Contre la guerre

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Aujourd’hui Gaza, demain Massada ? La pédagogie noire des leaders israéliens est suicidaire, par Rony Brauman

Créé par le 18 jan 2009 | Dans : Contre la guerre, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

“Une fois admise la vertu des bottes de sept lieues, tout s’enchaîne avec une parfaite logique, l’essoufflement de l’ogre comme la célérité du Petit Poucet.” (G. Burdeau, La politique au pays des merveilles, PUF 1979.)

Qu’est-ce qu’une “riposte proportionnée”? Une action militaire à la mesure de l’attaque à laquelle elle répond. Le droit humanitaire proscrit les pratiques provoquant des victimes dans la population civile et des dommages aux biens civils excessifs par rapport à “l’avantage militaire concret et direct attendu”. Convenons d’emblée qu’on serait bien en peine de définir la limite au-delà de laquelle le principe de proportionnalité, qui vise à limiter les destructions et pertes humaines “inutiles”, est violé, que ce soit à Gaza ou ailleurs. La retenue dans la conduite de la guerre est un principe élémentaire d’humanité, mais il est vrai qu’une fois les hostilités engagées, la définition de la juste proportionnalité demeure une affaire pour le moins floue, sujette à des interprétations et à des paradoxes infinis. Reste que le rapport de un à cent entre les morts de chaque côté, sans même parler des blessés et des destructions, signale la démesure de l’opération “Plomb durci”. A défaut de savoir ce que serait une juste proportion, chacun peut constater ce qu’est une perte de tout sens de la mesure. La “troisième phase” qui débute au moment où ces lignes sont écrites ne devrait pas être moins cruelle que les deux premières. Mais peut-être le cabinet de sécurité israélien considérera-t-il, au vu des réactions internationales, que ses buts ont été atteints et mettra-t-il un terme à la boucherie plus tôt que prévu.

Boucherie. Le mot fâche les “amis” d’Israël qui rappellent volontiers qu’on n’a pas vu tant de manifestants ni de protestations pour d’autres conflits (Tchétchénie, Darfour, Congo, Tibet parmi les plus cités) ayant provoqué beaucoup plus de morts et que la compassion pour les victimes de l’armée israélienne est suspecte à force d’être sélective. Selon eux, la solidarité envers les Palestiniens ne serait qu’un prétexte pour s’en prendre aux Juifs et à leur État. On ne contestera pas qu’il s’agit là d’un registre bien établi dont témoignent notamment Dieudonné et ses émules. L’antisémitisme peut se travestir en antisionisme, l’affaire est entendue, mais prenons également acte que les principaux mouvements de solidarité avec les Palestiniens veillent attentivement au grain. Reste que la mortalité des quinze jours d’offensive sur Gaza se situe au niveau le plus haut constaté lors des différents conflits évoqués plus haut, dépassée seulement par les bombardements de Grozny, capitale de la Tchétchénie, en 1999. Et l’on reste pantois en entendant que l’armée israélienne attend d’être félicitée pour avoir averti par tract et par téléphone des dizaines de milliers de personnes de l’imminence de bombardements sur leur quartier. Les destinataires de ces appels “humanitaires” n’avaient bien entendu aucune possibilité de fuir pour s’abriter et ils ne pouvaient en déduire qu’une chose : restant sur place, ils devenaient des cibles légitimes, puisqu’informées. Trois cents enfants ont été tués en moins de deux semaines. Que cette tuerie soit comparable, par son intensité, à des violences extrêmes observées ailleurs, et qu’elle soit insidieusement ou activement justifiée par certains au nom du caractère démocratique d’Israël et de son droit à se défendre, voilà sans doute l’aspect le plus révoltant de la situation.

