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Entretien de J.P Chevènement au Monde : « La victoire des nationalistes couronne quatre décennies de reculades de la droite et de la gauche »

Créé par le 06 fév 2018 | Dans : Blog du Che

Le Monde : Qu’attendez-vous de la visite sur l’île d’Emmanuel Macron, les 6 et 7 février ?
Jean-Pierre Chevènement : La visite en Corse du président de la République répond d’abord, me semble-t-il, au souci justifié de rendre hommage à la mémoire du préfet Erignac, lâchement assassiné par un commando nationaliste dans la nuit du 6 février 1998. Assassinat dont nul n’a perdu le souvenir, perpétré contre un homme qui refusait toute protection, alors qu’il symbolisait l’Etat dans l’île. A l’époque, une majorité de Corses avaient désapprouvé ce crime. Aujourd’hui, les nationalistes appellent à manifester dans la rue à l’occasion de la venue du président de la République en Corse. Cet appel, particulièrement déplacé eu égard aux circonstances, est révélateur d’une méthode qui, depuis le début, c’est-à-dire depuis la fin des années 1970, n’a pas changé : exercer la pression maximale sur les autorités de la République pour les amener à reculer. Que vous inspire la victoire des nationalistes en décembre 2017 et comment jugez-vous leur attitude depuis lors ?
La victoire des nationalistes en décembre 2017 couronne quatre décennies de reculades de la droite et de la gauche, des élus locaux (tels José Rossi et Paul Giacobbi, qui n’ont jamais hésité à s’allier aux nationalistes pour se faire élire), mais aussi des gouvernements. Ainsi, le statut de collectivité unique, faisant disparaître les deux départements, véritable statut de territoire d’outre-mer bis, a-t-il été rejeté par les électeurs corses consultés par référendum en juillet 2003. Douze ans après, le gouvernement l’a imposé par la loi NOTRe (2015) et par ordonnance (novembre 2016). Qu’en déduire donc sinon l’efficacité, dans la durée, de la méthode de la « mise sous pression » permanente des pouvoirs publics concédant un nouveau statut avant même que le précédent ait pu s’appliquer. Les nationalistes masquent ainsi par une surenchère permanente leur incapacité à gérer. Lire la suite »

« Pierre Mauroy ou la passion du Parti Socialiste »Message de Jean-Pierre Chevènement au colloque de l’Institut Pierre Mauroy, « Pierre Mauroy ou la passion du Parti Socialiste », le 7 décembre 2017.

Créé par le 12 jan 2018 | Dans : Blog du Che

Pierre Mauroy ou la passion du Parti Socialiste

I. Comment j’ai rencontré Pierre Mauroy, sept ans avant le congrès d’Epinay. J’ai adhéré au Parti Socialiste qui s’appelait alors la SFIO, en décembre 1964, à la 14ème section de Paris.
Si quelqu’un me l’eût prédit, dans les années de la guerre d’Algérie, «guerre imbécile et sans issue», comme l’avait qualifiée Guy Mollet lui-même, en 1955, pendant la campagne du Front Républicain, cette prédiction m’aurait laissé abasourdi. Que dis-je ? Je lui aurais ri au nez ! Je revois, en effet, mes parents, alors instituteurs à Besançon et qui votaient socialiste, pester contre Guy Mollet, au soir du 6 février 1956, où, Président du Conseil en visite à Alger, il avait reculé devant quelques jets de tomates, pour démettre le général Catroux et appeler Robert Lacoste à la tête du gouvernement général. Je me revois surtout crapahutant dans les djebels, en 1961-62, pour conduire cette guerre, en effet imbécile, à sa seule issue logique : l’indépendance de l’Algérie, à laquelle ensuite, quand les SAS auxquelles j’appartenais furent dissoutes, je m’efforçai de contribuer de mon mieux, pour qu’elle se fît, selon le mot du Général de Gaulle, avec la France plutôt que contre elle. N’empêche, la période avait été éprouvante pour ceux qui l’avaient traversée et il était difficile de ne pas en vouloir à Guy Mollet d’avoir aggravé les choses en envoyant le contingent en Algérie, en 1956. Par méconnaissance des réalités, celles de l’Algérie, et celles surtout de son temps, il avait sûrement prolongé la guerre de quelques années. Quand je revins d’Algérie, en 1963, la SFIO paraissait un bateau à la dérive. Le Général de Gaulle avait imposé, en septembre 1962, l’élection du Président de la République au suffrage universel. Les élections législatives lui avaient donné une majorité à l’Assemblée nationale. La SFIO, discréditée par les guerres coloniales, apparaissait comme un vestige du passé. Cependant un vent de contestation sociale soufflait sur le pays, avec la grève des mineurs de 1963 notamment. L’ «après de Gaulle» était déjà dans les esprits. Et il nous apparut à quelques camarades et à moi-même qu’en faisant l’union de la gauche avec le Parti Communiste, la «Vieille Maison», comme l’appelait Léon Blum, pouvait retrouver son lustre d’antan. Mais à cette condition là seulement.
 
