’anticipation, peinant à s’émanciper des logiques implacables d’un système socio-économique – système valorisant les élites et les profits au détriment des travailleurs et de  la production – et des réflexes d’une idéologie amalgamant la dite gouvernance de la France à celle d’une start-up. Dans ce contexte, souligné par tous, d’une crise hospitalière et d’une perte de souveraineté dans les filières du médicament et des matériels médicaux s’accompagnant d’un funeste abandon des recherches sur le coronavirus et d’une absence monstrueuse de politique de prévention dénoncée avec force par un ancien directeur général de la santé.

Cet horizon de dé-confinement progressif annoncé le 13 avril dernier pour le 11 mai prochain répond sans doute au besoin de réconfort de nombre de nos concitoyens exaspérés par les conditions concrètes de cette vie de grande promiscuité de personnes seules ou en famille, conjuguant souvent télé travail et garde d’enfants dans des logements trop exigus. Sans parler des résidents des EHPAD confinés dans leur chambre ou des plus démunis, en CHRS ou bien dans des squats de fortune. Mais la perspective de dé-confinement fait aussi écho à la demande pressante du MEDEF de reprise des activités avec en prime cette volonté de renforcer les flexibilités et de réduire le droit du travail, ce droit déjà quelque peu mis à mal avec la loi d’urgence sanitaire, loi contestée par l’expression des gauches parlementaires, et les ordonnances sensées la concrétiser en matière de temps de travail et de congés notamment. Comme en témoignent leurs premières réactions, les centrales syndicales ne sauraient accepter cette asymétrie décomplexée, sous les prétextes de besoins de souplesses revendiqués par le grand patronat dans un discours non équivoque qui ne saurait convaincre.

Ce dé-confinement est par ailleurs dénoncé par des épidémiologistes mettant en garde contre les risques mortifères de propagations et de rebonds incontrôlés avec l’ouverture trop précoce des écoles. Il reste par ailleurs tout à fait flou, dans l’attente de plans concrets prenant en compte les situations de terrain. En tout état de cause, la perspective du dé-confinement progressif suppose la réunion de l’ensemble des moyens sanitaires nécessaires au bon accomplissement des missions de service public ou régaliennes,  moyens réclamés à cor et à cri par les professionnels déjà exposés et en première ligne.

Le passage au jour d’après suppose une résolution de ces problématiques incontournables. Celles-ci nous conduisent à appréhender ici et maintenant l’avenir dans le nouveau paradigme d’une opposition résolue à la mondialisation libérale au bénéfice d’une reconquête des souverainetés dans des coopérations régionales et internationales repensées. Avec la nécessaire remise en cause des logiques en oeuvre chez les principales institutions : Banque mondiale, BCE et commission européenne confortant celles du capitalisme financier mondialisé. Un vrai programme de salut public d’intérêt général susceptible de souder un bloc républicain autour de cette perspective récusant le populisme identitaire nationaliste et xénophobe et le prétendu « progressisme » des élites mondialisées.

Mais au-delà d’une politique du court et moyen terme permettant de retrouver la respiration nécessaire, il conviendrait  d’ouvrir résolument la voie étroite d’un profond changement de cap politique, économique, social et écologique, la propagation des virus s’expliquant aussi par l’effet conjugué de la mondialisation des échanges et de la rupture des équilibres écologiques.

Donnons en référence – et pour illustration prioritaire de ce nouveau chemin -, quelques exemples forts :

- la lutte contre le réchauffement climatique en limitant le fret et l’utilisation de l’énergie à effet de serre, ce qui n’est pas antinomique, soit dit en passant, de la sécurisation de la filière nucléaire;

- la promotion d’une agriculture raisonnée, si possible biologique, avec des modes de productions agricoles ou animales réorientées, créatrices d’emplois durables, promouvant les circuits courts et favorisant dans tous les cas la prévention des risques chimiques et la lutte contre les perturbateurs endocriniens;

- avec la reconquête d’une sécurité alimentaire, celle d’une sécurité sociale et professionnelle conférant un salaire à vie sur la base d’un statut attaché au travailleur ( pour mémoire, ce « déjà là communiste » avec les conquis de 1946 doit être étendu au-delà du secteur socialisé de la santé et des travailleurs sous statut ou des fonctionnaires et représente la visée la plus pertinente dans le combat contre la liquidation de l’Etat social );

- la conquête de la co-propriété d’usage des outils de travail par l’alliance des productifs, l’expression démocratique supposant la possibilité effective de l’intervention directe des travailleurs dans les choix d’orientation (et donc de réorientation) d’une production et de ses modes de développement, expression incontournable pour satisfaire les besoins réels de la population dans une économie limitant les nuisances environnementales et l’obsolescence programmée des marchandises à des fins lucratives.