Le plus révoltant mais pas le plus inquiétant. Le plus inquiétant est que l’on retrouve intacts les thèmes les plus recuits du discours politique israélien, ceux qu’Israël sort de son chapeau, guerre après guerre, comme l’écrivait Tom Segev dans Ha’aretz dès le lendemain de l’offensive, en dépit de leur constante mise en échec. La synthèse en est simple : la paix passe par la liquidation des infrastructures et des chefs terroristes. Le terrorisme n’est pas pour Israël un enjeu politique, celui de l’occupation des territoires palestiniens et du pourrissement de la vie de ses habitants, mais un problème militaro-policier. Ce qui explique que le seul sujet de discussion avec Mahmoud Abbas soit le contrôle policier de la violence anti-israélienne dans les lambeaux de terre qui lui ont été confiés (et on regrettera qu’il ait accepté de jouer ce rôle de relais de l’occupation jusqu’au discrédit quasi total de son “autorité”), tandis que la colonisation se développe jour après jour en Cisjordanie. Cela explique également qu’aucune proposition de règlement du conflit sur la base de la ligne d’armistice de 1949 (la “ligne verte”) n’ait jamais reçu la moindre attention d’aucun gouvernement israélien bien qu’il s’agisse des accords internationalement reconnus (voir les résolutions 242 et 338 des Nations unies, toujours évoquées pour être aussitôt oubliées). On n’en veut pour exemples récents que l’interruption unilatérale par Ehud Barak des discussions de Taba en janvier 2001, l’appel du sommet de la Ligue arabe en 2002, les déclarations indirectes mais clairement orientées dans ce sens et récemment redites de la part du Hamas, pour ne retenir que quelques éléments récents. Il y a bien longtemps que la formule “les territoires contre la paix” n’est plus une option pour les Israéliens qui confondent méthodiquement (innocemment?) négociation et diktat. Il a fallu quarante ans pour que soit reconnu, avec la première Intifada, le fait national palestinien. Depuis lors, à l’exception notable de Rabin, les différents Premiers ministres se sont employés à démontrer qu’ils sont les seuls maîtres du calendrier politique.

La bien nommée opération “Plomb durci” répond, après bien d’autres, à cette volonté d’inculcation. L’offensive “nous a permis d’atteindre des objectifs dont personne n’aurait pu rêver il y a quinze jours. Concernant les coups portés au Hamas, ils n’en ont pas encore conscience. Ils comprendront quand ils sortiront de leur cachette. La décision du Conseil de sécurité ne nous a pas lié les mains”, se félicitait un haut-gradé.

Au-delà de toute considération morale sur l’effroyable gâchis humain dont nous sommes tous les témoins atterrés et impuissants, il faut se demander à quel moment les leaders israéliens vont prendre conscience des effets dévastateurs de cette pédagogie noire. Combien de vocations à l’attentat-suicide sont nées ces derniers jours ? L’”opération” ne pouvait être que sanglante et l’on sait bien que si elle se poursuit, d’autres massacres vont se produire car il ne peut en aller autrement. Puis il y aura un cessez-le-feu et d’autres attaques suivront, et d’autres encore, jusqu’au retournement du rapport de forces qui ne manquera pas de se produire. Israël deviendra alors, peut-être, un objet de compassion. L’exaltation grandissante du mythe de Samson et des martyrs de Massada prend dans ce contexte l’allure d’une prophétie en cours d’autoréalisation.

Les amis d’Israël sont ceux qui pointent cette perspective finale et poussent à un renversement des hypothèses fondamentales de la politique israélienne. Nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour les Israéliens.

L’analyse de l’enchaînement des tirs aveugles du Hamas sur le sud d’Israël et des inévitables ripostes de Tsahal est un exercice stérile. Les uns ripostaient au blocus, les autres ripostaient aux ripostes, on choisit sa version en fonction de son camp. Reste que ledit blocus est une décision israélienne et qu’aucun pays au monde ne peut tolérer d’être – à la lettre – mis intégralement en prison. Rappelons que c’est Israël qui a mis l’Autorité palestinienne hors jeu à Gaza. Dans quel but sinon d’avoir le Hamas au pouvoir et de poursuivre son éternelle leçon en faisant de ce territoire une prison autogérée, où se succèdent les opérations punitives ?

Les tirs de roquettes et de missiles sur Israël sont une source d’angoisse pour un nombre croissant d’Israéliens, et il n’est que juste de condamner le Hamas sur ce point. Mais prétendre que le Hamas représente une menace pour l’existence d’Israël n’est pas sérieux. Ehud Barak, lorsqu’il était premier ministre, attendait de ses interlocuteurs palestiniens qu’ils reconnaissent non seulement l’État israélien, mais sa légitimité en tant qu’État juif. Il leur demandait, en d’autres termes, de se faire sionistes s’ils voulaient devenir de véritables partenaires, pour se désoler ensuite de ne pas avoir de partenaire.