C’est en allant voir Guy Mollet à la Cité Malesherbes, qu’Alain Gomez et moi-même, rencontrâmes Pierre Mauroy dont le bureau qui jouxtait celui du secrétaire général. Celui-ci revenait d’un voyage en Yougoslavie et nous fit une description élogieuse du titisme et de l’autogestion yougoslave. Guy Mollet était revenu épaté par la visite de complexes agro-industriels qui lui avaient ouvert des perspectives sur une société entièrement salariée, et dont la vocation était naturellement le socialisme. C’était l’époque de Monsieur K (Khrouchtchev) à Moscou. Guy Mollet nous parla du «dialogue idéologique» qu’il convenait de mener avec les communistes pour les ramener à une conception démocratique du socialisme. Nous trouvions dans ces propos la confirmation de nos intuitions sur la nécessité de l’union.

C’est dans ces années là que nous créâmes le CERES (Centre d’Etudes, de Recherches et d’Education Socialistes). Lire la suite »

« La République n’a pas de concessions à faire à l’ethnicisme » : Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, samedi 9 décembre 2017, propos recueillis par Alexandre Devecchio.

Créé par le 09 déc 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che, Projet politique

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« Une vie violente », un film pédagogique sur la violence terroriste à voir sur le grand écran

Créé par le 18 août 2017 | Dans : a-le quartier libre de Xavier Dumoulin |

une vie violente« Un film incandescent au cœur de la chaudière nationaliste corse » titrait Jacky Goldberg dans sa critique du 23 mai dernier pour les Inrockuptibles à l’occasion de la semaine de la critique 2017. Notre cher critique talentueux compare ce second long métrage de Thierry de Peretti à « une tragédie grecque, avec son héros romantique et fataliste qui fonce droit dans la gueule du loup (pour venger ses copains assassinés), avec ses pythies attablées annonçant la catastrophe (superbe scène), avec enfin son attention extrême portée aux mots, à leur poids, à leur poésie. »
 
En ce moment de tragédies terroristes qui touchent l’Espagne, avec son cortège de victimes à Barcelone et à Cambrils, on est d’autant plus enclin à dénoncer cette violence aveugle qui  frappe sous tous les faux prétextes et, au-delà des victimes et de leurs proches, meurtrissent les cœurs de toutes ces communautés de citoyens solidaires attachées aux valeurs démocratiques et au respect des droits humains les plus élémentaires. Cette Espagne qui a déjà payé un si lourd tribut dans son histoire avant la chute du franquisme et, dans les dernières décennies, notamment la première du siècle, est rattrapée à nouveau par cette peste noire du terrorisme aveugle. A présent au nom de Daesh, hier de Al-Quaida ou de  l’ETA.
 
« Une vie violente » rentre de plein fouet dans cette machination infernale du crime quand la confusion entre militantisme indépendantiste du FLNC et mafia trouve à s’exprimer dans les exécutions sommaires et les règlements de compte avec la lâche complicité d’élus conduisant ce double jeu envers les institutions démocratiques au sein desquelles le poids des indépendantistes fragilise la république.
 