On le comprend bien, un tel programme de salut public repose sur un changement complet de logiciel de l’action publique de l’Etat et conduit à relever le défi d’une « politique de civilisation », chère à Edgar Morin et Sami Naïr, jadis dévoyée par l’emprunt sémantique de Nicolas Sarkozy prétendant après la crise de 2008 « moraliser le capitalisme ».

Éclairé par l’histoire et refusant toute équivoque, on pourra prendre à présent au pied de la lettre le propos du président Macron :  « Sachons, dans ces moments, sortir des sentiers battus, des idéologies et se réinventer – moi le premier », déclaration sur un mode un peu pathétique qui ne peut laisser indifférent et signifie pleinement l’immensité de la tâche à accomplir!

Xavier Dumoulin

 

A la Une de Respublica N°929 Frédéric Pierru : Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

Créé par le 14 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus, Santé-social-logement

Pour le reconstruire, il faut dès à présent repenser notre système public de santé

lundi 13 avril 2020
 

Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, M. Le Président de la République a déclaré que la société française était en guerre contre cette menace invisible, mais tueuse, qu’est le Covid-19, appelant les Françaises et Français à l’unité plutôt qu’à ouvrir des polémiques néfastes à l’efficacité de l’action des autorités sanitaires. Peu après était déclaré l’état d’urgence sanitaire. Pour autant, s’il faut éviter, en effet, les polémiques en ces temps de confinement, il nous semble urgent d’ouvrir dès maintenant un large débat démocratique sur ce que nous voulons construire à partir du jour d’après. Car, il ne saurait être question de refermer la parenthèse et de reprendre le fil des choix et des politiques publics qui ont mené à la catastrophe que nous vivons actuellement. Souvenons-nous de la crise financière de 2008 et de la grave récession qui en a suivi et dont beaucoup de pays européens portent encore les stigmates. Main sur le cœur, les dirigeants d’alors déclaraient solennellement que l’autorégulation des marchés, « c’était fini ». La parenthèse keynésienne a duré moins de deux ans, avant que les politiques d’austérité ne reprennent de plus belle, visant en particulier la protection sociale et les services publics. Renflouées par les contribuables, les banques ont repris leur business spéculatif as usual.

Après le confinement, tout sera à reconstruire, à commencer par notre système public de santé. Et pour reconstruire, il faut avoir pensé, comme l’ont fait en pleine seconde guerre mondiale, économistes, technocrates, syndicalistes, politiques dans les pays alliés, ce qui déboucha en France sur le fameux programme du CNR. Car s’il n’y a pas d’alternative, le scénario de 2008 risque de se produire. Il suffit pour s’en convaincre de prendre connaissance de la récente note de la Caisse des Dépôts et Consignation sur l’hôpital public – qui préconise la même politique austéritaire mais en pire – ou encore des déclarations ahurissantes du directeur général de l’ARS Grand-Est annonçant fièrement, à grands renforts de communication, en plein confinement et donc dans la région la plus touchée, son plan de fermetures de lits pour le CHU de Nancy, plan concocté avec des consultants de Cap Gemini. Cette fois c’était un peu gros et il a été limogé. Mais cela mérite d’être médité : cet inspecteur général des affaires sociales était persuadé de plaire à ses seigneurs en sortant une telle obscénité, anticipant que ces derniers reprendraient la même politique une fois la pandémie passée.

La pandémie du Covid-19 a mis en lumière deux conséquences funestes des politiques néolibérales en matière de santé. D’une part, la France n’a plus de souveraineté sanitaire ; d’autre part, son système public de santé est exsangue après des décennies de rigueur budgétaire à courte vue.