La détestable habitude des gouvernements israéliens successifs de choisir et d’écarter à leur guise les représentants de leurs adversaires tient tout entière dans leur conception exclusivement militaire de la sécurité. Ils ne sauraient, dès lors, la confier à d’autres et on les comprend. Mais ce sont les prémisses de ce raisonnement qu’il faut revoir. La résolution du conseil de sécurité appelant le 9 janvier à un cessez-le-feu immédiat et renvoyant les deux parties dos à dos est un revers diplomatique pour Israël car les États-Unis ont jugé qu’ils ne pouvaient pas s’y opposer. Souhaitons que cet échec soit compris comme une ébauche de signal et regrettons que ce soit le message inverse qui ait été jusqu’à présent toujours adressé à Israël, non seulement de la part de Washington, mais aussi depuis l’Europe. Ainsi, il est certain que la sécurité d’Israël doit être reconnue comme un impératif par l’Europe, mais pas plus ni moins que la sécurité de la Palestine sur son territoire. Cela va peut-être de soi, mais irait beaucoup mieux en le disant, ce qui n’est pas le cas. On repousse tout dialogue avec le Hamas au motif qu’il ne reconnaît pas les traités antérieurs, n’abandonne pas la violence et ne reconnaît pas Israël. Soit. Mais songe-t-on que le raisonnement s’applique de facto à l’identique en sens inverse ? Visiblement pas, puisque le Parlement européen vient, par exemple, de voter le rehaussement de l’accord d’association avec Israël, en faisant un quasi-membre de l’U.E. Des pétitions appelant à suspendre ces accords circulent, les lecteurs de Causeur, dont je suis, sont ici invités à signer et faire signer…

Engagés dans ce louable mouvement de rappel à une sagesse pratique et de condamnation de l’hubris militaro-technologique, allons un pas plus loin, et demandons le remplacement urgent de Tony Blair, actuel délégué du Quartet. Son prédécesseur, l’ancien président de la Banque mondiale James Wolfensohn, avait démissionné, en grande partie à cause des réticences d’Israël à se conformer aux accords obtenus sous l’égide des Etats-Unis. Tony Blair, l’homme qui a rendu possible la guerre en Irak (et qui, notons-le, semble exonéré de toute responsabilité dans le désastre qui a suivi), incarne la politique de “W” dans cette région. Il n’y a rien à en attendre, alors qu’un engagement international crédible est urgent. L’arme de destruction massive menaçant toute la région est le statu quo. Au-delà du cessez-le-feu, la levée du blocus et le rétablissement des liens entre Gaza et la Cisjordanie sont la première des réponses politiques à l’emprise du Hamas sur Gaza. La seconde sera de négocier sans préalable avec les représentants que les Palestiniens se seront donnés. Rappelons que depuis Rabin, personne n’a envisagé sérieusement cette option, dont l’alternative est la destruction mutuelle assurée.

Rony Brauman est médecin, diplômé en épidémiologie et médecine tropicale. Il a été président de Médecins sans Frontière jusqu’en 1994. Cet article est en ligne sur le site