Inspirée de la mort de Nicolas Montigny le réalisateur met en scène Stéphane (Jean Michelangeli ), jeune bastiai qui se livre au traffic des armes dans un engagement au sein d’un mouvement indépendantiste radical se prétendant révolutionnaire de gauche. Avec son groupe d’amis il se trouve embarqué dans une sale logique de vendetta meurtrière que les protagonistes de l’action violente paieront de leur propre vie. « Le film souligne notamment le jeu de dupes dont furent victimes bon nombre d’activistes, exécutant, parfois jusqu’à l’assassinat commandité, les consignes des têtes pensantes, qui jouaient double jeu avec certains représentants de l’Etat central » souligne Mathieu Macheret dans sa critique du Monde du 23 mai.
 
Ce film d’une qualité cinématographique vraiment intéressante et, depuis la semaine passée, diffusé en salle,  mérite d’être vu. Il renvoie aussi au traitement du dossier Corse dans les dernières années du siècle précédent sous la mandature de Lionel Jospin. Ce dernier cédait, sous la pression d’une fraction  des élus insulaires qui avaient l’oreille attentive de son chef de cabinet, à la facilité de l’octroi d’un statut ultra-marin, sous condition de référendum remis à une date ultérieure, dans l’île de beauté. Fort heureusement celui-ci exprima le rejet d’une dérive autonomiste en 2004 grâce à l’action vigoureuse des républicains rangés derrière Emile Zuccarelli, cet ancien ministre démissionnaire de Lionel Jospin du temps de la gauche plurielle. Cette période qui devait conduire Jean-Pierre Chevènement, Ministre de l’Intérieur, à démissionner à son tour dans un conflit houleux entre la place Beauvau et Matignon. Nous sommes juste après le meurtre du préfet Erignac et l’affaire dite des paillotes qui servit de prétexte à la destitution du préfet Bonnet, son successeur. 
 
Le locataire de Matignon oublie alors sa parole et finit par arbitrer au bénéfice des lobbies autonomistes, lâchant sur l’essentiel. Quand le ministre de l’Intérieur souhaitait renforcer le développement de l’île tout en faisant évoluer son statut dans le cadre constitutionnel de la France, le chef du gouvernement de cohabitation octroyait tout de go des compétences législatives à l’assemblée de Corse, négociant ainsi sans préalable d’arrêt des violences en cette période de redoublement criminel qui fait l’arrière plan du film de cette « vie de violence ».
 
 
On retrouvera tous ces éléments sur la politique insulaire dans les écrits de deux protagonistes aux postures opposées. Ceux d’Olivier Schrameck, le chef du cabinet du Premier ministre, inspirateur des accords de renoncements, ratifiés par Jospin, qui pousseront le ministre de l’Intérieur à la démission. Ce dernier livre dans ses ouvrages sa vérité sur ce dossier. Nous recommandons ainsi tout particulièrement deux lectures aux positions totalement opposées sur la gestion du dossier Corse: « Matignon Rive gauche 1997-2001″ (au Seuil octobre 2001) par O.Schrameck et « Défis républicains par Jean-Pierre Chevènement ( chez fayard, 2004);
 
Ces lectures offrent un complément substantiel pour une analyse factuelle par delà l’émotion générée par ce film recommandé d’une qualité esthétique et pédagogique certaine .
  