Elle n’a plus de souveraineté sanitaire, alors que la première mission d’un État est de garantir la sécurité et la santé de ses ressortissants. La croyance aveugle dans le libre-échange a fait que nous dépendons désormais de pays comme la Chine et l’Inde pour les approvisionnements de masques FFP2, de principes actifs de médicaments, voire de médicaments indispensables (anticancéreux, antibiotiques, médicaments anesthésiques). Or, en phase pandémique, le libre-échange s’efface derrière le principe sécuritaire. C’est alors la foire internationale d’empoigne pendant que les pouvoirs publics cherchent à rassurer leur population en affirmant des contre-vérités comme l’inefficacité de la protection par masques ou qu’il n’est pas utile de dépister toute la population, la confusion augmentant lorsque le directeur général de l’OMS affirme le contraire. Voici la première leçon à tirer de cette crise sanitaire : pour ne plus connaître ses discours publics qui ajoutent de la confusion à la peur, nous devons impérativement reconstruire notre indépendance sanitaire. Il ne s’agit pas seulement de relocaliser une grande partie de ce que nous avons sous-traité aux pays dits émergents, ce qui, au passage, permettrait de combattre la désindustrialisation de notre économie et créerait des emplois. Cette relocalisation pourrait prendre la forme d’un pôle public du médicament ou d’entreprises, nationales ou européennes, mais à but non lucratif, qui produiraient les médicaments et dispositifs indispensables. Il s’agit aussi de se donner une autre politique de la recherche publique qui éviterait, par exemple, que des recherches prometteuses sur les coronavirus, lancées 2002, ne se tarissent parce que les fonds publics ont été orientés vers la dernière mode scientifique. L’effort budgétaire en faveur de la recherche doit être impérativement réévalué pour atteindre le niveau de pays comparables comme l’Allemagne, pourtant toujours prise en exemple. C’est la raison pour laquelle les premiers tests de dépistage ont été inventés par nos voisins. De plus, il faut en finir avec le réflexe du financement de la recherche par projets. La recherche fondamentale suppose de la stabilité et du temps comme l’a rappelé le chercheur Bruno Canard. Elle doit être attractive pour les aspirants à la recherche, dont la précarité est la règle à ce jour.

Seconde leçon de la pandémie de Covid-19 : notre système public de santé, en particulier hospitalier, menace ruines. Du reste, c’est une leçon sans l’être car depuis des mois les soignants de l’hôpital public tirent le signal d’alarme, sans être entendus des décideurs politiques. Cela fait des années que ces derniers rêvent de faire de l’hôpital un aéroport qui renverrait immédiatement les patients une fois leur opération ou leur prise en charge effectuée. L’hôpital serait un lieu de soins spécialisés et techniques sans hébergement. Une sorte d’usine à soins. Au nom de cette politique du « virage ambulatoire », on a fermé drastiquement des lits, on a limité les effectifs de personnels soignants, par ailleurs sous-payés. Cette pensée financière de la liquidité appliquée à la santé est venue se fracasser sur la pandémie de Covid. La capacité en lits de réanimation, au nombre de 5000, est sous-dimensionnée pour faire face à un tel défi. L’hôpital est certes un lieu de soins aigus spécialisés et techniques, mais il doit aussi prendre en charge une autre épidémie, celle des malades chroniques, doublement touché par le Covid, tout en étant capable d’héberger. Là encore, nos amis Allemands n’ont pas fait cette erreur. Reconstruire un service public hospitalier attractif, avec des équipes stables, bien formées, correctement payées et financées de façon pérenne, à rebours de la logique marchande de la tarification à l’activité. Mais d’une façon générale, c’est l’ensemble du système public de santé qu’il faut repenser à la lumière de la double épidémie de Covid et de maladies chroniques. On n’en finirait pas d’énumérer les chantiers : reconstruire la psychiatrie publique de secteur afin d’éviter les malades souffrant de troubles psychiatriques de faire partie des populations les plus vulnérables, avec les sans domicile fixe, lorsque survient une telle pandémie ; se doter de lits d’aval suffisants ; médicaliser les EHPAD et leur donner les moyens humains et financiers de prendre en charge dignement et avec des soins de qualité nos aînés.