http://www.causeur.fr/aujourdhui-gaza-demain-massada,1680

Pour les Gazaouis, par Jean-Luc Mélenchon

Créé par le 18 jan 2009 | Dans : Contre la guerre

Samedi j’étais donc à la manifestation pour arrêter le massacre à Gaza. Tout a été dit à ce sujet. Je n’y ajoute que des commentaires annexes. J’ai remarqué une fois de plus que le chemin d’une action honnête sur ce sujet est étroit entre les fanatiques. Pour les uns, toute critique de la politique d’un gouvernement d’Israël est un acte antisémite à peine masqué, quel que soit le sujet et les précautions de la critique. Pour les autres, toute critique de la politique d’un gouvernement d’Israël qui ne comporte pas certaines expressions de flétrissure contre l’existence d’Israël même est un masque du sionisme. Les commentaires qui ont accompagné ma prise de position ont bien illustré ces fanatismes siamois. Je n’en ai cure. Et j’invite chacun à en faire autant. Je ne suis ni israélien ni palestinien mais français. Je défends les valeurs de mon pays qui dans cette circonstance sont celles de l’humanisme universel. J’ai manifesté contre un massacre. Et il est absolument faux que dans le contexte du massacre de Gaza la balance soit égale entre les méthodes des camps en présence. Et aucune diversion ne doit faire perdre de vue que c’est de cela dont nous parlons quand nous essayons de défendre les gazaouis. Nous demandons au gouvernement d’Israël de cesser le massacre. Voila ce que nous demandons. Les penseurs les plus respectés parmi ceux qui ont toujours défendu Israël en font de même. Les vrais antisémites sont ceux qui assimilent à de l’antisémitisme la protestation contre le crime quand celui-ci est commis au prétexte de la cause d’Israël. Les pires ennemis d’Israël sont ceux qui manifestent pour dire qu’il est normal, quand c’est le gouvernement d’Israël qui le fait, de massacrer des populations sans défense. Ceux là ont ruiné des années d’effort pour maintenir la raison dans l’analyse de la situation. Ils ont écarté d’eux, plein de nausée, des milliers d’amis. C’est cela la vérité et le reste des racontars de circonstance débités par des obligés ou des clients. Parmi ceux-ci les socialistes battent des records d’hypocrisie. J’ai croisé un nombre considérable d’amis et de camarades socialistes qui m’ont dit qu’ils avaient «honte» de la position du Parti Socialiste. La «honte» c’est leur mot. Pas le mien. Pour ma part je prends la position du PS pour ce qu’elle est c’est-à-dire une position politique de ce parti qu’il doit assumer. Je la désapprouve totalement. Et j’observe qu’elle est peu et bien mal appliquée. Dans combien de départements les élus locaux socialistes se sont-ils exprimés pour la reprendre à leur compte? A Evry, Manuel Valls, défilait avec les comités Palestine, en dépit des surenchères en sens inverse de ses amis Ségolénistes au bureau national du PS. Il n’était pas le seul en France. Localement la consigne d’abstention et de non participation aux manifestations n’a pas été suivie par de très nombreux élus. Au Sénat j’ai pu le vérifier en parlant avec plusieurs sénateurs socialistes. Le plus frappant est qu’à côté de personnalités aussi engagées et respectées sur ce dossier que la sénatrice socialiste Monique Cerisier-Ben Guiga on trouve dorénavant aussi d’autres élus qui disent eux-mêmes que «jusque là» ils n’allaient pas «à ce genre de manifestation» selon les termes de l’un d’entre eux. Mais je n’en reste pas là, à propos de la position du Parti socialiste. Je veux argumenter sur le prétexte mis en avant par son porte parole pour justifier cette nouvelle faute contre les principes de gauche.