 
Xavier DUMOULIN
 "La République n'a pas de concessions à faire à l'ethnicisme"
Le Figaro: Les nationalistes corses sont arrivés largement en tête lors du premier tour des élections territoriales sur l’Ile de Beauté. Comment expliquez-vous ce résultat?
Jean-Pierre Chevènement:
Je ne suis nullement surpris par le résultat des élections en Corse. La montée du nationalisme corse est le résultat de démissions successives de tous les gouvernements de droite et de gauche depuis une quarantaine d’années. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui a créé l’université de Corte qui est devenue la matrice et le fief du nationalisme corse. La gauche a accordé à la Corse son premier statut et si ce n’avait été l’intervention du conseil constitutionnel, elle aurait reconnu la notion de «peuple corse». J’ai moi-même quitté le gouvernement pour ne pas entériner un transfert de pouvoir législatif à l’Assemblée de Corse. C’était en l’an 2000 et pourtant j’avais accepté que, contre tous les engagements antérieurs, le gouvernement abandonne la renonciation préalable à la violence qu’il exigeait des nationalistes. C’est ainsi que s’est ouvert le processus dit de «Matignon». Je fais également observer que l’Etat français s’est assis sur le référendum de 2003. Les Corses avaient pourtant rejeté la fusion des deux départements. Ils voulaient garder un découpage territorial qui les rapprochait de la France continentale et n’acceptaient pas d’être transformés en territoire d’Outre-mer bis avec une collectivité unique. Le législateur, sous le précédent Président de la République, a fait fi des résultats de ce référendum. En 2003, toutes les forces politiques de droite et de gauche, ainsi que les nationalistes, voulaient la collectivité unique. Ne s’y opposaient que les radicaux de gauche, le PCF et moi-même. Les électeurs corses nous ont alors donné raison mais, en 2014, le Parlement leur a imposé la collectivité unique. Beau déni de démocratie!
 
Marine Le Pen, avec un programme qui se revendiquait souverainiste, est arrivée en tête au premier tour des présidentielles en Corse. Le vote nationaliste est-il un vote anti-France ou au contraire un signal d’alarme civilisationnel envoyé au continent?
Il s’agit d’abord d’un rejet des clans qu’ils soient de gauche ou de droite. La gauche dominait le Nord avec la dynastie Giacobbi et Paul Giacobbi sur le destin duquel je ne vais pas épiloguer (ndlr: il a été condamné à trois ans de prison ferme pour détournement de fonds publics). Au Sud et à droite, c’est le clan Rocca Serra qui régnait depuis 1962. Ces clans ont fait l’objet d’un réflexe «dégagiste» qui s’est traduit aux présidentielles par un vote Marine Le Pen. Il faut observer que moins d’un quart des électeurs corses inscrits ont voté pour les listes nationalistes. Le taux d’abstention, qui s’élève à près de 50%, est massif. Nous allons voir ce que nous verrons, mais moi qui connait les oiseaux, je conseille au gouvernement une grande vigilance. Je ne pense pas qu’on puisse satisfaire la revendication de la co-officialité de la langue corse. Cela voudrait dire une politique d’exclusion à l’égard de tous les continentaux. Je l’ai observé quand j’étais ministre de l’Education nationale lorsque tous les agrégés et certifiés d’origine continentale ont été renvoyés dans leur «douar» d’origine. Je pense qu’on a accordé aux nationalistes tout ce qu’ils demandaient en matière d’aménagement du territoire. Les Corses se plaignent de la spéculation, mais ce sont les élus locaux, soumis aux pressions que nous savons, qui octroient les permis de construire. En Corse, on n’est pas libre de s’exprimer. Déroger à la doxa ou aux oukases nationalistes, c’est prendre le risque de passer un mauvais quart d’heure. Il faut maintenant tenir compte du résultat de l’élection. Je suis un démocrate, mais je n’augure rien de bon de ce qui suivra. C’est pourquoi j’attends du gouvernement de la République française qu’il reste ferme sur ses principes: la République n’a pas de concessions à faire à l’ «ethnicisme». D’autant que ce type de revendication peut se révéler contagieux.
La situation est-elle comparable à celle de la Catalogne? Lire la suite »

Hommage à Max Gallo

Créé par le 24 nov 2017 | Dans : Articles de fond, Blog du Che

 

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au colloque de la Fondation Res Publica du 21 novembre 2017 « Max Gallo, la fierté d’être français ».