Mais un système public de santé, et non seulement de soins, doit aussi investir un ambitieux service public de prévention, et pas seulement individuelle qui tourne vite au blâme de celles et ceux qui, du fait de leur situation, ne peuvent respecter aussi bien les règles de confinement que les injonctions aux « bons comportements ». Cette prévention doit agir sur les causes économiques, sociales et environnementales qui font qu’il existe treize années d’écart d’espérance de vie entre les plus démunis et les plus aisés. Un État démocratique ne peut tolérer le scandale d’une telle inégalité des vies. Pour le moment, nous médicalisons en aval ce que nous ne nous sommes pas donné les moyens de prendre en charge en amont. Il suffit de penser à la santé au travail, sacrifiée sur l’autel de la compétitivité.

Que la sixième puissance mondiale se dote à nouveau d’un système public de santé digne de son rang, capable de protéger la santé de toutes et tous, y compris les plus vulnérables des citoyens, appelle évidemment un financement suffisant et pérenne. La Sécurité sociale doit regagner le terrain perdu aux dépens des complémentaires santé et être reconnue pour ce qu’elle est : un « commun », hors du marché de l’assurance et hors de l’emprise de l’État. C’était d’ailleurs l’ambition de ses fondateurs, méfiants à l’endroit d’un État qu’ils soupçonnaient de vouloir piocher dans les caisses en cas de disette budgétaire. L’avenir leur a donné raison. Récemment, a été abolie la loi Veil de 1994 qui obligeait l’État à compenser les exonérations de cotisations sociales. La Sécurité sociale s’est ainsi vue amputée de 2.5 milliards d’euros pour financer les mesures que les « Gilets Jaunes » avaient arrachées. Cela est inadmissible et les recettes de « la Sécu » doivent être sanctuarisées.

Mais reconstruction ne veut pas dire nostalgie et revenir à un supposé « âge d’or ». Depuis le programme du CNR, les défis auxquels s’affronte la société française sont, pour une bonne part, nouveaux. Il y a bien entendu le défi écologique et les services publics doivent contribuer à le relever. Il y a aussi le problème du non-recours aux droits : si la communication des gouvernements, de gauche comme de droite, dénoncent les « abus » et les « fraudes », elle est beaucoup plus discrète sur ce phénomène massif qui fait que des personnes renoncent à des prestations auxquelles elles ont droit, soit par honte, soit par peur du contrôle, soit par incompréhension des procédures et circuits bureaucratiques. Les services publics, notamment de la santé, doivent être pro-actifs et aller au-devant des populations les plus vulnérables. Dernier défi, sur une liste appelée à s’allonger : le défi démocratique. La démocratie sociale d’après-guerre fut une vraie ambition, hélas souvent déçue. Il nous faut, à l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, trouver une nouvelle articulation entre démocratie sociale, démocratie politique, démocratie sanitaire, de même qu’entre démocraties représentative et participative. Démocratiser les services publics et éviter autant que possible leur bureaucratisation est un objectif aussi difficile que stimulant.

On le voit, après la guerre pandémique, il faudra reconstruire. Pas seulement entre experts, mais aussi avec l’appui et l’inventivité de la société. Afin de donner une base juridique solide à ce vaste mouvement, il est impératif d’inscrire les services publics, piliers de la République, dans la Constitution.

Si les membres du CNR ont bâti en pleine guerre les fondements d’une société plus juste et solidaire, nous nous devons d’être à leur hauteur et d’en faire de même, en pleine guerre pandémique. Sur la base d’une conviction : Non, le jour d’après ne pourra en aucun cas ressembler au jour d’avant !

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Lu dans l’Huma du 1°avril 2020 : Serait-ce le capitalisme qui tangue devant le coronavirus ? Une tribune de Corrine Luxembourg Maîtresse de conférences, géographe, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture

Créé par le 01 avr 2020 | Dans : a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus

Une tribune de Corrine Luxembourg Maîtresse de conférences, géographe, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture

Concentrés que nous sommes sur ce virus dont la violence induite par sa contagiosité nous stupéfait, nous occultons dans notre hémisphère, le terrible été incendiaire australien qui s’est enfin apaisé. Imaginons-nous vraiment : début mars, on pouvait enfin dire qu’il n’y avait plus de nouveau départ de feu depuis juillet ? Où sont, dans nos mémoires les hectares de forêt amazonienne partis en fumée de janvier à août 2019 ? Jusqu’ici, la réalité écologique se dégradait silencieusement et pourtant dans des proportions spectaculaires (Charbonnier, 2020), aidée en cela par des initiatives brutales de colonisation des terres (100 millions d’hectares de forêt tropicale coupés ente 1980 et 2000). Le siècle a 20 ans, et l’intensification des ouragans, des tempêtes, le rapprochement des périodes caniculaires n’ont fait que mettre plus à vif encore les vulnérabilités sociales et spatiales.