LA POLITIQUE DES PRETEXTES

L’incroyable au PS s’est produit quand sous la pression des amis de Ségolène Royal au bureau national du PS, Vincent Peillon, Malek Boutih, David Assouline, qui surévaluaient à qui mieux mieux le rôle des intégristes antisémites dans la protestation en défense de Gaza, une longue discussion âpre a déchiré les participants. Bariza Khiari, Pouria Amirshahi, Razzy Hammadie n’ont pas laissé se dérouler sans réagir l’embuscade habituelle sur ce sujet. Bien sûr ils n’ont pas eu le dernier mot. Ils ne le pouvaient pas. Mais c’est la première fois qu’une résistance organisée s’est exprimée face à l’habituel terrorisme intellectuel sur ce sujet qui dominait jusque là cette assemblée et que confortaient en toutes circonstances François Hollande, Julien Dray et Pierre Moscovici. Pour finir le porte parole du parti, Benoit Hamon, en accord avec ses convictions intimes, est allé présenter à la presse la décision absurde des socialistes officiels. Vous la connaissez. Comme il y avait le risque de mots d’ordre inacceptables par le PS dans la manifestation du fait des intégristes musulmans, le PS s’est abstenu de défendre les gazaouis autrement que par des communiqués «équilibrés». Commençons par noter que ces communiqués ne sont pas du tout équilibrés. Dire que l’action d’Israël est «disproportionnée» suggère qu’il existerait un niveau «proportionné» qu’on tremble d’entendre décrire. Bien sûr ce ne sont ce ne sont que des paroles destinées à donner le change. Mais on doit cependant pointer que cette absurdité est censée être une position de gauche ! Après tout c’est le PS que ça regarde et les militants qui acceptent ça que ça concerne. Mais du point de vue de la vie de la gauche il ne saurait pas plus être question d’accepter le reste de l’argumentation socialiste. Les participants à une manifestation ne sont engagés que par les mots d’ordre convenus entre les organisateurs. Sinon, par exemple, est-ce que cela signifie que quand les socialistes appellent à une manifestation tout le monde est censé être d’accord avec leur mot d’ordre? Au cas concret la décision socialiste est de surcroît très offensante pour les organisateurs et les participants représentés dans le carré de tête de la manifestation. Le PS et Benoit Hamon pensent-ils que la Ligue des droits de l’homme, l’UNEF, le PCF, la FSU, la représentante de l’autorité Palestinienne en France pour ne rien dire du Parti de gauche ou du MRC sont moins vigilants et moins exigeants que le PS vis-à-vis des dérapages antisémites? Non. Je ne pense pas qu’ils le croient. Mais on a le devoir de leur rappeler qu’ils sont priés de trouver des prétextes à l’inaction qui soient moins infamants pour ceux qui ne veulent pas les suivre. Je dis que leur prise de position est un prétexte. S’ils étaient sincères ils auraient eu une indignation «équilibrée» comme ils disent. Ils auraient craint d’autres assimilations plus embarrassantes que celles avec quelques extrémistes marginaux. Je veux dire qu’il y a pire que d’être dans une manifestation où quelqu’un raconte n’importe quoi et qu’il est toujours possible de faire taire. Il y a bien pire. Par exemple être membre de la même internationale politique que le ministre de la défense qui l’organise, comme c’est le cas du travailliste Ehoud Barak. Bien sûr le PS français n’est pas responsable de l’action de ce dernier. Mais il faut noter que les pudeurs de gazelle du PS et de Benoit Hamon sont à sens unique. Ils ont peur d’être assimilés à des manifestants incontrôlés, ils ne craignent pas d’être assimilés aux organisateurs du massacre.

JL M sur son blog, le 16/01/2009

Modérons-nous, mais pas trop…

Créé par le 17 jan 2009 | Dans : Contre la guerre, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Par Pierre Marcelle dans Libé Reonds du 16/01/2009

D’une simplicité biblique

La semaine dernière, tandis que je rédigeais quelques pauvres lignes relatives à ce qui, à Gaza, ne fait pas une guerre et même pas un talion, tant y est inégal le rapport des forces en présence, j’étais mal. Rappeler, indépendamment même du funèbre et cependant presque dérisoire rapport d’un mort israélien pour cent palestiniens, que ce Hamas lanceur de roquettes plus symboliques que meurtrières, Israël l’a voulu pour ennemi préféré et fait élire ès qualités, c’était et ce reste un truisme, tandis que, trois semaines après le déclenchement de l’opération «Plomb durci» (sic) – ou phosphore blanc -, les «buts de guerre» que l’Etat hébreux improvise demeurent à peu près illisibles.

Pour le dire le moins passionnément possible, empruntons aux mots que Théo Klein (qui présida le Crif quand le Crif avait encore une autorité morale) donnait mardi au Monde : «Il est clair que c’est le Hamas qui a provoqué la crise actuelle, comme il est clair que c’est l’incapacité israélienne à définir des propositions constructives […] qui nourrit auprès des populations palestiniennes des sentiments favorables au Hamas.» Quel autre souci que celui de ne pas enfoncer de porte ouverte m’empêcha l’autre jour de le dire dans ces termes ? Car la situation est d’une simplicité si biblique, si l’on ose dire, que même nos ordinaires et fieffés radoteurs, si enclins à habiller en antisémite sommaire qui réclame un peu de compassion pour un peuple encagé, affamé et assommé de bombes, ne la ramènent plus trop. Et même un André Glucksmann, se refusant à voir dans les massacres de Gaza une réaction disproportionnée aux pétards du Hamas, accable plus qu’il n’irrite.