http://www.chevenement.fr/Hommage-a-Max-Gallo_a1957.html


1. Ce qui dominait chez Max c’était l’empathie naturelle, la simplicité, la capacité, comme l’a dit Philippe Meyer, de créer de la fraternité, c’était la puissance généreuse de son intelligence, sa capacité à aller à l’essentiel, par exemple, ce qu’il appelait après Braudel « la problématique centrale de la nation ». Max disait : « J’ai toujours eu le désir de comprendre comment cela fonctionne ». Il excellait à décentrer ou plutôt à recentrer votre regard en situant le problème dans la longue durée. Il n’était pourtant nullement un déterministe, encore moins un marxiste. Il croyait à la responsabilité des individus et particulièrement à la responsabilité des intellectuels. Parce qu’il croyait en la liberté, il n’écartait pas la possibilité du surgissement d’un « génie » individuel. 2. Nos relations se sont nouées après son départ du dernier gouvernement Mauroy, auquel d’ailleurs je ne participais plus. Le ralliement de François Mitterrand et du PS au néolibéralisme ambiant, au prétexte de l’Europe à construire, éloignait progressivement le CERES de François Mitterrand.

La guerre du Golfe et la lecture du Traité de Maastricht achevèrent de nous rapprocher. Max n’avait pas le lien affectif qu’avait créé, entre François Mitterrand et moi, le Congrès d’Epinay et la mise sur orbite de l’union de la gauche, quinze années durant.

Max fut après Jacques Berque, mais aussi avec Didier Motchane et Régis Debray, un de ceux qui m’aidèrent à franchir le pas difficile que me dictaient aussi bien une connaissance du monde arabe qui remontait à la guerre d’Algérie que la vision de la montée du fondamentalisme islamique depuis 1979.

Le jugement de Max sur les choix qu’opéra alors François Mitterrand ne s’encombrait pas de considérations affectives.

C’est peu dire qu’il n’aimait pas le Parti Socialiste, et peut-être encore moins François Mitterrand. Peut-être avait-il gardé de sa prime jeunesse, où il avait adhéré au Parti Communiste, comme adolescent humilié plus qu’en intellectuel convaincu, un certain mépris que vouaient les communistes aux sociaux-démocrates, ces « sociaux-traîtres » au regard de la doxa léniniste. Le regard de Max procédait aussi d’autres sources : de sa brève collaboration avec François Mitterrand comme porte-parole du gouvernement et surtout de sa culture d’historien. Là où le CERES voyait chez François Mitterrand une conversion rédemptrice, il voyait surtout la trajectoire d’une ambition. Mais surtout, le Parti Socialiste n’avait plus d’autre ambition que le « dur désir de durer », comme dit Paul Eluard, bref d’exercer le pouvoir pour le pouvoir, en oubliant les raisons qu’il avait de l’exercer. François Mitterrand lui avait appris à durer au gouvernement mais aussi à aimer le pouvoir pour lui-même. Ainsi notre rencontre intellectuelle et politique se fit-elle au croisement de la conversion républicaine à laquelle j’avais appelé la gauche dès qu’elle fut parvenue au pouvoir qui contrariait évidemment la conversion libérale opérée par le Parti Socialiste dans ces années-là, et de l’évolution de Max vers une forme de patriotisme enraciné que je ne récusais pas, bien au contraire, dès lors qu’elle restait ouverte sur l’universel et ne contrariait pas le message de la citoyenneté. Or, comme je le montrerai, Max est toujours resté un républicain. Lire la suite »

L’hommage de Jean-Pierre à Didier Motchane

Créé par le 04 nov 2017 | Dans : Blog du Che

Extraits http://http://www.chevenement.fr/Voici-venu-le-moment-de-nous-separer_a1955.html

 

Didier Motchane laissera une trace profonde. Son beau visage exprimait toute la noblesse d’un homme qui avait su surmonter l’épreuve cruelle d’une enfance fracassée et l’avait sublimée dans la recherche de la beauté et dans l’exigence de la vérité et de la justice. Nous lui devons, je lui dois, beaucoup.