Rien de neuf, il a été écrit mille fois l’incidence des monocultures intensives, des confiscations, des expropriations des terres pour en extraire les bitumes, les gaz de schiste, et toute autre ressource fossiles (Bednik, 2016), et mille autres fois le réchauffement climatique…  de Théodore Monod en 1941 à… Fred Vargas en 2019 en passant par le Printemps silencieuxde Rachel Carson publié pour la première fois en 1962. En janvier, puis en mars 2019, les milliers de personnes rassemblées pour les grèves pour le climat n’ont pas dit autre chose que ce lien entre ce système économique (capitaliste ou néolibéral) et la dégradation de nos conditions de vie sociales, environnementales et sanitaires.

Les sociétés industrielles qui sont devenues nos milieux quotidiens de l’hémisphère nord ont fait le pari de la dissociation entre ce qui serait naturel et ce qui relève d’une production humaine, cette fameuse discontinuité nature-culture. Cette fragmentation de la pensée, de la conception des activités humaines, les hiérarchisant a laissé libre cours à toute entreprise de domination, et avec, de colonisation, de l’espace comme des êtres : l’argument de la « nature » suffisant à en réclamer la domestication et la civilisation de son indubitable sauvagerie et à rompre toute connectivité de l’humanité d’avec son environnement.

Isabelle Stengers résume cet héritage : « [Le monde] que nous connaissons est intrinsèquement issu de la colonisation, de la mise en coupe réglée des terres colonisées et de la destruction ou de l’asservissement de leurs habitants. Mais cela a eu lieu également en Europe, avec ce que les Anglais appellent les enclosures. Ici comme ailleurs, la destruction s’est faite au nom du progrès, en faisant régner un droit de propriété qui est avant tout un droit d’exploiter, d’extraire, d’abuser et de défaire toutes les interdépendances. »(Stengers, 2019 ; 18)

Le rapport avec le virus ?

On sait que cette rupture, en plus d’avoir mis à mal, de façon sans doute irréparable, la biodiversité, a produit un terrain favorable aux pandémies (Grandcolas et Justine, 2020).

L’onde du coronavirus a pris de court, par sa rapidité de propagation et pour la première fois, le monde se retrouve à faire face à la même période à la contamination. La diminution des distances-temps n’accélère pas seulement le parcours du monde, elle rend quasiment synchrone la pandémie en chaque région du globe. Voilà donc que l’on se situe à ce croisement entre la moderne mondialisation capitaliste où les frontières se gomment devant les flux financiers et se hérissent face aux migrants laissés à leur mort en Méditerranée ou dans les montagnes, et l’archaïsme des épidémies dont l’apanage restait celui des pays d’Asie, voire d’Afrique, mais incompatible avec l’Occident du XXIe siècle, si sûr de lui, qu’il n’a rien perdu de son quant-à-soi colonialiste. Rien de neuf non plus ici, tant on sait que la structure de pensée et d’organisation centre/périphérie est intimement liée au capitalisme, puisque justement elle est à la source de ce système colonisateur.

Pourtant le système tangue… La violence qu’il met dans sa contrattaque est à la mesure de sa peur.

Jusqu’ici le choix de la compétitivité et de l’attractivité a exacerbé la compétition des régions, des territoires entre eux, l’a adaptée aux évolutions des technologies. La fragmentation des processus de production puis leur délocalisation en a été l’un des moteurs efficaces. L’espace hyperconnecté a été lissé, standardisé au point d’être un marché idéal (Cluzet, 2007). La proximité des plateformes intermodales de transports s’est rapidement affirmée comme un facteur de localisation primordial pour le stockage de différents types de matières et de produits, et d’entreprises de logistiques et d’assemblage. Puis le développement des technologies numériques d’information et de communication a renforcé ces lieux en offrant une rapidité d’échanges. L’industrie, pourtant seule source d’alimentation de la surconsommation des biens et donc des flux financiers appartenait au « vieux monde ». Ces places technologiquement équipées pour rendre possibles les échanges virtuels déjà favorisées économiquement l’ont été plus encore par la décision politique du début des années 2000 de conforter leur compétitivité au détriment d’autres territoires, aboutissant à renforcer l’injustice spatiale.