D’un front renversé

Bien sûr, dans un camp comme dans l’autre se font ponctuellement remarquer quelques irréductibles racistes, provocateurs nazillons, bousculeurs de keffiehs ou de kippas, analphabètes tagueurs de Mort aux Juifs ou de Mort aux Arabes et profanateurs de cimetières, de mosquées ou de synagogues. Pourtant – divine surprise !-, on a perçu, lors des manifestations organisées ces deux derniers week-ends, que les boutefeux d’un camp ni de l’autre n’emporteraient le morceau. Quelque chose passa dans ces cortèges, qui vit les partisans d’Israël moins sûrs de leur bon droit, et ceux de la cause palestinienne moins désespérément, disons, suicidaires.

Au risque d’être demain démenti par les faits, redire alors que ce double et symétrique sentiment de catastrophe, qu’on traduise Shoah ou Naqba, ne constitue pas ce qui caractérise l’instant, à rebours de ce qui advint lors des première et seconde intifadas. Vu d’ici, le sentiment, nouveau et qui prédomine, est que la guerre des images a supplanté la vraie, et qu’Israël, en interdisant à la presse le champ de cette bataille, l’a perdue hors de ses frontières. Comme si elle avait renoncé à la légitimité morale de son agression formidable, au désarroi perceptible de la diaspora juive, inversement proportionnel au soutien sans nuances de la population israélienne aux massacres de civils gazaouis.

D’une excessive prudence

D’où le trouble perceptible dans la presse française, à travers sa propension forte à mettre en scène ses précautions pour traiter du conflit. On n’en voulut pour preuve que la décision largement partagée par nombre de médias (et à Libération même) de fermer ses pages numériques aux commentaires (à moins que dûment identifiés), et à proclamer une veille vigilante afin de prévenir tout «dérapage». Comme s’il fallait pour l’éternité sacraliser ce conflit, toujours poser a priori qu’il échappe à la raison commune. Pour le plus grand profit des complotistes de tout poil sur un mode, il va sans dire, toujours plus ou moins négationniste.

Témoignons que s’il peut être extrêmement pénible pour un journaliste de lire, sous la plume de tel ou tel lecteur anonyme, de grossières exégèses d’un propos en lequel il ne se reconnaît pas, ce lui est plus pénible encore d’imaginer les commentaires d’un lectorat qu’une censure raisonnable (rebaptisée «modération») dissimule. Et s’il apparaît au journaliste très légitime de mettre en garde contre toutes manifestations de racisme ou d’antisémitisme à quoi la situation de Gaza donnerait prétexte, il ne devrait pas lui échapper qu’à excessivement prévenir les risques d’affrontements, il prend le risque, sinon de les légitimer, de potentiellement les installer comme la norme. Car en matière de relations intercommunautaires en général, et judéo-arabes en particulier, le conflit ne constitue-t-il pas la norme ?

A l’heure où l’hypothèse de la «contagion» du dit «conflit israélo-palestinien» empruntait plus au fantasme qu’à une probabilité, il fut troublant d’entendre samedi partout matraqué que la manifestation de l’après-midi (en soutien aux Palestiniens de Gaza) serait, sur un parcours bien balisé, encadrée par «3 800 policiers et gendarmes».

Pour une raison ou pour une autre, cette précision, à sa façon très diplomatique, devait constituer ce jour-là l’essentiel de l’information relative à la situation dans la bande de Gaza.

Gaza : l’exigence d’une parole juste et libre, par Jean-Pierre Chevènement

Créé par le 17 jan 2009 | Dans : Contre la guerre, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Intervention de Jean-Pierre Chevènement lors du débat sur la situation au Proche-Orient, le 14 janvier 2009 au Sénat.