Didier était à mes côtés une conscience exigeante mais fidèle. Il n’était pas homme à faire des concessions. Mais il acceptait aussi, sans jamais renier rien de ce qu’il pensait, de ne pas avoir raison tout seul. Il fallait pour cela une grande confiance que nous nous faisions mutuellement. Nous n’étions pas spontanément d’accord sur tout mais nous finissions toujours par y arriver. Ou presque toujours. En 1995, il fallut un vote du Conseil National du MDC pour nous départager sur le soutien qu’il fallait – ou non – apporter à la candidature de Lionel Jospin. Mais si je souhaitais le faire, c’était bien sûr pour infléchir sa ligne. Didier l’a accepté dès lors qu’il savait que je resterais fidèle à notre engagement fondateur.

Après 2002, il a jugé, à juste titre, qu’on ne pouvait pas refaire le MDC. Il avait tout à fait raison. Il fallait maintenir la ligne du « Pôle républicain ». Mais on ne peut pas le faire tout seul. Et il n’était pas possible de laisser sur le côté de vieux camarades qui nous avaient suivis sans toujours comprendre qu’« au-dessus de la droite et de la gauche telles qu’elles sont devenues, il y a la République ».

Quinze ans après, il faut reconnaître deux mérites à Emmanuel Macron. Par son élection, il a renvoyé aux oubliettes de l’Histoire un bipartisme qui depuis longtemps n’avait plus de sens. Il a ensuite réhabilité la décision politique et le mouvement, rompant ainsi avec l’immobilisme des trois héritiers de M. Queuille qu’ont été très consciemment François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande.

L’esprit dialectique de Didier n’aurait pas manqué d’interroger le troisième mouvement qui découle de l’« en même temps ». Didier était un dialecticien et un créateur. L’invention de l’avenir l’a toujours motivé. Comme il doit motiver les jeunes générations que nous avons entendu s’exprimer. Je veux saluer, outre le maire de Montreuil, M. Patrice Bessac, que je veux remercier vivement pour son accueil, Gaël Brustier, Philippe Corcuff, Dominique Garabiol, Didier Leschi, Laurent Roth. Je veux aussi remercier de leur présence Messieurs Arnaud Montebourg et Alexis Corbière.

Le long combat que nous avons entrepris, il y a plus de cinquante ans, n’aura pas été vain si dans un contexte radicalement nouveau, dans un monde qui, en quarante ans, a profondément changé, cette même valeur du patriotisme peut encore guider nos pas non vers la Terre promise que nous n’avons jamais foulée, mais vers une France libre et juste dans une Europe européenne. Dans une de nos dernières conversations – il y a moins de quinze jours – Didier m’a dit qu’il était heureux. Il pensait comme moi que ce que nous avions semé pendant cinquante ans, germerait dans les cinquante ans qui viennent. Pas plus que l’idéal de la liberté, l’idéal de la justice ne peut mourir.

Didier était un créateur et il aimait les créateurs, n’est-ce pas Dominique ? Didier avait un talent que les éditeurs d’aujourd’hui ne reconnaissent plus : il était poète. Et il l’était naturellement. Il écrivait des poèmes à l’âge de quatorze ans. Celui-ci, de 1945, prémonitoire :

« Qu’allais-je faire un jour de cette rime éparse
Que je viens de jeter en travers du papier
Promesse du futur s’élevant jusqu’au pied
Du cortège d’un rêve où finissent mes farces

Reprenant tour à tour un visage qui spasm-
Odiquement retombe au fond de ce panier
A salade ou à son si vous le désirez
Pour régenter les fous j’imiterai Erasme »

Et celui, révolutionnaire, du 15 février 2010 :
« J’aime la musique ferroviaire
Dont les trains qui partent
N’arrivent jamais

Que ce soit mon unique et profane prière
Rebattre les cartes
Quand Dieu n’y peut mais »

Didier était un homme magnifique. Il a donné une haute idée de la grandeur humaine. Sa noblesse d’âme se voyait sur son visage. Sa perte est pour moi celle d’un ami incomparable et irremplaçable.

Ai-je besoin de dire à Dominique, sa femme, à Jean-Frédéric et à Emmanuel ses fils, à Jean-Loup son frère, à sa famille, à Anne, à tous ses proches, qu’ils ne sont pas seuls à le pleurer …      Extrait

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