Les flux économiques dans le contexte d’accélération du processus de mondialisation existent plus que jamais en faisant abstraction du substrat géographique donc urbain. Les espaces urbains, puis métropolitains créés dans le cadre d’une suraccumulation du capital peuvent à leur tour disparaître dès lors que la capacité technologique d’accélération des flux d’informations le permet à l’échelle mondiale (Harvey, 2012). La déconnexion des lieux de travail des territoires, la distanciation des lieux de donneurs d’ordres et des lieux de production fabriquent des espaces métropolitains en dehors de tout contexte géographique. Les métropoles constituent une sorte d’archipel, chacune d’entre elle est déconnectée de son environnement. (Luxembourg, 2015)

L’insuffisance manifeste des matériels (médicaments, masques, appareils respiratoires…) constatée dans tous les pays d’Europe ou d’Amérique du Nord dit la même chose que le manque des saisonniers étrangers dans les grandes exploitations agricoles. L’utilisation des différences de droit du travail pour produire à moindre coût et augmenter les possibilités de rémunération des actionnaires, dans sa vision court-termiste est responsable de la vulnérabilité actuelle des populations. Jusque-là le développement du capitalisme mondialisé s’est servi de la planète et de ses inégalités pour disséminer la production en maintenant une productivité toujours plus grande, nécessaire à la croissance.

En quelques jours, le coronavirus a rendu fragile toute cette organisation géopolitique comme le signale Eva Illouz.

Et c’est précisément là que se joue la violence du capitalisme.

Que le président brésilien décide de repousser le confinement, comme l’ont fait avant les dirigeants politiques des Etats-Unis, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de France… n’est pas qu’un défaut de morale qui, sur un coup de folie, aurait fait préférer la maladie, la mort, à l’intérêt commun de la bonne santé, du bien-être. Les injonctions contradictoires du gouvernement français demandant en même temps que de rester chez soi, aux travailleurs les plus précaires, aux chômeurs (techniques ou non) d’aller travailler, prêtant main forte à l’agro-industrie et ceci sans grande attention aux règles de sécurité sanitaire ne témoignent de rien d’autre que de la violence du système capitaliste qui craint de ne plus gagner autant. La possibilité d’extension du temps travaillé hebdomadaire à 48h (retour à avant la loi de 1919 et ses décrets de 1926) ou 60h (ce qui ne se faisait plus depuis 1926) dans certains secteurs (déclaration du ministère du travail du 24 mars 2020) va dans le même sens et ceci « en même temps » que les entreprises européennes distribuent les dividendes records correspondant à l’année 2019. Cette cruelle et violente ironie n’a pas encore (mais ça ne saurait tarder), l’augmentation du temps de travail et le nombre de personnes au chômage.

Ce qui se joue ici, c’est le rang des places financières dans la compétition mondiale de l’après crise sanitaire.  La violence des décisions politiques est d’autant plus virulente qu’il s’agit à minima de conforter l’assise économique déjà acquise, au mieux de sortir « vainqueur » de la crise, d’annexer encore quelques espaces. Bien sûr l’épidémie révèle dans sa nudité crue le système inégalitaire qui est le nôtre, mais, peut-être pire encore, elle dit sa volonté de l’être plus encore et de l’aggraver.

Bednik Anna, 2016, Extractivisme, Le Passager clandestin, Lyon.

Charbonnier 2020

Cluzet Alain, 2007, Ville libérale, ville durable ? Répondre à l’urgence environnementale, Ed. de l’Aube, La Tour d’Aigues.

Grandcolas Philippe et Justine Jean-Lou, « Covid-19 ou la pandémie d’une biodiversité maltraitée », The conversation 25 mars 2020.

Harvey David, 2012, Les villes rebelles : du droit à la ville à la révolution urbaine, Buchet-Chastel, Paris.