Le sens de l’urgence que vous appliquez à une trêve des combats à Gaza est sans doute bienvenu, mais il risque d’occulter les responsabilités de longue durée à l’origine du conflit. La lucidité dont vous vous prévalez est, en ce sens, à courte vue. Le Hamas, dont les positions sont ce qu’elles sont et qu’il n’est pas besoin de partager, a tout de même gagné les élections de 2006 au Conseil législatif palestinien, élections démocratiques et internationalement contrôlées. Il n’a pas été tenu compte du verdict des urnes, même pour tenter de responsabiliser le Hamas. Récusé par Israël et la communauté internationale, il n’est pas considéré autrement que comme une organisation terroriste. Les experts considèrent pourtant que ses positions peuvent évoluer et n’ont pas le caractère caricatural que leur attribue la presse. Le programme électoral et les déclarations politiques de M. Haniyeh, qui fut un temps Premier ministre, en témoignent. Vous-même ne voulez pas de contact direct avec le Hamas, sinon par le canal d’autres États. Ce n’est pas courageux. On ne peut attendre que l’adversaire se conforme à vos vues pour négocier. Vous appliquez, en somme, le boycott voulu par Israël et les États-Unis.  

Mais l’absence de contact n’est pas seule en cause. La victoire du Hamas n’est pas arrivée comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Elle est le fruit d’un long pourrissement. La conférence de Madrid, en 1992, a soustrait le problème israélo-palestinien à la compétence de l’ONU. Le processus d’Oslo, de même. Il n’a plus été question, depuis seize ans, d’aucune conférence internationale sous l’égide du Conseil de sécurité.

Le processus d’Oslo a été conçu comme un processus progressif, étiré sur de longues années et plus encore au fil du temps, après l’assassinat d’Itzhak Rabin puis la victoire de M. Netanyahu, en 1996, suivis par la médiation trop tardive, en fin de mandat, du président Clinton, entre l’été 2000 et le début de 2001.
Après l’éclatement de la deuxième Intifada, le président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a été diabolisé. Son successeur, Mahmoud Abbas, pourtant animé d’intentions pacifiques, a été décrédibilisé par la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie, où les implantations ont été multipliées par trois ou quatre depuis les accords d’Oslo. La conférence d’Annapolis a été un échec, la mission du Quartet une farce.

Tout s’est passé comme si manquait la volonté d’appliquer les accords dans l’esprit de la résolution de l’ONU, qui prévoit la création d’un État palestinien viable. Je ne dis pas que certains n’étaient pas sincères, mais tous ne l’étaient pas.

Naturellement, l’envoi de missiles, même rustiques, sur Israël, constitue une agression susceptible de frapper des innocents et une violation du droit international. Mais le blocus de Gaza, comme le refus d’Israël d’appliquer l’accord de cessez-le-feu, est parfaitement illégal. Et que dire de l’offensive lancée sur un million et demi de réfugiés regroupés sur 362 kilomètres carrés, pas plus de la moitié du territoire de Belfort ? Elle a fait plus de 1 000 morts et pas moins de 4 000 blessés.

Le Président de la République a bien fait, dans l’immédiat, de rechercher une trêve par le canal de l’Égypte pour sécuriser la frontière. Mais la France doit voir plus loin et garder sa parole libre et franche pour créer les conditions d’une réconciliation entre les Palestiniens, préalable à une négociation loyale visant à créer un État palestinien viable.

Il appartient à la France d’exercer son influence pour amener le président Obama à inverser l’ordre des priorités qu’il a énoncées pour le Proche et le Moyen-Orient et qu’il mette en tête de son ordre du jour l’enclenchement d’une négociation palestino-israélienne plutôt que le renforcement des troupes de l’Otan en Afghanistan. Le problème de Gaza est, comme l’a dit le Président de la République, un problème mondial. Il faut faire tomber la pression dans l’ensemble du monde arabo-musulman. C’est ainsi qu’on asséchera le terreau du terrorisme et qu’on créera les conditions d’une normalisation avec l’Iran, d’un retrait pacifique des troupes américaines d’Irak et d’une solution politique du problème afghan.

Le problème palestino-israélien est devenu « la matrice des relations internationales », selon l’expression de Dominique Moïsi. Il faut le comprendre avant qu’il ne soit trop tard. La négociation avec l’ensemble des parties, c’est l’intérêt de tous les peuples, y compris d’Israël dont la sécurité à long terme est commandée par la normalisation de ses relations avec ses voisins. C’est l’intérêt de la paix et c’est l’intérêt de la France dont le projet d’Union pour la Méditerranée ne peut réussir qu’à cette condition.
Ce que nous attendons du gouvernement français ? Moins de faux-fuyants, moins d’expressions biaisées, une parole plus franche, une parole de justice. Vous avez déclaré la semaine dernière : « Le Hamas représente quelque chose dans le peuple palestinien. Il est donc indispensable que certains aient des contacts avec eux » Pourquoi pas nous ?