Luxembourg Corinne, 2015, Pour une ville habitable : de l’espace-temps comme enjeu démocratique, Ed. Le Temps des Cerises, Montreuil.

Monod Théodore, 1941, « L’action de l’homme sur le climat », Notes africaines, Chroniques de l’IFAN n°9.

Rose Deborah Bird, 2019, Vers des humanités écologiques, Wildproject, Marseille

Stengers Isabelle, 2019, Résister au désastre, Wildproject, Marseille.

Vargas Fred, 2019, L’humanité en péril. Virons de bord, toute !, Flammarion, Paris.

Le civisme, l’éthique et la citoyenneté sont plus que jamais nécessaires en ces temps de coronavirus quand le retour à la démocratie sanitaire peut seul endiguer la tentation d’un dirigisme technocratique

Créé par le 26 mar 2020 | Dans : a-le quartier libre de XD, a0-blog citoyen, socialiste et républicain par temps de coronavirus

 

 

A l’heure d’une évolution de l’épidémie, la géopolitique du virus présente sous un nouveau jour la compétition entre le président chinois Xi Jinping qui prodigue à présent les enseignements d’une crise sanitaire sous contrôle et Donald Trump, imprévisible et arrogant chef d’Etat enfin décidé à changer de cap, après ce long déni de risque épidémique de ce qu’il nomme à présent le « virus chinois ». Les dirigeants du vieux continent ont quant à eux trop tardé à tirer les leçons des pays asiatiques en pointe dans l’endiguement de la contagion qui sévit particulièrement à ce jour en Italie, en Espagne et en France.

L’exemple français reste à cet égard éloquent. Confronté à l’avalanche quotidienne de questionnements critiques émanant de tous les secteurs de la société française, et en particulier du monde de la santé et de la recherche scientifique, le pouvoir  décline haut et fort son catalogue des bonnes intentions sous un mode martial et trop assuré qui dissimule mal sa fébrilité face aux difficultés concrètes des acteurs du soin, libéraux ou hospitaliers, en première ligne dans la crise sanitaire qui monte jour après jour sur les territoires de la métropole, de l’île de beauté et de l’Outre-mer.

Le manque avéré de réactivité dans la gestion gouvernementale de la crise hospitalière, crise structurelle depuis la mise en oeuvre de la T2A et de la dite « nouvelle gouvernance », n’offre-t-elle pas une illustration de ce décalage opérationnel? Les promesses toutes récentes du président Macron envers les soignants hospitaliers n’exonèrent pas, loin s’en faut, de l’absence de réponses aux besoins en capacités hospitalières, en personnels et en moyens malgré les alertes et interpellations des professionnels ces douze derniers mois marqués par le mouvement des urgentistes et des centaines de démissions de responsables hospitaliers.

A cette crise hospitalière structurelle, s’ajoutent à présent les constats de déficiences logistiques en matière de tests de dépistage, de masques de protections pour les malades et les soignants et de matériel médical. 

Ces réalités accablantes, dans ce moment de vérité qui accompagne l’approche du pic épidémique, illustrent ces carences gouvernementales et managériales. Le manque de détermination gouvernementale à conduire une politique de confinement dans un temps opportun précédent l’explosion de la pandémie, de l’aveu même de l’ex-ministre de la santé, candidate LREM en fort mauvaise posture de second tour pour la mairie de Paris, traduit bien cette incapacité. Dans cette période pré-électorale qualifiée de mascarade par Agnès Buzin, ce non choix implicite pour rassurer les marchés financiers et préserver l’économie avant de se résigner in extremis à l’annonce de mesures fortes, à la veille d’un scrutin pourtant maintenu en dépit du bon sens, ne trahit-il pas une absence de vision et de cohérence pour combattre la pandémie?

Le discours présidentiel de guerre contre le virus – virus dont le porteur  reste néanmoins l’homme contaminé – souffre du manque certain de cohérence et de pédagogie sinon de légitimité de l’exécutif qui eût été mieux inspiré de ne pas mettre en œuvre le 49-3 en période de menace de pandémie avant de se raviser trop tardivement en suspendant toutes les réformes en cours. 

Les propos trop tranchés de refus des fermetures du pays sous le prétexte que le virus ne connaîtrait pas de frontières ont aussi fragilisé la crédibilité du discours régalien quand on savait l’importance des mesures de précaution et du confinement qui supposent bien évidemment une stricte limitation des circulations sur les espaces concernés. Que cette demande de fermeture des frontières émane d’une Le Pen ne justifie en rien ce flou présidentiel décalé sur fond de compétition politique entre le populisme identitaire du RN et l’européisme de LREM et du MODEM !

Les instances européennes  sont d’ailleurs (et par dessus le marché!) paradoxalement totalement absentes dans une définition pertinente et concertée de mesures de santé publique adéquates qui restent pourtant attendues dans l’espace de Schengen. On observe aussi ce retard à l’allumage de la BCE dans la défense des économies menacées de la zone euro, aujourd’hui en passe d’être compensé par les changements radicaux d’orientations dont il faudra mesurer la portée mais qui augurent de révisions salutaires en matière de gouvernance économique.

Cette difficile gestion de crise par l’exécutif – président, chef du gouvernement et ministre de la santé -  se revendique pourtant d’une expertise éclairée. Expertise certes nourrie courant mars des analyses et préconisations du conseil scientifique constitué ad hoc avec onze personnalités qualifiées, cooptées en raison de leur compétence dans les domaines médicaux et scientifiques incluant les sciences humaines, et dirigé par le docteur Jean-François Delfraissy, immunologue qui présidait, avant l’installation du conseil par le nouveau ministre de la santé, le comité national consultatif d’éthique.

L’expertise du conseil scientifique vient compléter celle des institutions nationales dont la direction générale de la santé, représentée par son directeur, le professeur Salomon, aux côtés d’autres autorités telle que la Haute autorité en santé mais avec un grand oublié dans cette période médiatique : le Haut conseil de la santé publique.

Ce retrait d’une instance particulièrement qualifiée dans le champ de la stratégie nationale de santé et de prévention de risques sanitaires s’opère dans un contournement implicite de notre démocratie sanitaire. Cette démocratie sanitaire s’accomplit notamment dans les procédures d’élaboration et d’évaluation des grands programmes de santé publique, son effacement amputant en conséquence la légitimité des choix en la matière. A rebours donc des dynamiques participatives qui semblaient inscrites dans le nouveau paysage sanitaire voulant donner toute sa place à « l’expertise des usagers » aux différents niveaux territoriaux et dans la conduite transversale des politiques de santé. Le confinement constitue une première attitude civique pour freiner la contamination et donner une respiration aux soignants pour une meilleure prise en charge des publics en détresse. Son succès repose surtout sur la pleine conscience des populations tant l’effort exigé peut être difficile. Une pédagogie portée par les acteurs expérimentés dans le champ de la santé publique doit contribuer au strict respect  de cette mesure salutaire encore trop faiblement appliquée malgré les injonctions régaliennes et la répression des comportements délictuels.

Jusqu’à ces derniers jours, les manquements au principe de précaution inscrit dans notre constitution – le problème n’étant plus de discuter du fondement mais des modalités de mise en œuvre du principe dans cette crise – se conjuguent avec un certain effacement de la démocratie sanitaire dans cette période qui aurait grandement besoin de pédagogie civique, d’éthique et d’adhésion aux impératifs de santé publique dans ces circonstances exceptionnelles. Dans les débats et votes autour de de l’urgence sanitaire on a pu mesurer la responsabilité des gauches parlementaires sur le volet social contrariant la propension de la majorité parlementaire au détricotage du droit social.

La recherche d’efficacité dans la gestion de la crise liée à la pandémie ne suppose -t-elle pas à présent de corriger le tir en joignant des actes concrets à une parole mieux orientée et plus collégiale, à la hauteur des fondements de notre démocratie sanitaire et sociale? Dans cet esprit, permettre aux acteurs de la santé, médecins et soignants, ainsi qu’aux professionnels et bénévoles d’autres secteurs actifs aujourd’hui, d’accompagner leurs compatriotes, malades et citoyens, avec les moyens d’intervention et de protection adéquats reste un objectif élémentaire. Sans oublier de donner aussi toute leur place aux choix éthiques et civiques consubstantiels à la conduite d’une gestion de crise équilibrée qui doit trouver son point d’appui décisif dans la solidarité du corps social et dans le réconfort moral de la Nation unie.

Xavier DUMOULIN

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