La liberté de parole et d’action de la France sera le plus sûr moyen de faire reculer la tentation d’importer sur notre sol le conflit du Proche-Orient et les haines fanatiques qu’il suscite. La République est une exigence dans l’ordre intérieur, mais aussi dans l’ordre extérieur. C’est l’exigence d’une parole juste et libre !

Plus de mille morts à Gaza, mais l’espoir d’une issue diplomatique

Créé par le 14 jan 2009 | Dans : Contre la guerre, Monde arabe, Proche et Moyen-Orient

Dix-neuf jours après le début des combats, l’offensive israélienne dans la bande de Gaza a fait 1 013 morts, dont 315 enfants et 100 femmes, et près de 4 700 blessés. De féroces combats ont continué d’opposer des activistes palestiniens aux soldats israéliens dans la ville de Gaza, tandis que l’aviation bombardait le sud de l’enclave. Pourtant, une issue diplomatique semble s’esquisser sous les auspices de l’Egypte qui cherche à obtenir un cessez-le-feu.  

Une source diplomatique égyptienne a annoncé que Le Caire avait obtenu l’accord du Hamas à son plan visant à mettre fin à la guerre à Gaza et attendait désormais la réponse d’Israël. Une information corroborée par le ministre des affaires étrangères espagnol. Le principal négociateur israélien, Amos Gilad, est attendu jeudi au Caire. La Maison Blanche a exprimé son scepticisme face aux informations sur l’acceptation du plan égyptien par le Hamas.

A Gaza, le bilan s’est alourdi après la mort d’au moins vingt Palestiniens dans de nouvelles attaques et des combats, le décès de certains blessés et la récupération de corps, ont expliqué des sources médicales. Un raid aérien dans la soirée a fait trois morts. Les plus violents combats ont eu lieu mercredi matin dans des quartiers périphériques ainsi que dans le nord du territoire palestinien.

La Fédération internationale des droits de l’homme a appelé le Conseil de sécurité à ordonner au procureur de la Cour pénale internationale d’ouvrir des investigations sur des « crimes » dans la bande de Gaza, dans une lettre ouverte mercredi. Le président du Comité international de la Croix-Rouge, Jakob Kellenberger, a qualifié la situation humanitaire dans le territoire, où il s’était rendu mardi, de « dramatique » alors que le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a qualifié d’« inacceptable » la mort de plus de trois cents enfants. La très respectée revue médicale britannique The Lancet a accusé les forces israéliennes d’« atrocités » à Gaza.

ISRAËL A ATTEINT « LA PLUPART » DE SES OBJECTIFS

Sur le front diplomatique, le Conseil de sécurité de l’ONU a apporté son soutien au secrétaire général, Ban Ki-moon, avant son départ pour le Proche-Orient, où il veut obtenir la fin des combats à Gaza, en application de la résolution 1860 appelant à l’instauration d’« un cessez-le-feu immédiat » et restée lettre morte. A Washington, la secrétaire d’Etat désignée, Hillary Clinton, a assuré que l’administration de Barack Obama ferait « tous les efforts possibles » pour permettre un accord de paix entre Israël et les Palestiniens.

Un haut responsable du ministère israélien de la défense a pour sa part indiqué qu’« Israël ne se sent pas sous pression pour mettre fin à l’opération à ce stade ». « La seule vraie issue que nous voyons se présentera lorsqu’Obama arrivera à la Maison Blanche », a-t-il ajouté sous le couvert de l’anonymat, en référence à la prise de fonction le 20 janvier du président américain élu.

Le ministre de la défense israélien, Ehoud Barak, a affirmé que l’offensive avait atteint « la plupart » de ses objectifs, « mais probablement pas tous ». Dix-huit roquettes et obus de mortier ont été tirés mardi par des activistes palestiniens sur Israël, sans faire de victime. Le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a chargé son ministre des affaires sociales, Yitzhak Herzog, de coordonner l’assistance humanitaire internationale à la bande de Gaza, où la majorité des 1,5 million d’habitants vivant sous blocus dépendent de l’aide étrangère.

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